Klaus reprend du service, tandem studio et quartette sur scène

Entrevue réalisée par Alain Brunet
Genres et styles : americana / folk progressif / krautrock / prog / space rock

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Klaus II n’est ni un monarque de l’Europe du Nord, ni un illustre descendant de guerriers ostrogoths, encore moins le petit-fils du Père Noël. Klaus II est le titre d’un second album de Klaus, trio fondé en 28 et devenu tandem pendant la longue gestation de ce deuxième chapitre du projet mené par François Lafontaine et Joe Grass. Le lancement officiel de cet opus sous étiquette Simone Records est prévu le 10 décembre prochain à l’Esco. Vu l’envergure de ses protagonistes, vu leur posture dans la galaxie indie-keb, il était impératif de causer avec Joe Grass et Frank Lafontaine, visiblement fiers du travail accompli.

PAN M 360 : Klaus s’inscrit entre vos projets personnels et autres collaborations. Depuis 2018, deux albums, dont le second vient de paraître. Projet parallèle du trio (autrefois avec Samuel Joly) au duo actuel, composé de François Lafontaine et Joe Grass.

François Lafontaine : Ce n’est vraiment pas un side project. En fait, on a commencé l’album en 2020. Puis, bon, il y a eu le changement de personnel…un membre de moins… divergences de plein d’affaires personnelles ou musicales… la vie… Et il y a eu la pandémie.

Depuis l’autre album, Joe a fait un album solo. Quand il a fini son album, on a recommencé à travailler tranquillement. Plein de choses sont arrivées ensuite, Karkwa a voulu recommencer, j’ai travaillé avec Marie-Pierre (Arthur) et aussi avec Galaxie. Puis Joe a aussi tourné avec son spectacle solo et d’autres projets.

PAN M 360 : Ça fait donc longtemps que vous faites ça. À bâtons rompus? Quand vous aviez du temps?  Et à un moment donné, ça s’est resserré, c’est ça? 

Joe Grass : Exactement. En janvier dernier, on a donné un gros coup. On avait assez de matériel, on a mis des dates limites.

François Lafontaine : Jusqu’à finir l’album !  On aimerait vraiment tourner avec ça, on est en train d’organiser ça avec notre équipe. 

PAN M 360 : Souhaitez-vous un cycle d’un an ou deux sur scène avec ça?

François Lafontaine : Oui, c’estle plan. C’est cool car on a vraiment du plaisir à jouer ensemble. On veut donner vie à cet album.

PAN M 360 :  De quelle façon avez-vous changé avec Klaus II

Joe Grass :  Le premier album, c’était plus collage. On essayait des affaires, ça faisait des contrastes plus abrupts. Mais cette fois, je pense qu’on a trouvé une vibe. On a essayé d’aller plus profondément dans un même feeling et écrire des  chansons qui proviennent de cette vibe, sans forcer les choses pour être intéressants. On a essayé d’être un peu plus subtils dans nos choix.

François Lafontaine : C’est plus homogène. C’est normal que ça le soit, on a appris à composer ensemble au premier. On ne s’est pas dit qu’il faudrait que le prochain soit plus ramassé, ça s’est fait naturellement. Des fois, tu avances dans le processus de création, tu travailles sur des bribes de chansons, et puis il y en a une qui finit par définir un peu ce que deviendra l’album. La forme devient plus claire, une trame narrative s’impose, et ça aide à faire le reste. Cet album est donc moins pizza que le premier qui était le fun pareil; on avait aimé faire ce collage et  forcer des trucs qui n’allaient pas nécessairement ensemble.

PAN M 360 : Une autre phase, donc.

François Lafontaine : Ce qui définit le mieux l’album, c’est l’homogénéité des chansons, ce qui n’a rien de péjoratif. Au contraire! De la première pièce à la dernière, il y a vraiment un arc, c’est cohérent.

PAN M 360 : La forme chanson est donc plus importante alors qu’au premier, la forme instrumentale était proéminente. Là, vous avez atteint un genre d’équilibre entre les deux, c’est ça?

François Lafontaine : Exactement. Le premier album était éclaté. Des fois, tu t’emportes. Tu veux essayer de mettre le plus d’idées possibles dans une chanson. Puis là, on a juste comme, OK, c’est cool. Comme ça, ça respire. On n’a pas besoin de rajouter pour rajouter.   Mais finalement, je pense que c’est mieux. Plus homogène et mieux ramassé.

PAN M 360 : La forme chanson peut mener à cette homogénéité. La musique instrumentale ou toute musique sans paroles mènent ailleurs.

François Lafontaine : Oui, absolument. Et si on faisait un autre album, je ne sais pas ce que ça donnerait. Je n’en ai aucune idée. Mais il y a un truc qui nous rejoint fondamentalement, Joe et moi c’est la mélodie. On est des trippeux de mélodies! Oui, il y a ensuite les accords, les arrangements, la sonorité des mots, ce que tu dis dans les chansons, etc. Mais…

PAN M 360 :  De quelle façon la création se passe?  

