Dans le silence, face au public, l’attention s’est concentrée sur chaque expression, chaque mouvement et chaque silence entre les respirations. Rebecca Gray nous a montré qu’il n’est pas nécessaire d’avoir un orchestre pour remplir la scène. Chaque seconde de sa performance était riche en intention et en courage, surpassant n’importe quel instrument par son expression émouvante. C’était humoristique, vertueux et, surtout, brillamment composé. Et ce avec un répertoire qui révélait le thème sous-jacent d’un dialogue étrange et qui mettait en lumière son grand talent d’actrice.
La musique était pour le moins contemporaine ou selon son propre terme, « déjantée ». À mesure que sa conscience passait d’un personnage à l’autre, sa voix faisait de même. Trilles aigus, sons percussifs, rires et autres sons tout simplement indescriptibles. Dans un hôpital psychiatrique, ces sons ne seraient peut-être passés inaperçus, mais ici, à la Sala Rossa, tout le monde est resté bouche bée.
Sa collaboration avec la dramaturge Sarah Pittman, intitulée Deer Opera, a véritablement volé la vedette. Même s’il s’agissait d’une collaboration peu conventionnelle, l’humour était très accessible et l’ajout d’une simple lumière vive pour séparer les intrigues parallèles a permis de tout harmoniser. L’histoire s’est déroulée de manière fluide, culminant dans un moment de prise de conscience satisfaisant qui nous a laissés bouche bée, comme des cerfs pris dans les phares d’une voiture. Avec son jeu d’acteurs, son scénario et sa scénographie minimaliste si raffinés, la pièce ne donne pas l’impression d’être une première ; elle a la maturité d’une œuvre qui a déjà fait le tour du monde.
La soirée s’est terminée par une magnifique pièce instrumentale, imaginée et écrite par de jeunes compositeurs locaux. Avec ses ruptures brusques, ses passages rapides et ses solos, cette oeuvre exigeait manifestement un haut niveau de technique, et les interprètes, pour la plupart de formation classique, ont rendu ces moments cruciaux avec une précision chirurgicale. Entre les cordes grinçantes jouées sur des accords doux de piano électrique et les sons diaphoniques du saxophone et de la flûte, ce fut un superbe jeu entre tension et soulagement. Le caractère éthéré de la composition donnait l’impression d’être plongé dans un film du Studio Ghibli, et la soirée s’est terminée en nous laissant émerveillés.
Codes d’accès a ainsi lancé sa saison avec un succès retentissant, musical dans tous les sens du terme. Tout le spectre de l’expérience musicale a été couvert. Expression brute et sauvage, proche de l’art performatif. Immersion attentive d’un travail électroacoustique. Magie naturelle d’une pièce contemporaine finement composée et interprétée par des musiciens talentueux. Cette approche consistant à soutenir les artistes émergents donne toujours des résultats surprenants et captivants, offrant un aperçu de la musique à venir.























