Violons du Roy | Vivaldi en équipe!

Entrevue réalisée par Alain Brunet
Genres et styles : baroque / classique

renseignements supplémentaires

Le prochain programme des Violons du Roy met de l’avant le talent de ses interprètes, dont certains deviennent solistes dans ce contexte. Sous la direction de Jonathan Cohen, les concertos pour violon de l’Opus 3 reconfirmeront la créativité du chef et la personnalité unique de l’orchestre. Directeur artistique et codirecteur général des Violons du Roy, Laurent Patenaude nous raconte et nous explique la mise en œuvre d’un tel programme présenté le mercredi 19 novembre au Palais Montcalm et le samedi 22 à la Salle Bourgie.

PAN M 360 : Pouvez-vous d’abord nous justifier ce choix de présenter la majorité des Concertos pour violon opus 3 d’Antonio Vivaldi :

Laurent Patenaude : Sauf les Quatre Saisons, ces Concertos de l’opus 3 ont rendu Vivaldi célèbre. À l’époque baroque, même plus que les Quatre Saisons. Ce fut vraiment très important en Europe, ça a été réimprimé plusieurs fois. Bach était d’ailleurs tombé en admiration devant ces œuvres qu’il avait transcrites.

PAN M 360 : Effectivement, Bach s’inspirait (aussi) de Vivaldi, et ce dernier avait une carrière plus importante que Bach de son vivant, en termes de notoriété.

Laurent Patenaude : Je pense que oui. Il a voyagé plus que Bach, ses œuvres ont été mieux  connues de son vivant. Oui, il était plus célèbre à l’époque. L’édition et la réédition de ses œuvres ont été beaucoup plus importantes que celles de Bach dont une grande partie de l’œuvre fut éditée après sa mort. 

PAN M 360 : Et puis il est disparu dans l’oubli jusqu’à ce que Mendelssohn le ressorte des  boules à mites au siècle suivant.

Laurent Patenaude : Bach, c’était plus complexe, mais finalement…

PAN M 360 : Finalement, c’est JSB le maître absolu.

Laurent Patenaude : Il n’y a pas de doute!

PAN M 360 : Ce qui n’enlève rien à Vivaldi, célébré cette semaine par Les Violons du Roy.

Laurent Patenaude : En plus d’être parmi les œuvres les mieux connues de Vivaldi,  elles  sont vraiment magnifiquement écrites. Pour les cordes, ça « sonne tout seul »! C’est vraiment le travail d’un violoniste, c’est très idiomatique. Même les parties les plus virtuoses tombent bien dans les doigts. Il y a quelque chose de très naturel,  ça fait vraiment briller des instruments à cordes. Je trouve que ça magnifie les cordes. 

PAN M 360 : Quels sont les défis de l’interprétation?

Laurent Patenaude : Les instrumentistes ont peut-être plus de place que chez Bach pour s’exprimer, pour ajouter des ornements, pour avoir un petit côté, un petit peu plus fantaisie. C’est plus difficile de mettre la fantaisie chez Bach, parce que c’est tellement complet! Alors que Vivaldi laisse plus de place aux interprètes. Il leur faut être un peu plus créatifs.

PAN M 360 : Il y a donc plus de liberté accordée dans la partition.

Laurent Patenaude : Oui. Légèrement. 

PAN M 360 : En général, la musique écrite du corpus classique n’accorde pas énormément de liberté à l’interprétation, mais comme on le constate chez Vivaldi on peut percevoir des différences de contraintes. Des compositeurs sont plus contraignants que d’autres.

Laurent Patenaude : Absolument.  Mais bon, puisque cette musique de Vivaldi est un peu plus simple harmoniquement, il faut y mettre quelque chose. Sinon, c’est sûr que si on joue la partition sans rien ajouter, ça peut être un petit peu simplet par moments. Mais je pense que Vivaldi invite à cette liberté. 

PAN M 360 : Ainsi, chaque exécution devient unique.

Laurent Patenaude : Oui, certainement. Les interprètes peuvent ainsi ajouter des ornements, des arpèges, et ça devient vraiment magnifique. Ce qui est le fun aussi avec ces concertons, c’est qu’on a toutes sortes de combinaisons : à un, à deux, à quatre violons, d’autres avec les violoncelles.  Les musiciens s’échangent donc les rôles de soliste. 

PAN M 360 : On imagine que Les Violons du Roy ont joué ces œuvres maintes et maintes fois, n’est-ce pas?