Joe Grass : Souvent, quelqu’un (de nous deux) amène une idée. A seed (une semence) que tu mets la table : « Regarde ça, moi, je trouve ça cool » et puis l’autre rebondit. Ça me fait penser que j’aimerais que ça fasse ça. Et toi, essaye d’amener ça. On a un gros beat ici, on va voir si ça marche. Des allers-retours, des essais, un processus continu. À la fin de la journée, tu écoutes ça. C’est cool, mais je ne sais pas. Je ne pense pas que ça en vaut la peine. Peut-être qu’on va garder cette petite section pour quelque chose d’autre. On a laissé ça ouvert, on a suivi  le courant. On a aussi beaucoup discuté du sens de ces chansons, du feeling de ces chansons. On a trouvé un chemin entre les chansons. Je pense que ça a bien marché!

François Lafontaine : Quand on arrivait à avoir une structure un peu aboutie, effectivement, on se demandait assez tôt de quoi ça parlerait. Moi, je n’écris pas de textes mais on se consultait sur cette question.  Très tôt dans le processus, le sens des chansons était déterminé.

Joe Grass : Souvent, on avait un couple de lignes, le travail consistait à trouver les autres couleurs, le vocabulaire… Les premiers résultats obtenus ont été une sorte d’étoile polaire qui nous a guidés.

PAN M 360 : Un processus très ouvert, en somme.

François Lafontaine :  C’est ce que j’aime le plus de Klaus : quand t’as une idée, une suite d’accords avec une mélodie ou n’importe quoi d”autre, ça vaut toujours la peine de l’essayer.  Il n’y a jamais de NON, on l’essaie tout de suite et on verra où ça va nous mener. Cette part d’inconnu, c’est absolument génial. On procédait donc à la manière d’ateliers, si tu veux. Parfois, on démarrait notre  journée avec absolument rien. D’autres fois, Joe arrivait avec quelque chose. D’autres fois, c’est moi. Ce fut un super bel exercice créatif et je pense que c’est ça qu’il faut garder.  

PAN M 360 : Peut-on faire une trame narrative de cet album? Quelle est la courbe?

François Lafontaine : Forcément, on a pensé à l’ordre des chansons. Pour chaque album sur lequel tu travailles, la question se pose à un certain stade de la création. 

Joe Grass : On savait clairement quand on avait nos premières tounes, c’était évident.  Et les choses ont commencé à se placer tranquillement. C’est comme un peu comme allumer la lumière dans une maison noire : tu vois ce recoin, tu vois cet autre recoin, voici une pièce ici, voici une pièce là… Ça commence à avoir du sens.

François Lafontaine : La première chanson, oui c’était clair et à un moment donné, c’était clair aussi clair pour celle qui conclut l’album. Sans s’en rendre compte au début, à un moment donné, il y a un chœur  à sur la première chanson, Wider Sky, et quand on arrive à la toute fin, cette chorale revient sur Coldest Cold. Des petits trucs qui ont l’air banal, mais au final, ça tombe sous le sens. 

PAN M 360 : Parlez-moi de l’instrumentation en studio, et puis viendra la transcription sur scène.

François Lafontaine :  Ben…comment je peux dire? C’est sûr que là, on est passé d’un trio à un duo, beaucoup de choses qui ont été faites avec des machines,  des beatbox, de la synth bass, etc.. On faisait pas mal tout, Joe et moi. On a pensé ajouter des instruments, mais souvent, ça fonctionnait bien avec ce qu’on avait utilisé au départ. 

Entre l’album et ce qui se passe live, cependant, c’est deux mondes: tu ne peux pas tout reproduire ce que tu as fait sur un album live, à moins de jouer avec des séquences.  À un moment donné, ça prend un bassiste et un drummer.

PAN M 360 : Plusieurs jouent des séquences maintenant. C’est moins suspect d’arriver avec une trame de fond avec une intervention en temps réel.

Joe Grass :  Oui mais nous autres, on aime ça que ça bouge autrement. Sur cet album, d’ailleurs il y a plus d’espace pour jouer et donc, ces pièces se prêtent bien à un spectacle où les joueurs peuvent jouer. Nous avons donné quelques concerts et, déjà, ces chansons se traduisent vraiment bien sur scène. Ça se passe instantanément! Tellement le fun, aussi de faire ça avec Jonathan Arseneau (basse) et Robbie Kuster (batterie). On est super contents de ce band.

PAN M 360 :  L’album sort le 28 novembre et quand commencerez-vous vraiment à le jouer? 

François Lafontaine : Le 10 décembre à l’Escogriffe, on tournera en 2026, les festivals et tout et tout…

PAN M 360 :  Rappelez-moi la signification de Klaus, j’ai oublié!

Joe Grass : Il n’y en a pas vraiment, haha! Ça nous faisait rire… je ne sais pas….Tu peux y donner une identité si ça te dit.François Lafontaine : Bah… c’est le fun que ce soit un prénom, sorte de personnage imaginaire. C’est parfait que la question se pose et qu’il n’y ait pas de réponse!

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