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Assurément l’une des figures les plus éloquentes de la musique électronique à provenir de la scène montréalaise, Apashe est l’incarnation même du compositeur grand public d’aujourd’hui et de demain, et ce pour les meilleures raisons. Sa collaboration avec l’OSM en est la vibrante illustration.
Apashe n’a pas suivi le chemin classique pour ainsi travailler avec un orchestre symphonique de cette envergure, cette fois dirigé par Dina Gilbert à qui l’on doit plusieurs exécutions symphoniques dans la pop, le hip-hop ou le métal.
Issu du beatmaking, le musicien d’origine belge a parfait son art en passant par un apprentissage universitaire en électroacoustique, pour finalement faire carrière dans la pub et la post-production.
Transplanté à MTL au tournant de l’âge adulte, le trentenaire ne cesse d’exercer son pouvoir attractif, se pointent chez lui les pointures du hip-hop, de la pop et de l’électro, elles sont mises en lumière dans des productions extrêmement diversifiées mais avec un fil conducteur. Car il y a une signature Apashe à travers ces torrents de breakbeat, drum’n’bass, dub, hardcore techno, également proche de l’esthétique musicale de l’anime japonais.
Mais, à ce jour, son travail avec les orchestres et chœurs classiques le distingue d’entre tous ses collègues de l’univers électronique, nous en avons cette semaine l’éloquente démonstration.
Sur le marché québécois, Apashe est certes prisé par les connaisseurs d’électro mais gagne encore à être connu, vu sa relative discrétion dans notre environnement médiatique. Voilà pourquoi nous vous proposons de refaire son parcours avec lui via cette interview, avant de vous pointer à Maison symphonique, trois soirs consécutifs à compter de jeudi, 8 octobre.
PAN M 360: Apashe, ton nom civil est John de Buck, tu es d’origine belge et tu es établi à Montréal depuis plusieurs années. Tu es francophone et ton nom peut être flamand, n’est-ce pas ?
Apashe: À la base, oui. Je suis toujours un peu à cheval entre flamands et francophones.
PAN M 360: Oui, tant de francophones en Belgique ont aussi des origines flamandes.
Apashe: Exact, oui. a grand-mère était flamande. Puis, moi, j’étais plus du côté néerlandophone que francophone. Même si mes parents m’ont éduqué en français, ils m’ont mis dans une scolarité néerlandophone.
PAN M 360: Donc, flamand, anglais, français. Tu es basé à Montréal depuis quand exactement?
Apashe: Ma mère est venue ici en 2010. Moi, en 2011.
PAN M 360: Fait que t’as vécu autant ta vie ici que là-bas, puisque tu as 34 ans.
Apashe: Ouais, presque 50-50. Je suis arrivé à 18 ans. J’étais presque adulte.
PAN M 360: Comme plusieurs DJ, producteurs et compositeurs rompus d’abord à l’électronique, tu as commencé avec les bidules électroniques à ta portée. Tes profils biographiques nous apprennent que tu as commencé à utiliser un logiciel de ta sœur, à l’âge de 11 ou 12 ans.
Apashe: Ouais, ça, c’était il y a très, très, très longtemps. En fait, j’ai dit ça un jour dans une interview et j’ai l’impression que cette information a été reprise partout.
PAN M 360: Haha ! Désolé, on peut l’enlever si tu veux.
Apashe: Ça ne me dérange pas.
PAN M 360: OK, on conserve cette info, ce fut quand même une étincelle ! Depuis la préadolescence, donc, tu as évolué comme un beatmaker. Progressivement, tu t’es intéressé à des notions de théorie musicale. Tu as probablement joué des instruments de musique pendant un moment pour finalement comprendre les règles de base et le langage musical.
Apashe: Tous les dix ans, je me refais un peu de théorie. Quand j’avais dix ans, quand j’avais vingt ans à l’université. Et puis, récemment, je recommence à jouer davantage de piano.
PAN M 360: Grosso modo, tu as suivi une formation autour du son, du sound design, de la production et de la composition électroniques.
Apashe: J’étais inscrit au programme électroacoustique à l’Université Concordia.
PAN M 360: Ainsi tu as fait de la composition électronique, tu as fait de la musique de pub tout en faisant grandir ta propre musique.
Apashe: Exact. La musique, en somme, j’en ai toujours fait. Quand j’avais neuf, dix ans, c’était comme un jeu vidéo. Très jeune, je mettais ma musique en ligne sur Myspace, puis Electrobel, qui était un peu Soundcloud avant Soundcloud et ainsi de suite. J’ai travaillé à temps plein dans des studios de post-production et de publicité, et je voyageais les week-ends avec ma musique. J’ai eu cette vie-là pendant deux ans, après quoi j’ai quitté pour ne faire que ma musique.
PAN M 360: On plonge dans ta discographie et on observe un tas de styles, beaucoup de jungle, drum’n’bass, aussi plusieurs sons de Chicago et de Detroit, sans compter le dub, le breakbeat, le breakcore, sans compter tout ce qui se trouve côté hip-hop et trap. On observe un côté plus sombre dans certains passages, sorte de hardcore électronique et d’inclinations presque métal comme on en retrouve souvent dans les bandes originales d’animes japonais.
