Pays : Québec Label : Simone Records Genres et styles : Chanson francophone / Piano Année : 2025

Ingrid Saint-Pierre – Cinq chansons au piano droit

· par Marilyn Bouchard

Petit suivi sur l’album d’Ingrid Saint-Pierre sorti au début de l’année sous étiquette Simone Records. Voilà l’occasion de lire le « track by track » de Marilyn Bouchard, collaboratrice nouvellement recrutée à PAN M 360 pour l’année qui vient.

Dans tes bras

L’album s’ouvre avec un espoir de douceur, une douceur à travers laquelle Ingrid peut déposer sa vulnérabilité. Elle y chante un besoin de soutien et y avoue ses moments de faiblesse. Les arrangements minimalistes sont bien dosés, ils laissent la mélodie et l’atmosphère intimiste s’installer. Les chœurs légers viennent appuyer l’envolée lyrique des refrains, soulignant la vulnérabilité omniprésente tout au long du EP. La peur est grande et forte dans cette pièce, presque suffocante, et le besoin de lumière proportionnel. Le deuxième volet du bridge permet à Ingrid de déployer toute la sensibilité de son falsetto qui frappe droit au cœur lorsqu’elle nous dit « tu sais.. » j’suis pas si grande que ça. Comme si elle nous invitait à s’emmitoufler avec elle pour la suite de l’album.

Le paquebot

Le piano rythmé comme des vagues dans l’intro nous emmène sur le bateau dès les premières secondes. La chanson, qui commence comme une balade, évolue rapidement vers plus de gravité lorsque la peur de la première chanson revient déguisée en appréhension. L’artiste commence à s’interroger sur sa capacité de sauver quelqu’un alors qu’elle s’est échappée. « J’ai pas sauvé ma peau comment sauver la tienne? » Le poids du constat de son propre échec nous hante, répété inlassablement, jusqu’à ce que ce mantra ne se transforme en une profonde volonté d’y parvenir pour l’autre : une énumération forte et imagée de tout ce qu’elle espère pouvoir être, tel un mât dans la tempête. La double partition de piano de Joseph Marchand qui commence à s’entremêler à ce moment vient particulièrement bien intensifier cette section, ma préférée.

Elle nous laisse sur une dernière répétition de sa question laissée en suspens, comme un aveu, ou une excuse…

L’Onoclée

Une berceuse remplie de lumière où Ingrid invite à poser un regard plus doux sur les choses. On y voit la poussière qui se suspend dans un rayon de soleil, on y entend une volonté de faire de la vie quelque chose de beau, un défi à relever.

On comprend que même dans ses moments doux-amers, Ingrid transformera l’ordinaire en extraordinaire. Que rien n’est assez grave pour que ça aille mal. La chanson prend son envol dans les refrains, avec une promesse de faire de l’existence une célébration, beau temps mauvais temps. Et l’interprète nous assure, immuable, que peu importe les évènements ou les scénarios, « elle sera la », dans une outro à l’arrangement délicat qui rappelle un peu les Beatles.

Ficelles

On apprécie particulièrement redécouvrir cette chanson dans son expression la plus simple, l’impact de son propos n’en ressortant que plus fort. Dans cette version seule au piano, on prend la liberté d’ajouter une magnifique section instrumentale en milieu de pièce et Ingrid se permet quelques très belles vocalises dans son interprétation qui enrichissent la partition. Le choix de faire de cette chanson la plus épurée de l’album est très bien vu et on la quitte sur un filet de voix très intime qui se continue dans son silence, nous emportant avec lui.

Petite fin du monde

La délicate trame sonore d’oiseaux donne tout de suite le ton de cette dernière chanson aux airs un peu mélancoliques : on est en contact avec la nature, l’essentiel, la simplicité. Ingrid nous emmène en balade, une balade durant laquelle elle s’interroge sur le temps qui passe et son contraste,

chuchotant « ton enfance de l’autre côté », un sourire dans la voix, sachant que ce moment est déjà en train de disparaître. C’est la pièce la plus introspective de l’album, comme si elle cherche à y condenser tout le vécu de cette enfance, peut-être pour la faire durer un peu plus longtemps.. Elle s’épanche sur des futurs hypothétiques et nous lâche la main, dans ce parc d’enfants qui place brillamment l’identité sonore de la chanson, nous laissant imaginer les possibles, avec tout ce qu’on laisse derrière nous, à travers cet album et cette vie.

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