Antagonik : à 19 ans, elle fait résonner le rock latino au féminin

Entrevue réalisée par Michel Labrecque
Genres et styles : latino / Musique traditionnelle / rock

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Amaranta Helou a 19 ans. Elle étudie en musicologie à l’Université de Montréal. Elle a trouvé le moyen d’auto-produire un premier disque, qui nous plonge dans l’univers féminin-féministe latino-américain, influencé à la fois par le rock hispanophone et les musiques traditionnelles de sa Colombie natale. Amaranta amorce aussi une collaboration avec PANM360. Elle donnera un concert le 8 novembre, au Pub La Cale. Tout cela nous donnait des raisons suffisantes pour lui parler. Michel Labrecque s’est entretenu avec Amaranta, dont le nom d’artiste est Antagonik.

PANM360: Amaranta, raconte-nous un peu ton histoire, où es-tu née et comment la musique est arrivée dans ta vie ?

Amaranta Helou : Ma famille est Colombienne et mon père est cent pour cent Arabe mais il a grandi en Colombie. Il est Libanais. Ma famille a déménagé en Colombie il y a longtemps. Ma mère est issue d’une famille moitié-Colombienne, moitié-Française.

Les deux ont grandi en Colombie, ils ont fait leur école au Lycée français Pasteur. Et moi aussi. Cette école se trouve à Bogota, ma ville, la capitale et grande métropole de la Colombie où j’ai grandi pendant dix-huit ans. Depuis un an, j’habite à Montréal et j’ai commencé mes études en musicologie.

PANM360: La musique a toujours été présente dans ta vie, si je ne m’abuse ?
Amaranta Helou :
J’ai commencé très petite à chanter dans une chorale de quartier. Et on faisait tout le temps des concerts de Noël et à un moment, autour de mes cinq ans, on m’a proposé d’apprendre à jouer d’un instrument. Et je devais choisir entre la piano, la flûte ou le tiple, un instrument traditionnel à douze cordes de la région andine. Mon père m’avait convaincue que si je jouais ça, je pourrais passer à la guitare après ça puis à la guitare électrique. Quand j’étais petite, je voulais être une rockstar.

PANM360: Je vois.

Amaranta Helou: Plus tard, j’ai compris que je me suis exposée à un répertoire traditionnel très intéressant en choisissant cet instrument. J’en ai joué jusqu’à l’âge de dix ans. Par la suite, j’ai commencé à jouer de la guitare classique. Vers mes douze ans, j’ai commencé à jouer du piano. Pendant toutes ces années et jusqu’à aujourd’hui, j’ai continué à chanter, autant dans des chorales qu’à travers des leçons de chant. 

PANM360: Donc, tu es maintenant à l’Université de Montréal, tu amorces ta deuxième année de baccalauréat en musicologie, et tu as trouvé le moyen de faire un disque, c’est pas mal quand même à ton jeune âge ! C’est un disque assez court, sous ton nom d’artiste qui est Antagonik et ça s’appelle Akelarre : Conjuros Medievales. Des sortilèges du Moyen-Âge ?

Amaranta Helou: Akelarre, c’est un Sabbath, en fait, une réunion de sorcières, c’est un rituel de sorcières. Évoquer les sortilèges médiévaux c’était une métaphore pour parler des femmes et de notre rôle. Il y a un peu un imaginaire collectif en Colombie que la femme est trop une sorcière et qu’elle est un peu méchante, elle a de la rage dans elle. Du coup, je voulais détruire cette perception dans mon album. Je voulais démontrer que nous avons une sensibilité, mais en tant que femmes, plus qu’en tant que sorcières.

PANM360: D’ailleurs, il y a une chanson qui s’appelle Bruja qui signifie sorcière en espagnol, mais c’est une musique très douce, curieusement, où on sent pas du tout la méchanceté.

Amaranta Helou: Exactement. C’est un peu l’idée, c’est une chanson dans laquelle la sorcière est triste, en désamour, où on voit absolument toute la partie sensible, les émotions que peut avoir une personne que d’autres pourraient percevoir comme une sorcière. J’essaie de déconstruire l’idée de sorcière.

PANM360: Madre Selva est une pièce beaucoup plus rock électrique, alors que Bruja est plus acoustique. En fait, c’est quoi tes influences, tu dirais ?

Amaranta Helou: C’est une question large, mais en gros, je pense que j’ai beaucoup grandi avec le rock que mes parents écoutaient. Mon père joue beaucoup de percussions traditionnelles. Mais quand même, il m’a beaucoup influencée avec du rock, tous ses amis adoraient ça, particulièrement le rock en espagnol des années 80 et 90, qui vient de l’Argentine, du Chili, du Mexique. En Colombie, il y avait le groupe Aterciopelados, que j’adore. En fait, ce rock mélange le folklore avec les traditions latino-américaines et anglo-saxonnes.