Apashe: C’est vrai, ça va un peu dans tous les sens. Tout ce que je trouve musicalement intéressant, je finis par l’absorber un peu et jouer avec.
PAN M 360: Tes productions sont souvent assorties d’apparitions de chanteurs.euses ou de rappeurs. C’est très varié. Ça va de Sofiane Pamart à Cherry Lena en passant par High Klassified ou même Busta Rhymes. Et quand tu tournes, comment ça se passe?
Apashe: Ça dépend un peu de la grosseur des événements ou des festivals. J’essaie toujours de ramener un maximum de monde pour créer un show unique, un show où il se passe plein de choses. C’est sûr que je fais encore beaucoup de DJ sets tout seul. En général, l’été, on fait avec orchestre et je ramène toujours une ou deux voix, genre Wasiu qui vient rapper et qui MC pendant le show. Cet été, on avait Alina avec qui j’ai sorti mes derniers morceaux. Et comme on pousse maintenant ces artistes sur le label qu’on a lancé, j’essaie de les ramener avec moi sur scène.
PAN M 360: Normal, c’est ton environnement de production, ta famille artistique. Et cette famille artistique vient de partout.
Apashe: Exact. Wasiu est de Montréal. Alina est Ukrainienne, mais elle est un peu nomade en ce moment. Elle vit entre l’Ukraine et le reste du monde.
PAN M 360: Entrons dans le vif du sujet: comment as-tu commencé à intégrer des formes symphoniques ou des formes orchestrales ? Par exemple, l’album de 2020, Renaissance. Tu avais travaillé avec un orchestre de Prague, 65 musiciens. Explique-moi comment ça s’est passé.
Apashe: C’était toujours un rêve pour moi dans ma vie en tant que musicien de travailler avec plus d’instruments. Au début, c’était un peu un rêve irréaliste. Et puis, je pense que quand j’ai commencé, j’étais vraiment fasciné par la musique classique et vraiment par tous ces beatmakers qui avaient samplé beaucoup de trucs classiques dans le beatmaking. Beaucoup de producteurs/beatmakers vont chercher leurs trucs dans le jazz, et il y en a beaucoup qui vont chercher dans le classique. Deux écoles, on dirait. Et moi, j’étais vraiment obsédé par tout ce qui était classique.
J’ai commencé à faire plus ma musique et que ça allait, comme tu l’as mentionné un peu tout à l’heure, dans tous les sens. Il y a un moment où j’ai voulu ramener ça vers quelque chose de plus classique et j’ai réalisé qu’avec ce que j’avais appris à l’université, ce que j’étais à l’aise de faire à travers les années, j’ai eu envie de commencer à écrire pour des instruments et de les réenregistrer pour un échantillonnage au lieu de sampler du Mozart et des musiques classiques super connues que tout le monde a samplé mille fois.
Il me fallait essayer d’aller chercher ces sonorités, qui sonnent comme des symphonies, mais sur lesquelles tu as le contrôle harmonique et mélodique. Comme ça, je pouvais moi-même faire mes mélodies et accords, les orchestrer, les enregistrer et puis sampler ma propre musique afin que ce soit plus original.
Avant de me retrouver à Prague, c’est Frédéric Bégin, orchestrateur et compositeur avec qui je travaille, qui avait fait la partition- il avait déjà travaillé là-bas pour d’autres projets antérieurs de musiques de film. J’avais travaillé avec lui en post-production sur un long projet, j’aimais déjà beaucoup notre complicité professionnelle. Et c’est lui qui m’avait dit qu’à Prague, les instrumentistes sont super bons et que les prix sont abordables. En fait, les dernières fois où j’ai travaillé, c’était en Bulgarie, à Sofia, pour l’album Antagonist. Ce fut un setup similaire, des musiciens incroyables, des chorales incroyables. Ma musique me pousse à aller un peu à droite à gauche, à travailler avec du monde un peu partout dans le monde.
PAN M 360: Et donc, tu composes et ton collègue va organiser l’information transmise sur partition. Comment ça fonctionne, plus précisément ?
Apashe: Une fois que tu as composé pour chaque instrument de ta pièce, mon collègue doit s’assurer que chaque interprète puisse lire exactement ce que tu as imaginé. Mon collègue va rendre opérationnel ce que j’ai imaginé.
PAN M 360: C’est un métier en soi, et il y a des règles.
Apashe: Pour l’EP Requiem, j’avais écrit les partitions pour un quatuor à cordes. J’avais fait tellement d’erreurs que je me suis dit que je ne pouvais pas retranscrire tout ce que je composais pour un orchestre symphonique. Quand tu as 60 instruments, je ne vais pas faire tout ça, il y aura trop d’erreurs, on va perdre trop de temps. Donc, tu donnes ça à un professionnel. C’est son travail de faire en sorte que ce soit super lisible. C’est d’ailleurs une pratique traditionnelle, j’ai travaillé avec plein d’orchestrateurs différents au fil des années, et on fonctionne toujours comme ça. C’est la même chose pour tout le monde. Les compositeurs vont tous écrire leur musique à l’ordi, après, ils donnent ça à des orchestrateurs. Puis, tu enregistres. C’est un peu chacun son job dans le processus, mais c’est un processus qui implique énormément de gens.
