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Malika Tirolien: toujours plus haut !

Interview réalisé par Alain Brunet

Originaire de Guadeloupe, Québécoise d’adoption depuis deux décennies, la chanteuse de puissance Malika Tirolien mène une carrière internationale à travers de multiples projets dont Higher, son nouvel album solo est un exemple éloquent. Toujours plus haut!

Genres et styles : jazz / jazz antillais / Rap français / rap kreyol / soul/R&B

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Les fans de Snarky Puppy, une des formations américaines les plus populaires du renouveau jazz mâtiné de funk, R&B et autres hip hop, savent la connexion avec l’excellente chanteuse montréalaise Malika Tirolien. Qui plus est, elle joue un rôle central dans le groupe mondialiste Bokanté, mené par le bassiste, multi-instrumentiste et compositeur Michael League, qui mène aussi les destinées de Snarky Puppy, sans compter le chanteur britannique Jacob Collier dont elle est la choriste, ou encore le  saxophoniste guadeloupéen Jacques Schwarz-Bart avec qui elle vient d’enregistrer. Elle fut associée à divers projet et artistes montréalais , notamment le chanteur et rappeur Vox Sambou, le rappeur Dramatik et le Kalmunity Vibe Collective. Sur la voie ensoleillée,  premier album solo de Malika Tirolien, fut lancé il y a six ans, voici Higher, deuxième volet d’une tétralogie, exprimé en anglais, en créole guadeloupéen et en français.

PAN M 360 : Sans compter tes projets solos, on t’as entendue dans diverses formations montréalaises et internationales. Peut-on refaire ensemble ta trajectoire? 

MALIKA TIROLIEN : Oui! Je suis Guadeloupéenne et vis au Québec depuis 2001, soit vingt ans. Je viens de l’île Marie-Galante, je suis venue au Québec pour les études universitaires. J’ai d’abord étudié en musique à l’université de Sherbrooke et ensuite continué à la faculté de Musique de l’Université de Montréal. Mon identité est guadeloupéenne d’origine et montréalaise d’adoption. Je me sens très bien à Montréal, j’aime la communauté qui m’entoure, c’est une famille pour moi je m’y sens vraiment choyée. Le milieu musical underground de Montréal est très riche, c’est pourquoi je pense qu’il n’y a pas assez de place dans le mainstream pour toutes les cultures qui représentent notre ville. Il y a encore beaucoup de boulot pour y parvenir mais les choses avancent.

PAN M 360 : Tu mènes plusieurs projet de front. Peux-tu nous les décrire brièvement ?

MALIKA TIROLIEN : Ce nouvel album arrive fin février, nous avons déjà lancé des singles pour le pousser – Rise, No Mercy, Change Your Life. Je travaille  encore avec Bokanté, nous sommes en écriture pour un troisième album. Le deuxième fut mis en nomination aux Grammys en 2020. Nous travaillons actuellement sur le troisième. J’ai aussi enregistré avec le saxophoniste guadeloupéen Jacques Schwarz-Bartz qui a travaillé  notamment avec Roy Hargrove et D’Angelo, l’album  Sone Ka La 2 sortira ce printemps. Je travaille également avec Vox Sambou qui a fait récemment son premier Tiny Desk  à NPR. J’enseigne aussi le chant à Sherbrooke, c’est un 360 avec l’université, car j’y deviens prof et j’y ai commencé en tant qu’étudiante. Et oui, j’ai déjà beaucoup eu envie de m’installer à New York. C’est incroyable cette scène new-yorkaise! C’est dur là-bas, la compétition est féroce et ça donne aux artistes une mentalité de fonceur. Ça se ressent dans leur musique! Mais… la vie y est très chère et… Peut-être un jour…

PAN M 360 : Comment la pandémie a-t-elle affecté ta carrière?

MALIKA TIROLIEN : En ce moment, c’est plus difficile en tant de pandémie, la plupart de mes revenus sont fondés sur la performance live, et donc ces revenus sont disparus en bonne partie. Je devais partir en tournée pour trois mois avec le Britannique Jacob Collier et… C’est sûr que la pandémie m’affecte, comme tous les musiciens.  Par chance, j’ai un travail de professeur qui me permet d’assurer.

PAN M 360 : Comment ton album Higher a-t-il été conçu?

MALIKA TIROLIEN : J’ai coréalisé mon nouvel album avec Michael League de Snarky Puppy et Bokanté, il s’est impliqué totalement,  je lui ai vraiment confié cet album et nous avons travaillé ensemble. C’est lui qui a choisi les musiciens du quintette et enregistré le tout à Brooklyn au HighBreedMusic Studio de Tariq Khan. J’y chante et joue des claviers, mon petit frère Bled Miki y rappe sur la chanson No Mercy. Michael League joue plusieurs instruments : basse électrique, moog bass, guitare bariton fretless, sitar électrique, guitares krakeb, electric bass, claviers. Le batteur Charles Haynes y joue de la batterie, Jason Lindner et Frank LoCastro les claviers. Deux musiciens de mon groupe montréalais ont ensuite enregistré des pistes supplémentaires, soit le guitariste Philippe Lallier et le claviériste Jean-Michel Frédéric. 

PAN M 360 : Quelle est l’orientation du nouvel album?

MALIKA TIROLIEN : On trouve moins d’éléments créoles dans ce nouvel album que dans le premier, sauf des couplets de la chanson No Mercy.  On s’est créé un nouveau style qu’on a nommé highsoul, soit un mélange de jazz, de soul, de R&B , de hip hop et de psychédélique. Cet album fait partie d’une tétralogie, celui-ci est plus urbain que roots. Sur la voie ensoleillée, mon premier, était aussi fondé sur mes racines et symbolisait la terre. Celui-ci symbolise l’air,  bien qu’il soit  plus urbain et plus synthétique. Il s’intitule Higher, car on on y voyage en hauteur. L’inconscient et la conscience de la protagoniste y sont explorés, mais aussi le spirituel, l’espace, le cosmique. Je m’intéresse d’ailleurs à la pensée bouddhiste, ça m’apaise plus de croire à un constant renouvellement qu’à une mort définitive suivie du paradis ou de l’enfer (rires).

PAN M 360 : Quels sont selon toi les plus grands accomplissements de Higher?

MALIKA TIROLIEN : Déjà de collaborer avec Michael League dans un autre cadre que Bokanté m’a permis d’apprendre à maîtriser d’autres styles. Je tournerai sûrement avec ma formation de Montréal, Michael League pourrait parfois m’y joindre mais il est très occupé avec Snarky Puppy et Bokanté, en plus d’un album solo sur lequel il se penche actuellement. Travailler avec ces musiciens de New York fut pour moi une expérience incroyable. Ce fut aussi une très belle expérience d’écriture, notamment pour une chanson construite autour d’un poème de mon grand-père. Aussi, cette collaboration avec mon petit frère est vraiment chère à mon coeur, ce ne sera pas la dernière. Cet album a impliqué beaucoup plus de travail que sur le premier, mais le travail fut davantage collaboratif. Je suis très contente du résultat, j’ai vraiment hâte à la suite !

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