PANM360: C’est ce qui fait l’originalité du rock latino-américain. Ce n’est pas une simple copie du rock américain, c’est pour cela que je fais beaucoup de critiques de cette musique sur PANM360. J’ai séjourné deux ans en Amérique du Sud, c’est dans ce contexte que j’ai eu la piqûre. Ça a commencé avec Charly Garcia, qu’une amie m’a fait entendre et je sais que tu l’aimes bien, car, quand on s’est rencontrés en personne, on en a discuté.

Amaranta Helou: Oui, je suis une fan absolue de Charly Garcia, il représente une grande influence. C’est un des meilleurs chanteur et compositeur du rock en espagnol. Il est Argentin, mais toute l’Amérique latine le connaît.

PANM360: Sur ton album, ma pièce préférée s’appelle Menjurje, qui s’inspire un peu plus des traditions rythmiques colombiennes. C’est important aussi pour toi, non?

Amaranta Helou: Absolument, mon père, en fait, il a vraiment voulu me faire découvrir la tradition colombienne, surtout à travers les percussions. Du coup, depuis que je suis très petite, il m’expose à des musiques traditionnelles comme la cumbia et les musiques du Pacifique. Menjurje est un mélange de cumbia avec de la musique andine, parce que c’est un style qui m’a beaucoup influencée. On associe la musique andine au Pérou, mais la Colombie se situe également dans la zone de la Cordillère des Andes.

Pour l’enregistrement qu’on a fait avec mon producteur, on a enregistré mes tambours, les maracas, un tas d’instruments. C’est un peu « home made », mais on a fait de notre mieux. J’aurais juste voulu qu’on ajoute la gaīta, une flûte traditionnelle qui accompagne la cumbia. Mais nous avons manqué de temps pour en trouver une qui sonne bien. Le son est tellement incroyable.

PANM360: Tu poursuis tes études en musicologie à l’université, mais tu souhaites en même temps composer de la musique ?

Amaranta Helou: Oui, mon parcours étudiant est plus théorique, mais c’est très intéressant. Je me spécialise dans l’ethnologie et les musiques du monde. Parallèlement, je fais ma musique en tant qu’artiste, sans attendre beaucoup de reconnaissance. Je veux juste que les gens écoutent et profitent de cette musique.

PANM360: Dis-moi, est ce que le fait d’habiter à Montréal va peut être influencer ta musique à venir ?

Amaranta Helou: Je pense que ça a déjà commencé. En ce moment, je suis en train de travailler sur mon deuxième album et je constate qu’il y a déjà des choses qui ont beaucoup changé. D’ailleurs, ce disque va parler un peu plus de ma critique envers la société, de la jeunesse, aussi. J’ai 19 ans, après tout. 

Une autre différence, c’est que les chansons ne seront plus seulement en espagnol, on entendra aussi du français et de l’anglais. Je pense que certaines thématiques sont issues de situations ou d’expériences que j’ai vécues à Montréal. Du coup, honnêtement, je pense que oui, vivre ici m’influence.

PANM360: Déjà un deuxième album à venir avant tes 20 ans ! Et tu veux également collaborer avec PANM360. Sur quels sujets aimerais-tu écrire ?

Amaranta Helou: En fait, j’ai entretenu une grande passion pour le journalisme à mon lycée à Bogota. J’ai créé le journal de l’école, puis j’en ai été la rédactrice en chef. Pendant quatre ans, nous avons écrit des articles incroyables sur la culture colombienne, tout autant que des interviews dans la rue. Présentement, je travaille pour une émission à la radio étudiante CISM qui s’appelle Fréquence 440, qui est produite par un groupe d’étudiants de la Faculté de Musique de l’Université de Montréal. Je pense que PANM360 pourrait très bien complémenter mon parcours musicologique en écrivant des articles un peu moins académiques avec davantage de vulgarisation musicale. Ce qui m’intéresse d’abord c’est de parler des musiques du monde, principalement latines, autant à Montréal qu’ailleurs. Montréal est très cosmopolite et j’aime ça.

PANM360: En terminant, je vais mettre mon chapeau de critique musical. Ton premier mini-album a été produit avec peu de moyens et ça s’entend. Le tout est un peu dispersé. En revanche, on sent que tu débordes d’imagination, autant dans les textes qu’en musique. Et tu as une voix très prometteuse, on sent que tu adores chanter. Bravo pour cette tentative audacieuse à un âge aussi jeune. Je suis convaincu qu’avec plus d’expérience et de moyens, tu as un avenir musical devant toi. 

Amaranta Helou: Merci Michel, c’est très gentil. Je voudrais ajouter que, le 8 novembre, je vais donner un court concert au pub La Cale, sur la Plaza St-Hubert.


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