Laurent Patenaude : On a déjà joué ces concertos, mais ça fait peut-être une douzaine d’années qu’on n’a pas construit un programme du genre. C’est quand même agréable aussi de découvrir les musiciens de l’orchestre qu’on entend moins souvent comme solistes. Ça amène sa couleur aussi.

PAN M 360 : Et comment les solistes sont ils choisis? 

Laurent Patenaude :  Au départ, j’ai fait un petit sondage. J’ai demandé qui aimerait jouer quoi. Évidemment, tout le monde ne peut pas jouer le même concerto mais on a quand même tenu compte des préférences de nos gens. Après ça, on a essayé d’assembler quelque chose qui se tient, et qui donne une place à chacun chacune. Évidemment, des interprètes de l’orchestre ne feront pas de solo,  on est allés avec ceux qui le pouvaient et le souhaitaient. 

PAN M 360 : Le programme nous indique que les concertos ne sont pas joués dans l’ordre originel.

Laurent Patenaude:  On les a faites en fonction de la complexité, de l’harmonie, et des tonalités. Nous avons prévu l’alternance entre quatre violons solos, un violon solo, deux violons solos. On a essayé de faire quelque chose de varié. Je pense que ça donne un menu très agréable pour l’auditeur. Aussi une variété  de couleurs orchestrales. Chaque concerto dure 9-10 minutes. Donc, on est vraiment dans un espèce de buffet Vivaldi. On peut avoir un concerto en ré majeur, très heureux, un autre en sol mineur sera un peu plus torturé…

PAN M 360 : Vous ne jouez pas les 12 concertos, par ailleurs. Ce n’est pas l’intégrale.

Laurent Patenaude : Presque…  en fait 9 sur 12 quand même. Ceux qui n’ont pas été retenus parce que ce n’était pas le choix de nos interprètes. Ensuite, nous avons fait en sorte que ce soit équilibré. C’est sûr qu’on a mis les concertos les  plus célèbres, les plus attrayants aussi.

PAN M 360 : Parlons des solistes!

Laurent Patenaude : Cinq violonistes femmes et deux violoncellistes hommes seront mis sur la sellette.  Katia Poplyansky, une de nos deux violons solo (Pascale Giguère revient progressivement après avoir eu des ennuis de santé), elle un peu plus l’habitude de briller. Et puis, les autres, Noëlla Bouchard, Pascale Gagnon, Michelle Seto, Angélique Duguay. Les violoncellistes sont Raphaël Dubé et Benoît Loiselle. Certains de ces interprètes sont avec nous depuis longtemps comme Noëlla (1995) et Michelle (1992),Angélique Duguay (1996), d’autres sont arrivés plus tard, Pascale Gagnon (2001), Katia (2024). À un violon, Katia Poplyansky, Pascale Gagnon et Angélique Duguay font des concertos à un seul soliste, après quoi les combinaisons utilisent 2 ou 4 solistes, ce qui implique aussi  Michelle et Noëlla.  Benoît Loiselle et Raphaël Dubé s’échangent les solos de violoncelle. Tout le monde est occupé!

PAN M 360 : Beau jeu de personnalités en perspective!

Laurent Patenaude :  Chacune et chacun a sa couleur.  Chacune et chacun ont une grande discipline et peuvent très bien se fondre dans une section de l’orchestre. Mais quand on leur donne le plancher, ils/elles le prennent et s’expriment avec toute la verve nécessaire.  

PAN M 360 : Et les autres interprètes jouent en équipe, il va sans dire!

Laurent Patenaude : Absolument. Il y a une belle solidarité. Quand les interprètes sont  moins habitués à les jouer solo, on sent que tout le monde dans l’orchestre est derrière eux. On est ensemble là-dedans. Dans ce genre de programme, on voit vraiment la cohésion de l’orchestre. Il y a une certaine fierté à faire briller notre monde!  De plus, ça redynamise l’orchestre.

PAN M 360 : Un tel défi, c’est sûrement bon pour la santé des Violons du Roy!

Laurent Patenaude : Ça permet aux gens de se donner et d’éviter le pilote automatique. Ça crée des liens intéressants, je dirais, avec le public. À  Québec comme à Montréal, ça renforce le sentiment de proximité.

