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À l’occasion de son 20e anniversaire, Voces Boreales et l’organiste Henry Webb proposent un programme ambitieux, présenté le samedi 18 octobre à l’Église du Très-Saint-Nom-de-Jésus, dans le quartier Hochelaga-Maisonneuve.
Sous la direction artistique du chef de chœur et arrangeur Andrew Gray, qui a aimablement répondu aux questions de PAN M 360, ce programme proposera « un voyage musical mêlant quête de paix et d’humanité »… « Un concert qui plonge au cœur de la quête de sens, d’amour et de beauté absolue. »
Fondée en 2006, la chorale d’élite Voces Boreales est devenue un pilier de l’écosystème musical canadien. Deux décennies plus tard, Voces Boreales a cumulé une série de collaborations audacieuses et contemporaines, notamment avec la chanteuse Karen Young, la poétesse Hélène Dorion, le Quatuor Bozzini, le quatuor de saxophones Quasar et autres BradyWorks.
Célébrons donc la saison du 20e anniversaire de la chorale avec ce premier programme, qui justifie la réalisation de cette interview.
PAN M 360 : Quelles sont, selon vous, les principales réalisations de Voces Boreales, 20 ans après sa création ?
Andrew Gray : Je pense que l’une de nos principales réussites (outre le fait d’être toujours là après deux décennies, ce qui n’est pas une mince affaire compte tenu des difficultés constantes pour obtenir un soutien financier) est d’être restés pertinents tant sur le plan artistique que culturel, tout en développant notre mission. Sur le plan artistique, nous continuons à soutenir les artistes émergents de multiples façons (qu’il s’agisse de chanteurs, de compositeurs ou de chefs d’orchestre), nous maintenons un programme de sensibilisation et d’éducation culturelle à travers des ateliers et des classes de maître, et nous donnons des concerts en dehors de la métropole (Dorval, Pointe Claire, Repentigny, Valleyfield, La Prairie, Laval, Joliette, etc.). Depuis deux décennies, nous avons donné la priorité aux chanteurs montréalais, en les aidant à développer leurs compétences et leur expérience au sein de l’ensemble, ce qui leur permet souvent de se lancer dans une belle carrière solo. Cela reflète tout à fait le parcours que j’ai moi-même suivi en tant que chanteur, puis en tant que chef d’orchestre.
Nous sommes également particulièrement fiers d’avoir pu maintenir l’activité et même développer l’organisation pendant la pandémie grâce à une conception intelligente des projets et à des performances innovantes. De nombreuses autres organisations ont dû réduire considérablement leurs activités, voire fermer leurs portes pendant la même période. Les branches de ces projets continuent à se développer pour les années à venir.
Une autre réalisation – qui, espérons-le, se poursuivra longtemps (!) – est notre programmation de répertoire canadien, qui nous permet de commander régulièrement de nouvelles œuvres à des compositeurs canadiens et québécois et de créer de nombreuses œuvres contemporaines qui n’ont jamais été chantées auparavant au Canada, au Québec ou à Montréal.
Voces Boreales est désormais une composante reconnue et acceptée de la « fabrique culturelle », avec un nombre croissant de collaborations avec de grandes organisations artistiques (par exemple, collaboration avec la SMCQ 2024, avec le CIOC 2025).
PAN M 360 : D’une manière générale, comment cela se traduit-il dans le choix des œuvres et la
préparation de l’ensemble pour votre 20e anniversaire ?
Andrew Gray : L’une des beautés de la musique contemporaine réside dans le fait qu’elle naît et respire en temps réel, au cours de notre vie. La plupart des œuvres que nous explorons ont été composées récemment ou de mémoire d’homme (à quelques exceptions près, bien sûr). C’est pourquoi, pour cette 20e saison, j’ai tenu à choisir des thèmes vastes et inclusifs, afin d’inclure non seulement des œuvres que je souhaitais présenter depuis longtemps, mais aussi des thèmes susceptibles d’émouvoir et de toucher l’humanité tout entière.
Friede auf Erden (Paix sur terre) de Schönberg, l’un des chefs-d’œuvre choraux les plus ambitieux du XXe siècle, est une œuvre que je souhaitais présenter depuis longtemps. Elle occupe une place centrale autour de laquelle s’articule le reste du programme. Je n’ai pas assez de temps ni d’espace ici pour décrire tous les éléments incroyables de cette pièce de 8 minutes, mais je me contenterai de dire qu’elle est absolument incontournable, tant pour les chanteurs que pour le public. Les œuvres qui l’entourent abordent des thèmes qui nous touchent tous : la naissance, l’enfance, la famille, la mort, le pardon, la rédemption et l’amour. L’ampleur dramatique, émotionnelle et dynamique de ces œuvres nous transporte de moments très calmes, relaxants et reposants à des expériences extrêmement puissantes et culminantes, reflétant parfaitement la richesse des expériences humaines qui nous unissent.
Notre existence dans le monde naturel et le partage de cette planète sont un autre thème commun à tous. Ici, à Montréal, le fleuve Saint-Laurent revêt une importance considérable, tant sur le plan physique qu’historique et culturel. Ma famille et moi vivons sur ses rives et, comme la plupart des Québécois, nous l’avons exploré tout au long de son parcours, tant vers l’ouest jusqu’aux Grands Lacs et au-delà, que vers l’est jusqu’à l’océan. La trilogie Sea Dreams de Peter Anthony Togni résume magnifiquement l’importance et la grandeur des grands plans d’eau, et lui commander un quatrième mouvement spécifiquement consacré au fleuve Saint-Laurent semblait être le point de départ idéal. Des pièces d’autres compositeurs canadiens ainsi que des œuvres du monde entier mettront à nouveau en valeur la virtuosité du groupe, rendront hommage à ses origines d’il y a 20 ans (avec une œuvre scandinave importante) et nous aideront à explorer ce thème central fédérateur.
