Tout le monde semble se pâmer sur Angine de Poitrine, et surtout sur le caractère avant-gardiste de la chose. Je me suis dit que, abonné que suis-je aux expériences musicales déstabilisantes (mais pas que, comme vous le savez si vous suivez le rythme de mes publications au sujet de toutes sortes d’albums de tous styles imaginables, ou presque), je me devais d’y jeter une oreille attentive. Afin, voyez-vous, d’apporter mon grain de sel de ‘’classiqueux’’. Cela dit, si vous n’en avez rien à glisser, rien ne vous retient.
Bref, j’ai écouté le groupe saguenéen dont ‘’tout le monde en parle’’, lol. Eh ben, j’ai eu du fun en titi. Oui monsieur, madame et tous les autres. Cela dit, ma recension prendra la forme d’une réflexion en deux temps. D’abord la musique elle-même, puis le buzz qui en jaillit en ce moment.
Bonne musique
La musique : du riff épatant, entraînant, accrocheur à souhait, avec de la belle et bonne basse charnue. Les mélodies, sont simples mais bien tournées et la nature microtonale est suffisamment affirmée pour paraître ‘’étrange’’, mais également assez atténuée pour permettre à Roger, ou Damien, ou Marie-Josée ou Susan (whatever) de s’y plonger sans se sentir noyé dans le bouleversement viscéral et métaphysique. En deux mots, voici des tounes assez irrésistibles et tripatives, tranchant suffisamment sur la médiocrité ambiante pour rafraîchir substantiellement le plaisir d’écoute (rock). Il faut dire que la barre n’est plus très élevée, depuis une, oh, vingtaine d’années, disons. N’empêche, il fallait le faire. Bravo les gars (Khn et Klek).
Remettre le buzz en contexte
Je comprends (un peu), donc, le buzz fébrile qui coure sur le web, partout dans le monde pop/rock, à propos des deux clowns déstabilisants. Mais, et j’en arrive à mon deuxième point ici, il faut vraiment que la scène rock mondiale soit profondément limitée en aventurisme sonore, du moins depuis une génération environ, pour être renversé à ce point par les sonorités entendues sur les deux volumes du duo québécois.
Parce que, m’enfin, la science de la microtonalité est ici à peine effleurée, comme si on se trempait, à peine, les orteils dans l’eau tiède (pour paraphraser mon collègue Alain Brunet). C’est amical tout ça, au plus un peu étonnant. Mais, à ce point novateur et révolutionnaire? Dans le rock contemporain (et surtout radiophonique/commercial), peut-être, mais dans l’infiniment plus vaste monde de la musique? Que nenni!
Les musiques non-européennes regorgent de microtonalité, et depuis des siècles, voire des millénaires. La musique classique occidentale elle-même joue avec cette science depuis le début du 20e siècle avec de plus en plus d’assiduité. Charles Ives (1874-1954) y a plongé (pas mal plus loin que les orteils) en 1925 avec ses Three Quarter-Tone Pieces. Et l’exploration n’a jamais arrêté au 20e et maintenant au 21e. Une de mes œuvres préférées est Transitoires pour orchestre, de Gérard Grisey (1946-1998). Un scintillement continuel de couleurs et de textures micro, voire nano-tonales et chromatiques.
OK, il n’y a pas le ‘’fun’’ des riffs anginiens, mais vous avouerez, que vous aimiez ou pas, qu’en termes d’avant-gardisme, on est franchement ailleurs.
Le rôle de PanM360 pour creuser le sujet
Ceci n’est absolument pas pour dévaloriser le phénomène Angine de Poitrine. Pantoute. Je l’ai dit, j’ai beaucoup beaucoup de plaisir à écouter ces deux gars. Par contre, ça me permet de vous dire que, si jamais vous avez ce titillement curiositoire, celui de la découverte et de l’exploration, c’est ici, chez PanM360 que vous aurez une chance de satisfaire vos envies d’en avoir plus. Ce ne sera pas chez les concurrents que vous trouverez cela. Concurrents qui semblent n’avoir aucune idée (ou en tous cas, pas d’envie d’en parler) de toute la richesse pléthorique, toute l’histoire, toutes les petites et plus grandes innovations qui se sont succédées et ont finalement permis à deux gars du Saguenay de devenir Angine de Poitrine et de faire sensation (méritée) dans le monde un peu appauvri du rock/pop contemporain.
Ici, chez PanM360, on vous emmènera avec nous à travers le spectre des possibilités qu’il y a entre Angine de poitrine et Gérard Grisey. On vous en parlera avec passion et en connaissance de cause. Avec le même amour et respect pour les uns comme pour les autres.
Fissure dans la beigitude
Angine de Poitrine réussit, avec brio, à ouvrir de quelques millimètres à peine (mais quand même) les œillères de l’industrie et d’un public biberonné à une consensuelle beigitude.
Dans cet univers outrageusement dominé par des entreprises ou individus milliardaires à-plat-ventristes, il est donc réjouissant de voir que le besoin humain d’affirmer une liberté toujours menacée par les carcans industriels, fut-elle plutôt douce et respectueuse, est toujours vivante et active.
Là-dessus, assez de creusage cérébral, et retournons taper du pied (et de la tête) avec Angine….




