PAN M 360: Plus c’est gros, plus il y a d’intermédiaires, c’est normal.
Apashe: Exact. De toute façon, c’est comme ça qu’on fonctionne. Enfin.. il y a toutes sortes de façons. Il y a des gens qui font tous leurs arrangements. Il y en a qui ne les font pas.
PAN M 360: Et donc, c’est très utile d’avoir des intermédiaires pour bien préciser ce que tu as pensé.
Apashe: Exact.
PAN M 360: Maintenant, parlons des formes que prennent les arrangements.
Apashe : Ça dépend un peu des pièces. Mais c’est sûr que je ne pousse pas trop vers les choses atonales et trop expérimentales pour multiples raisons. Ici, j’aime bien parler de sucre: j’aime quand même les choses sucrées, faciles à être appréciées. Et même si je n’écoute pas trop de musique super populaire qui passe à la radio, je préfère quand même des codes musicaux faciles à écouter, des thèmes digestes. Je mets la barre un peu au milieu.
PAN M 360: Et, pourtant, tu as reçu une éducation en musique électroacoustique. Ce territoire ne peut-il pas t’intéresser ?
Apashe: Ayant étudié en électroacoustique, je suis tombé assez deep dans tout ce qui était plus expérimental. Et je ne m’y retrouvais pas vraiment. Je trouvais qu’il y avait beaucoup trop de recherche et beaucoup trop d’énergie consacrées à quelque chose qui, finalement, était assez difficile à consommer. Et j’avais l’impression que cette volonté de faire des choses super originales mène au final à des choses un peu inaudibles. Seuls les connaisseurs peuvent vraiment apprécier à quel point c’est unique.
PAN M 360: Et donc la barre au milieu.
Apashe: Moi, j’ai voulu retourner un peu à la base, les sonorités pour lesquelles, moi, j’étais tombé amoureux plus jeune, enfant, adolescent. Et aujourd’hui, je pense que je fais de la musique pour mon moi d’il y a 15 ans. Ce que j’aurais aimé découvrir il y a 15 ans. Et j’aime croire que je réponds aux besoins que j’aurais eu plus jeune, ce que j’aurais aimé découvrir: la musique que je fais actuellement.
PAN M 360: Plusieurs compositeurs, producteurs, beatmakers partagent ta conception: générer quelque chose de très bonne qualité, sans négliger pour autant des formes que quiconque saisit sans forcer. Donc, tu poursuis un peu dans cette lignée centriste, d’une certaine façon, entre la pop fédératrice et la musique prise de tête. La forme électronique-symphonique, toutefois, est vraiment innovante chez toi.
Apashe: C’est ça. Oui. J’aime bien repousser un peu des deux côtés, mettre des clins d’œil, mais pas trop pousser dans les extrêmes pour que ça reste agréable.
PAN M 360: Et ce programme avec l’OSM ?
Apashe: Une réadaptation encore plus symphonique de ma musique. On a parlé de ces deux albums enregistrés avec des orchestres, Renaissance et Antagonist. Auparavant, je travaillais avec des échantillons d’enregistrements classiques, d’autres enregistrés avec quatuor. Mais là, on reste vraiment dans le format symphonique. Donc, principalement, ces deux albums seront mis en relief.
Comme je l’ai mentionné plus tôt, je compose pour un orchestre symphonique. Après, je l’enregistre, je le redécoupe et j’en fait des échantillons. Toutes ces chansons que les gens ont connu sur les plateformes de streaming, c’est souvent des chansons redécoupées dans tous les sens. Pour les concerts symphoniques, c’est un peu un retour vers ce qui a été composé au départ. Je retourne en arrière pour mettre en valeur la dimension symphonique. Cela dit, les partitions ont quand même changé.
PAN M 360: Les pièces des albums doivent ainsi devenir plus symphoniques pour une telle exécution.
Apashe: Il est quand même important de noter qu’en général, ce que moi, je composais au départ, c’était toujours 1 minute 30 à 2 minutes. Et dedans, je découpais plein de choses qui se retrouvent dans les versions de mes chansons connues. Avec Hugo Bégin, qui est l’arrangeur de l’OSM pour ce programme, on a voulu conserver cet esprit mais aussi l’étirer afin que ça puisse tenir des 3 à 4 minutes, soit la longueur d’une chanson, Donc, un travail d’arrangement a été fait en plus.
Donc, même si on est retourné en arrière, on mène quand même cette musique ailleurs.
La production de ce contenu est possible grâce à un partenariat PAN M 360 x OSM
Artistes au programme:
Orchestre symphonique de Montréal
Dina Gilbert, cheffe
Apashe, artiste
Les Chœurs des Petits Chanteurs de Laval
Philippe Ostiguy, chef de chœur
Hugo Bégin, orchestrateur
Et autres invités surprises






















