Montréal/Nouvelles musiques: voix du nord, Bretagne-Nunavik

Entrevue réalisée par Varun Swarup
Genres et styles : celtique / inuit / musique contemporaine

renseignements supplémentaires

Rappelons  d’entrée de jeu que Katia Makdissi-Warren est une musicienne et compositrice accomplie du Québec. Elle est la  fondatrice et directrice artistique d’Oktoécho, un ensemble de Montréal qui explore la confluence entre les musiques occidentales, indigènes et du Moyen-Orient.  Cette année, dans le cadre du festival biennal  Montréal / Nouvelles musiques qui s’amorce ce jeudi à la Salle Pierre-Mecure, Katia Makdissi- Warren présentera sa création Voix du nord : Nunavik – Bretagne,  dialogue interculturel entre la musique vocale du Nunavik et de la Bretagne avec orchestre.

NDLR: Dans ce même programme, la triste disparition de l’excellent compositeur montréalais José Evangelista sera soulignée respectueusement par l’exécution de sa Symphonie Minute.

PAN M 360 : Tout d’abord, merci Katia d’avoir pris le temps ! 

KATIA MAKDISSI-WARREN : De rien! 

PAN M 360 : Peut-être pouvons-nous commencer par vous demander comment s’est échelonnée votre programme au Festival Montréal/Nouvelles Musiques cette année ?

KATIA MAKDISSI-WARREN : Bien sûr. Cette présentation spécifique a vu le jour lorsque j’ai été approchée par l’Orchestre National de Bretagne pour une commande. Ils voulaient présenter la musique de Bretagne et du Canada et, grâce à mon travail avec Oktoécho, ils m’ont appelée pour mener à bien ce projet.

PAN M 360 : Donc, sachant que vous deviez incorporer de la musique de Bretagne, vous étiez libre de créer autour de cela ? 

KATIA MAKDISSI-WARREN : Oui. Quand on m’a dit qu’il y aurait deux femmes chantant a capella, ce qui est la façon traditionnelle de chanter la musique vocale de Bretagne, j’ai pensé que ce serait formidable de mélanger cela avec la musique inuit, qui est traditionnellement jouée comme un jeu entre deux femmes où la première à rire a perdu la partie. C’est pourquoi, à la fin du spectacle, on entend les chanteuses rire beaucoup !

Nous avons beaucoup travaillé ensemble, les quatre chanteurs et moi, et nous avons remarqué qu’il y a beaucoup de similitudes entre l’histoire et la culture de la Bretagne et du Nunavik. Les deux peuples ont presque perdu leur culture à cause de la répression du gouvernement et de l’Église, et on peut dire la même chose de leur langue. 

PAN M 360 :  Des similitudes sont-elles également apparues dans la musique ? 

KATIA MAKDISSI-WARREN : Du côté inuit, la musique est interprétée comme un jeu, et le but du jeu est d’imiter les sons de la nature, le vent, la rivière, l’oie, par exemple. Quand nous avons fait ces ateliers avec nos chanteurs de Bretagne, nous avons découvert qu’ils ont aussi un répertoire particulier qui concerne l’imitation des animaux, mais ce répertoire n’est pas aussi connu. J’ai donc pensé que c’était un excellent point de similitude à explorer et la direction que nous avons prise était de rendre la musique ludique, en utilisant les sons de la nature comme référence.

PAN M 360 : Incorporer des traditions musicales aussi similaires et pourtant disparates doit présenter de nombreux défis techniques en ce qui concerne la partition. Quelle a été votre approche ?

KATIA MAKDISSI-WARREN : Ma mère est originaire du Liban et j’ai donc grandi en entendant de la musique du Moyen-Orient et de la musique occidentale. Je pense qu’à partir de là, j’ai toujours été consciente qu’il existe de nombreuses façons de concevoir et de conceptualiser la musique. Dans le cas présent, le chant guttural n’est pas écrit et c’est l’idée d’une de nos chanteuses d’Oktoécho, Helene Martin, d’utiliser des feuilles de repères dans notre partition. Ce n’était pas toujours facile, mais cela a fini par très bien fonctionner. 

En ce qui concerne l’orchestration, pendant un an, j’ai travaillé avec de nombreux et différents musiciens, vents, cordes, cuivres, pour voir comment nous pouvions recréer certains sons, ce qui a nécessité l’écriture de plusieurs techniques étendues. 

PAN M 360 : En tant que compositrice, quel est pour vous l’attrait musical du chant guttural ?

KATIA MAKDISSI-WARREN : Pour moi personnellement, le chant de gorge du Nunavik est très très important. J’avais 15 ans lorsque je l’ai entendu pour la première fois et je pense même que c’est le premier CD que j’ai acheté. J’étais tellement impressionnée par la façon dont deux voix pouvaient exprimer quelque chose qui ressemblait presque à de la musique électronique. J’ai entendu des sons qui, pour moi, étaient auparavant inimaginables, et certaines chansons ont suscité en moi des émotions qu’aucune autre musique n’avait suscitées.  C’est un art très unique et l’aspect jeu y est pour beaucoup dans sa musicalité. 

PAN M 360 :  Pour beaucoup d’auditeurs occasionnels, le chant de cultures régionales peut peut-être être un peu intimidant, que conseilleriez-vous  aux personnes qui assistent au spectacle afin qu’elles profitent au maximum de l’expérience ? 

KATIA MAKDISSI-WARREN : Eh bien, tout d’abord, il y a beaucoup d’éléments qui seront reconnaissables pour presque tout le monde. Les couleurs d’un orchestre, les mélodies folkloriques des chanteurs de Bretagne, c’est proche du folklore québécois. Mais ce qui me semble le plus intéressant dans cette expérience, c’est le partage. Chacun partage sa propre culture et il se trouve que nous sommes tous ensemble pour cela. Je dirais qu’il faut se concentrer sur les éléments de la nature et du jeu. Il y a même un mouvement où l’orchestre improvise. Je pense que ce sera une expérience vraiment ludique et belle. 

PAN M 360 Merci encore Katia. On a hâte au concert  !

Ce programme de la SMCQ, dans le cadre de Montréal/Nouvelles Musiques est présenté jeudi, 18h, à la Salle Pierre-Mercure.

Pour acheter vos billets, c’est ICI.

Participant·es

Programme

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