lisalyz: Musique ancienne chinoise aux épices numériques

Entrevue réalisée par Rupert Bottenberg

Sur son tout récent premier enregistrement, le mini-album numérique Still, l’artiste de Shanghai lisalyz prend de la musique traditionnelle chinoise pour les soirées courtoises et les marchés nocturnes animés, et la découpe en morceaux qu’elle fait ensuite sauter au wok numérique. Judicieusement relevés et sélectionnés, les résultats obtenus sont tout simplement exquis, à la fois savoureux et délicats. Pour en savoir plus long, PAN M 360 s’est entretenu avec la jeune femme de 27 ans, Belisa Lin, alias lisalyz.

Genres et styles : électronique / traditionnel

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PAN M 360 : Vous vivez à Shanghai, mais êtes originaire de Shenzhen, ces villes sont-elles de bons milieux créatifs? Êtes-vous impliquée dans la communauté artistique de Shanghai?

lisalyz : Shanghai est l’hôte d’une des scènes musicales les plus riches de Chine. Les gens y sont super gentils et d’un grand soutien, et je ne pense pas que je ferais de la musique si je n’y vivais pas. Je ne suis pas vraiment impliquée dans la communauté, je suis plutôt un fan qui va à des événements le week-end, pour écouter dans les clubs de la musique comme je ne peux pas en faire et me détendre.

Shenzhen est une ville nouvelle, c’est un peu le désert sur le plan culturel, mais heureusement, on y trouve le OIL Club maintenant. Les gens se démènent pour améliorer la situation là-bas – c’est plus difficile qu’il n’y paraît. Ils sont en train d’y parvenir. À mon avis, les deux villes sont excellentes pour les producteurs.

PAN M 360 : La matière première de Still est ce que j’appellerais de la musique traditionnelle et populaire chinoise « ancienne ». Comment la musique de Still a-t-elle vu le jour? Quelle était votre intention au départ?

lisalyz : En vieillissant, je suis de plus en plus obsédée par la musique traditionnelle chinoise, à laquelle j’étais totalement opposée quand j’étais petite. Cette obsession a atteint son paroxysme au début de l’année lorsque j’ai été mise en quarantaine avec mes parents à la maison. J’ai sans doute écouté dix fois plus de musique traditionnelle que d’habitude. Je me suis rendu compte que cette musique m’apaisait, et ça m’a beaucoup inspirée. La musique traditionnelle chinoise a cinq tonalités – gong, shang, jue, zhi et yu – et il y a même des temps spécifiques recommandés pour chacune et qui correspondent à différents organes internes, des trucs dingues comme ça, pour la thérapie musicale. C’est incroyable.  

PAN M 360 : De quelles ressources disposiez-vous ? De vieux disques ou d’enregistrements récents de ces instruments ?

lisalyz : Des deux. Comme base, j’ai échantillonné un peu de vieux disques, puis j’ai ajouté de nouveaux instruments.

PAN M 360 : Chaque piste a un esprit particulier. Par exemple, Da Nian San Sher est très joyeuse et festive, tandis que Sunfalling est plus grave et sérieuse, comme la musique d’un défilé ou d’une procession. Moon Shines Over the Western Chamber et Hermit Descend on a Sandbank sont plus sereines et contemplatives. Que sentez-vous que ces pièces expriment ?

lisalyz : Da Nian San Sher fait référence à la veille du Nouvel An chinois. C’est ma fête préférée entre toutes, et je l’ai faite dans cette ambiance juste avant de rentrer chez mes parents pour les vacances de Noël. La pièce que j’ai échantillonnée sur Moon Shines Over the Western Chamber a pour titre Romance of the Western Chamber. Il s’agit d’un type de musique cantonaise appelé hanyue. C’est aussi le nom d’une pièce de théâtre bien connue qui raconte une histoire d’amour. Hermit Descend on a Sandbank vient d’un morceau de guqin [cithare chinoise aux cordes pincées] assez célèbre appelé Wild Geese Descend on the Sandbank, selon lequel il ne faut pas se préoccuper de la renommée et de la richesse, mais se concentrer plutôt sur la paix intérieure, comme un ermite.

Pour être honnête, je n’avais pas d’idées précises en tête quand j’ai fait ces morceaux. Mais dans l’ensemble, je pense que ce que j’essaie de dire, c’est que nous vivons dans un monde de fous et qu’il vaut mieux rester tranquille [d’où le titre, Still] et trouver sa paix intérieure, tout est alors beaucoup plus facile. 

PAN M 360 : Il y a beaucoup de trap léger dans votre production, surtout sur Waterflowing, quel genre de musique ou qui sont les artistes d’aujourd’hui qui vous inspirent ?

lisalyz : Il y a ce morceau antidépressif que j’ai beaucoup joué ces dernières années, u already know, de Young Peach, réalisé par Swimful/Damacha. C’est un morceau un peu fleur bleue que j’aime beaucoup et qui m’amuse chaque fois que je le joue. Pour ce qui est de Waterflowing, je suppose que j’ai été influencée par cette façon de marquer le rythme, sans m’en rendre compte. J’aime aussi la musique wave et le trap est l’un de ses éléments. Je trouve inspirant des artistes comme Kareful, Downstate, Haven, Pholo, LJC et Khemist.

PAN M 360 : Avez-vous d’autres projets musicaux en préparation ? Après Still, il sera très intéressant d’entendre la suite.

lisalyz : Oui, je continue à faire des trucs, mais j’aimerais faire quelque chose de plus créatif et excitant, ce dont je ne suis pas capable en ce moment.

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