Raphaël Bussières, alias Lucill, jeune trentenaire d’origine chibougamoise, tenait la guitare basse dans le groupe rock Heat. Ressentant l’appel du large, comme Melville et son héros Ismaël jadis, Raphaël-Lucill s’est lancé à son compte. Heureusement pour nous, car il s’est bricolé un son diablement accrocheur. En novembre 2018, il nous en exposait la teneur sur un micro-album homonyme de quatre titres. La recette ? Guitare tintinnabulante à la New Order, voix feutrée semi-enfouie dans le mix à la Jesus and Mary Chain et rythme métronomique à la Stereolab. À ce procédé en apparence aussi simple qu’éprouvé, Bussières avait intégré un élément vital : des rimes fluides, en français s’il vous plaît, s’appuyant sur un équilibre prosodique remarquable. Presque deux ans plus tard sur Bunny, Lucill ne déroge aucunement à ce gabarit gagnant. Huit compos bien campées, un coup de main du prometteur Gabriel Bouchard, de Matthew Florentino – qui était également de l’aventure en 2018 – et de Francis Mineau, naguère batteur de Malajube, qui a accueilli Lucill dans son studio et a réalisé Bunny. On croit détecter de nouvelles influences comme Luna et The Postal Service, judicieusement incorporées aux pièces. Rayon paroles, Lucill y va de manière universelle, sobre et sereine. Dans Et je cours, Lucill dit avoir troué l’oreiller, comme Alain Bashung dans Vertige de l’amour. Sauf que Bashung disait avoir sans doute rêvé trop fort, alors que Lucill dit ne plus savoir à quoi rêver; le musicophile espère sincèrement que ça lui passera.
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