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Voïvod : travail récompensé

Interview réalisé par Christine Fortier
Genres et styles : metal progressif / thrash-metal

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À la veille de ses 40 ans, Voïvod lance Synchro Anarchy, un 15e album qui a vu le jour dans des conditions inhabituelles à cause de la pandémie de COVID-19. Le batteur Michel Langevin nous décrit comment ça s’est passé.

PAN M 360 : La pandémie vous a forcé à changer votre façon de concevoir du nouveau matériel. Comment est-ce que cela t’a affecté personnellement?

MICHEL LANGEVIN : Il a fallu que j’apprenne à travailler avec Logic Pro à cause de la distanciation sociale. Avant, je ne me cassais pas la tête parce qu’on se réunissait à notre studio et on enregistrait ce qu’on composait. Puisqu’on n’avait plus accès au studio, Snake (le chanteur Denis Bélanger) a décidé d’en construire un dans sa maison pour qu’on puisse se réunir. Aussitôt qu’il a été prêt, nouvelle restriction : on ne pouvait plus se réunir dans une maison (rires). C’est là que je me suis dit « Ouais, si on veut avancer, il faudra que j’apprenne la technologie ». J’avais vu Chewy (le guitariste Daniel Mongrain) et Rocky (le bassiste Dominic Laroche) faire ça dans l’autobus de tournée. Eux, ils composent en tournée et enregistrent sur leurs ordinateurs portables. Je voulais donc apprendre à programmer la batterie avec Logic Pro, mais pendant l’année 2020, on s’est concentré sur des trucs qu’on avait enregistrés en 2019 pendant la tournée The Wake, dont le Festival d’été de Québec et le Festival de Jazz à Montréal. On a commencé à faire l’EP The End of Dormancy (2020) et l’album Lost Machine – Live (2020). En même temps, on travaillait un peu sur l’album, mais on s’ennuyait tellement de jouer ensemble dans une pièce qu’aussitôt qu’on a pu, on est allé au studio RadicArt pour faire des spectacles en ligne avec tout le protocole sanitaire. Jouer ensemble nous manquait beaucoup. Pour moi, la batterie, c’est comme un exutoire à l’anxiété. 

PAN M 360 : Tu ne peux pas jouer chez toi?

MICHEL LANGEVIN : Non, malheureusement. C’est pour ça que je me suis mis à programmer les parties de batterie. Le défi, pour moi, était d’être certain de pouvoir refaire ce que je programmais en studio. Pendant que je faisais de la programmation, il y avait beaucoup de air drumming (rires). 

PAN M 360 : C’est vrai que jouer de la batterie dans un appartement n’est pas évident.

MICHEL LANGEVIN : C’est ça. J’ai un octapad, un petit bidule avec 8 pads, mais ce n’est pas comme l’exercice de jouer sur une vraie batterie, d’improviser, de composer et tout ça. En fait, la difficulté, c’est plus au niveau des vitesses. Est-ce que c’est trop vite pour deux grosses caisses, ou est-ce trop lent pour deux grosses caisses? On a tout réajusté ça en juin 2021, quand on s’est enfin ramassés au studio RadicArt avec le réalisateur Francis Perron pour composer et enregistrer, parce qu’on faisait les deux en même temps. On essayait de coller tous les petits bouts de chansons qu’on avait écrits chacun de notre côté. Un moment donné, pendant que Chewy réarrangeait certains trucs, moi j’essayais de coller sur l’ordinateur des bouts qui avaient été rejetés. Au début, je collais des bouts qui avaient la même vitesse ou la même « signature », puis à un moment donné je me suis dit que j’allais juste coller des bouts sans rapport les uns avec les autres. C’est peut-être ce qui a contribué à donner à Synchro Anarchy un petit côté Nothingface – Dimension Hatröss, où on changeait de tempos ou de styles sur un dix cennes, comme on dit! (rires)

PAN M 360 : Il y a quelques semaines, j’ai fait une entrevue avec un groupe qui se demandait si lancer un disque en ce moment n’était pas un peu comme un coup d’épée dans l’eau. Qu’en penses-tu?

MICHEL LANGEVIN : Je crois qu’il vaut mieux travailler sur des rééditions ou de nouveaux trucs, pour qu’il y ait beaucoup de produits sur le marché afin de garder le nom du groupe vivant. En 2021, j’ai passé énormément de temps à travailler sur des rééditions qui vont sortir en vinyle cette année, comme Angel Rat et Nothingface. On a aussi travaillé We Are Connected, le documentaire sur Voïvod réalisé par Felipe Belalcázar (Death by Metal sur le groupe Death). On voulait le sortir cette année, mais il lui reste quelques entrevues à faire et c’est difficile pour lui de voyager à cause de la pandémie. Par conséquent, il se peut qu’il sorte pour le 40e. On considère que c’est en 2023 parce que Snake s’est joint au groupe en janvier 1983. Le 40e sera aussi souligné par le lancement d’un livre sur Voïvod écrit par le journaliste Jeff Wagner (Mean Deviation: Four Decades of Progressive Heavy Metal, 2010, le balado Radical Research). On voudrait aussi ressortir Voïvod, le disque qu’on a enregistré avec Jason Newsted en 2003 parce que ce sera son 20e anniversaire.

PAN M 360 : Voïvod prend tout ton temps!

MICHEL LANGEVIN : Oui, ça fait 39 ans maintenant que je travaille presque à temps plein sur Voïvod. 

PAN M 360 : Ce n’est pas rien, hein?

MICHEL LANGEVIN : C’est une vie consacrée à ça. Il y a plusieurs fois où je me suis fait dire que j’étais fou de continuer à travailler là-dessus, parce que le groupe avait un profil un peu plus bas. Mais maintenant j’en profite vraiment, car on est plus populaires que jamais. J’en bénéficie en tant qu’artiste graphique, parce qu’il y a beaucoup de monde qui me contacte pour avoir une pochette de disque ou un t-shirt ou même des dessins pour des tatouages. Je fais beaucoup de dessins à l’encre. En 2020, vu que j’étais à la maison, j’ai créé un magasin en ligne qui m’a vraiment tenu occupé. J’envoie mes livres partout sur la planète. Je suis vraiment chanceux parce que j’ai Voïvod qui gagne en popularité tout le temps, et j’ai ma carrière d’artiste graphique qui gagne en popularité aussi en même temps.

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