PAN M 360 : Pourriez-vous nous parler un peu de votre partenariat avec le Concours international d’orgue du Canada ?
Andrew Gray : Notre collaboration avec le CIOC s’est faite de manière très organique (pardonnez le jeu de mots !) et a débuté avec la programmation de deux œuvres chorales exceptionnelles qui nécessitent un orgue : Seek Him that maketh the seven stars de Jonathan Dove et Mother and Child de Sir John Tavener. Afin d’intégrer ces pièces dans un programme autrement a cappella, il était évident que la première étape consistait à discuter avec Jean Willy-Kunz, directeur artistique du CIOC. Nous avons ensuite invité Henry Webb, un jeune organiste très talentueux, à collaborer avec nous sur ce projet. Le CIOC nous a été d’une aide précieuse tout au long du processus et nous a aidés à organiser l’accès à l’église et à ses deux orgues jumeaux (un à chaque extrémité) que Henry utilisera à merveille, en les jouant tous les deux à partir d’une seule console.
PAN M 360 : Plus précisément, examinons le programme du 18 octobre : pourriez-vous commenter brièvement le choix de chaque œuvre du programme et nous parler des défis que pose leur interprétation ?
Andrew Gray :
Arnold Schönberg (1874-1951) Friede auf Erden
Voir ci-dessus et ceci:
Il s’agit d’une œuvre qui, comme Schönberg l’a lui-même déclaré plus tard dans sa vie, a été écrite à une époque où il croyait que la « paix » était un objectif réalisable. Désabusé par les réalités de la guerre, cette œuvre représente aujourd’hui l’exigence absolue pour nous tous de continuer à croire en la paix et à lutter pour elle, à l’échelle mondiale, internationale et envers nos voisins dans les rues de nos propres villes. Et tout ce qui se passe actuellement dans le monde renforce l’importance de ce message, de ce thème, de la pertinence de ce programme.
Sir John Tavener (1944-2013) Mother and Child
– La paix commence à la maison, dans l’amour du regard d’une mère. Elle est omniprésente et toujours guide. La musique de Tavener incarne le mystique, l’impressionnant, l’éternel et fait référence à l’ancien mot sanskrit signifiant « celui d’où tout vient et vers lequel tout retourne ».
Ramona Luengen (née en 1959) O süsses Licht
Une merveilleuse compositrice canadienne s’inspire des anciens chants grégoriens et les combine à son propre style contemporain pour mettre en musique des textes d’Edith Stein. Stein et sa sœur sont mortes à Auschwitz. Pour œuvrer en faveur d’une paix durable, il faut se souvenir des leçons du passé.
Alexander L’Estrange (né en 1972) Le Prophète
Le poète libano-américain Kahlil Gibran croyait en l’unité de la religion, accueillait chez lui des personnes de toutes confessions et a écrit sur la condition humaine dans son ouvrage Le Prophète. Lorsque j’ai appris que mon bon ami (je suis le parrain de son plus jeune fils) et compositeur de renom Alexander L’Estrange avait mis en musique certaines parties des textes pour un ensemble a cappella, j’ai su que cela conviendrait parfaitement à ce programme. Sa musique est magnifique, incroyablement sensible au texte et très accessible. Ce sera également la première représentation canadienne.
Florence B. Price (1887-1953) Adoration
Une courte œuvre pour orgue, dans un style calme et méditatif, est incluse afin de créer un moment de calme et de réflexion tranquille. Découverte il y a seulement 15 ans dans l’Illinois parmi d’autres œuvres perdues (elle a été écrite en 1951), cette pièce évoque une dévotion sacrée qui reflète la nature de la foi profonde du compositeur. L’écoute de cette œuvre permettra de réfléchir aux thèmes présentés au cours de la soirée et d’apprécier les sons des orgues Casavant.
Henryk Mikołaj Górecki (1933-2010) Veni Sancte Spiritus, op. 61
Cette mise en musique implacablement paisible du texte « Come Holy Spirit » est une méditation musicale. Une prière douce mais répétitive et insistante qui comprend des phrases telles que : « Guéris nos blessures et nos douleurs, adoucis ce qui est dur et obstiné, réchauffe nos cœurs froids et rigides, guide tous ceux qui sont égarés ». Il me semble que ces sentiments sont aussi importants aujourd’hui qu’ils l’ont toujours été et qu’ils nous montrent le chemin vers la paix.
Slava Morotow Psaume 70
Le compositeur canadien Slava Morotow était l’invité vedette de l’un de nos ateliers de composition pour compositeurs émergents. Son esquisse d’une adaptation du Psaume 70 a ensuite été achevée et nous en donnerons la première représentation lors du concert. Au cœur du psaume se trouve une supplication pour que soient arrêtés ceux qui souhaitent nous faire du mal.
Jonathan Dove (1959 – ) Seek Him that Maketh the Seven Stars
Cherchez celui qui… transforme l’ombre de la mort en matinée. Oui, les ténèbres brillent comme le jour, la nuit est lumière autour de moi.
Le thème de la lumière, et plus particulièrement celui de la lumière des étoiles, est une source d’inspiration inépuisable pour les compositeurs et constitue un autre thème fédérateur pour tous. L’hymne commence par une image musicale du ciel nocturne, un motif d’orgue répété représentant des étoiles scintillantes qui amène le chœur à se demander qui les a créées. Le refrain « Cherchez-le » commence par un désir dévotionnel, mais se transforme finalement en une danse joyeuse, pour finir dans la sérénité. C’est un message d’unité et d’espoir.























