Le jeudi 23 octobre, une formidable collaboration entre Akousma, Electrochoc et Tempo Reale a vu le jour dans la salle multimédia du Conservatoire de Montréal. Les lumières s’éteignent et une archive musicale et sonore est réactivée. La première pièce de ce programme, dédié au centième anniversaire de la naissance du regretté Luciano Berio, n’était en fait pas l’œuvre du compositeur italien, mais plutôt une création de Simone Faraci et Francesco Giomi.
Cette œuvre, intitulée In-Naturale, s’inspire des vastes archives ethnographiques et folkloriques que Berio a constituées au fil de nombreuses années. Elle mêle des voix chantées et des cris ludiques, dignes d’un dessin animé. Elle commence par une simple mélodie folklorique qui émerge du coin arrière gauche de la pièce et s’étend lentement pour former une composition grandiose qui harmonise une berceuse française avec une chanson folklorique russe et des instruments acoustiques fragmentés.
La pièce suivante, Thema (Omaggio a Joyce), offrait un aperçu de la collaboration remarquable entre Berio et Cathy Berberian, l’une des chanteuses les plus accomplies et innovantes de son époque. Sa voix commence par s’exprimer clairement, droit devant, puis se déplace progressivement à travers la pièce.
La pièce suivante, Chants Parallèles, m’a semblé beaucoup plus contemplative. Les sources utilisées pour sa création sont plus ambiguës ; elle oscille entre un son de synthétiseur doux et, parfois, une voix chorale lointaine. La seconde moitié de cette pièce était particulièrement émouvante en raison de sa grande délicatesse.
Cela contrastait avec la dernière œuvre, Visage, véritable tour de force théâtral. Dans cette rare présentation multicanal nord-américaine, elle remplissait toute la salle, mettant une fois de plus en avant le talent extraordinaire de Berberian, dont la voix passait de la conversation à des grognements et à du charabia.
Ce concert était un magnifique hommage à Luciano Berio. Je n’ai encore entendu que très peu de choses qui ressemblent à la musique de Berio. C’était un compositeur qui allait à la fois vers l’avant et vers l’arrière. Il a créé quelque chose de profondément complexe mais aussi très accueillant, ou « accogliente », comme l’a dit Francesco Giomi.























