Le Rundfunkchor Berlin nous présente avec son plus récent album deux œuvres liturgiques dont le traitement musical est fort différent. En effet, si le genre de la messe est exploité depuis le Moyen-Âge, il n’a cessé d’être revisité par les compositeurs et les compositrices jusqu’à ce jour. On retrouve sur cet enregistrement une messe d’Anton Bruckner composée en 1866 ainsi qu’une autre de Stravinski, complétée entre 1944 et 1948. Toutes deux formées des mouvements traditionnels de l’ordinaire de la messe – kyrie, gloria, credo, sanctus et agnus dei, avec l’ajout de la part de Bruckner d’un benedictus – les deux œuvres nous permettent d’apprécier deux types d’écriture distincts. Du côté de Bruckner, on retrouve une messe pour chœur mixte à huit voix et instruments à vent écrite dans un style postromantique, tandis que l’œuvre Stravinski, pour chœur mixte et deux quintettes à vent, présente un style beaucoup plus moderne mettant en vedette l’un des paramètres préférés du compositeur : le rythme. Cette dernière messe vient déstabiliser l’idée de base que l’on pourrait se faire de ce genre musical : ses moments plus austères sont alternés avec les interventions hautes en couleur des instruments à vent, dont l’utilisation du registre aigu empêche l’auditeur ou l’auditrice de sombrer dans la monotonie. Bruckner, quant à lui, nous démontre une fois de plus son aisance à faire rayonner les cuivres. La force de cet album réside assurément dans la rupture du stéréotype entourant le genre de la messe, tout en présentant deux œuvres moins connues de compositeurs de renom.
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