PROGRAMME 

ANTONIO VIVALDI

• Concerto pour quatre violons et violoncelle en ré majeur, op. 3 n° 1, RV 549
• Concerto pour violon en la mineur, op. 3, n° 6, RV 356
• Concerto pour deux violons et violoncelle en sol mineur, op. 3 n° 2, RV 578
• Concerto pour violon en sol majeur, op. 3 n° 3, RV 310
• Concerto pour quatre violons en mi mineur, op 3. n° 4, RV 550
• Concerto pour deux violons en la mineur, op. 3 n° 8, RV 522
• Concerto pour violon en ré majeur, op. 3 n° 9, RV 230
• Concerto pour deux violons et violoncelle en ré mineur, op. 3 n° 11, RV 565
• Concerto pour quatre violons et violoncelle en si mineur, op. 3 n° 10, RV 580

Tout le contenu 360

Trio Garibaldi, l’album In faded Sepia | alto, piano, clarinette au service de la création inédite

Trio Garibaldi, l’album In faded Sepia | alto, piano, clarinette au service de la création inédite

Remi Bolduc dévoile son Groove Quintet

Remi Bolduc dévoile son Groove Quintet

5ilience | Devinim, lorsque les sons se meuvent à travers les anches

5ilience | Devinim, lorsque les sons se meuvent à travers les anches

Caribbean Love : Richy Jay, entre héritage et rythmes tropicaux

Caribbean Love : Richy Jay, entre héritage et rythmes tropicaux

Caprice au 9e | Telemann et les musiciens itinérants de l’époque baroque

Caprice au 9e | Telemann et les musiciens itinérants de l’époque baroque

The Sheepdogs, ou comment devenir classique « hors de la tempête »

The Sheepdogs, ou comment devenir classique « hors de la tempête »

Semaine du Neuf | Soirée d’impro collective avec No Hay Banda, Ana Maria Romano et Limules

Semaine du Neuf | Soirée d’impro collective avec No Hay Banda, Ana Maria Romano et Limules

Semaine du Neuf | Lovemusic et Protest of the Physical :  le corps (des musicien.ne.s) a ses raisons

Semaine du Neuf | Lovemusic et Protest of the Physical : le corps (des musicien.ne.s) a ses raisons

Semaine du Neuf | Nous perçons les oreilles, l’improvisation au centre des corps

Semaine du Neuf | Nous perçons les oreilles, l’improvisation au centre des corps

Semaine du Neuf | Ictus : Ula Sickle et les gestes de résistance

Semaine du Neuf | Ictus : Ula Sickle et les gestes de résistance

Esencia: Akawui raconte son parcours en mots et en musique

Esencia: Akawui raconte son parcours en mots et en musique

Semaine du Neuf | Quasar, d’égal à égal avec la danse

Semaine du Neuf | Quasar, d’égal à égal avec la danse

Semaine du Neuf | Bozzini, un soir où les Neuf convergent

Semaine du Neuf | Bozzini, un soir où les Neuf convergent

In memoriam Nazih Borish (1982-2026)

In memoriam Nazih Borish (1982-2026)

Arion Orchestre Baroque | Les larmes de Marie selon Marie … van Rhijn

Arion Orchestre Baroque | Les larmes de Marie selon Marie … van Rhijn

Semaine du Neuf | Proxima Centauri, les mouvements du son entre approches instrumentales et électroniques

Semaine du Neuf | Proxima Centauri, les mouvements du son entre approches instrumentales et électroniques

Semaine du Neuf | « Cacher pour montrer », métaphore de nos comportements à l’ère numérique

Semaine du Neuf | « Cacher pour montrer », métaphore de nos comportements à l’ère numérique

Semaine du Neuf | Quigital Corporate Retreat… corporatisme complètement fou!

Semaine du Neuf | Quigital Corporate Retreat… corporatisme complètement fou!

Palais Montcalm | The Flower Kings, longévité et ouverture d’esprit

Palais Montcalm | The Flower Kings, longévité et ouverture d’esprit

ATMA Classique acquis par GFN Productions : le nouveau DG et actionnaire commente

ATMA Classique acquis par GFN Productions : le nouveau DG et actionnaire commente

ArtChoral et Ménestrel | Chants anciens au 9e… de 5 à 6 !

ArtChoral et Ménestrel | Chants anciens au 9e… de 5 à 6 !

Palais Montcalm | Le phénomène néo jazz swing sous l’angle de Caity Gyorgy

Palais Montcalm | Le phénomène néo jazz swing sous l’angle de Caity Gyorgy

Semaine du Neuf | Krystina Marcoux : Le silence des mots et la musique du geste

Semaine du Neuf | Krystina Marcoux : Le silence des mots et la musique du geste

Ta da da daaam! Beethoven et Mozart joués par Caprice et ArtChoral

Ta da da daaam! Beethoven et Mozart joués par Caprice et ArtChoral

Inscrivez-vous à l'infolettre