Franky Freedom sur la piste post-fusion

Entrevue réalisée par Alain Brunet
Genres et styles : électronique / jazz groove / post-fusion / soul/R&B

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Le compositeur, réalisateur et batteur montréalais Franky Freedom (François Laliberté de son vrai nom) a rendu public ce printemps son premier album homonyme. Il y exprime sa passion pour le jazz, l’électro et le R&B. À l’instar d’artistes émergents du jazz, il investit le langage post-fusion et souhaite accroître son rayonnement. 

Avec le concert de son complice à la coréalisation Frederic Robinson, Franky Freedom s’est entouré du guitariste Wayne Krantz, des bassistes Evan Marien et Robin Mullarkey (Jacob Collier, Steven Wilson, Zero 7) ainsi que des chanteuses montréalaise MaryDee et FABjustfab (Random Recipe), sans compter les interprètes québécoises Gabrielle Gélinas (basse), Gabrielle Préfontaine (violoncelle) et Laurence Roy (violon).

Ce premier opus  été mixé et matricé par Count (Mikael Eldridge), ingénieur de son de renommée internationale basé à San Francisco qui a travaillé avec en autres Radiohead, Tycho, Thievery Corporation, New Order, Trombone Shorty et Roberto Fonseca.

François Laliberté a étudié au Berklee College of Music de Boston où il  a été inscrit sur la  Dean’s list qui souligne l’excellence des meilleurs étudiants. Il a gagné plusieurs compétitions dont le PASIC 2010 International Drumset Competition et Drumset Roland V-Drum 2009, Eastern Canada Champion. Il a joué avec des groupes canadiens émergents, fait des tournées avec des artistes hip-hop, jazz et R&B (Nikki Yanofsky, Random Recipe, Koriass, Miro) et a travaillé comme batteur de session.

Bref François Laliberté s’affirme tel un virtuose et praticien de musiques instrumentales de haut niveau, parfumées de hip hop et de soul / R&B avec de solides compléments électroniques.

PAN M 360 : Quel équilibre cherches-tu entre le jazz et ses compléments stylistiques, c’est-à-dire électro et R&B ?

FRANÇOIS LALIBERTÉ: Depuis mon enfance, j’ai toujours eu une grande passion pour le jazz. Au fil des années, j’ai appris à découvrir différents styles musicaux dont l’électro, qui s’est intégré graduellement à mon identité musicale. En sortant de l’école, il y a une dizaine d’années, j’ai commencé à me procurer divers synthétiseurs analogues et à explorer la composition de musique électronique. Par la suite, j’ai expérimenté la combinaison du jazz et de l’électronique dans mes chansons. Pour ce qui est du R&B, j’ai toujours adoré ce genre musical ainsi que le sa variante Neo Soul, alors je crois que ces influences apparaissent naturellement dans ma musique.

PAN M 360 : On sent chez toi clairement une filiation avec le jazz groove des années 70 et 80, avec des actualisations d’aujourd’hui. Quels sont les fondements de ton approche selon toi ?   

FRANÇOIS LALIBERTÉ : J’ai grandi en écoutant du jazz fusion des années 80 avec mon père. On écoutait ensemble Uzeb, Chick Corea, Tribal Tech et autres artistes du genre. Ce style est toujours resté présent chez moi et qui continue de m’inspirer dans mes idées créatives. J’adore également les artistes qui repoussent les limites de la technologie et des sonorités : je vais en ce sens en étant toujours à la recherche d’un son nouveau en plus d’utiliser les technologies disponibles à leur plein potentiel. Je crois que la combinaison de tous ces éléments a donné naissance à mon identité sonore actuelle.

PAN M 360 : Qu’est-ce qui, selon toi, décrit ta personnalité musicale à travers ce projet?

FRANÇOIS LALIBERTÉ: Je suis un musicien qui apprécie les divers éléments de la musique. Le langage musical, l’émotion véhiculée, la performance et la personnalité des musiciens, l’originalité des morceaux et la qualité sonore sont tous des éléments très importants pour moi. Avec tous ces aspects en tête, j’ai bâti ce projet en tentant de les maximiser. Par exemple, la forte présence d’improvisation dans les pièces laisse transparaître le langage musical, la performance ainsi que la personnalité de chaque musicien participant. Ça laisse également beaucoup de place à l’expression et à l’originalité. Malgré cela, les structures des pièces étaient bien définies et je souhaitais créer des variations d’intensité à travers les différentes sections afin de plonger pleinement dans l’émotion pour ainsi créer un climat ou encore tout simplement une ambiance qui accompagne nos pensées. Le tout rehaussé d’une qualité sonore que je souhaitais à la hauteur des albums électros incluant le design sonore, donc dans le fin détail.

PAN M 360 : Y a-t-il une « trame narrative » qui définit cet album ?

FRANÇOIS LALIBERTÉ: L’album est vraiment une combinaison d’idées que j’ai eues au fil des années et des derniers mois, enfermé dans mon studio à la campagne. Ça raconte un peu de tout ce que j’ai vécu jusqu’à présent dans ma vie, de façon indirecte à travers les pièces instrumentales. Il y a aussi quelques thèmes abordés dans les chansons qui sont plutôt issus de discussions avec les chanteuses invitées pour l’écriture de paroles. 

Toutefois, il y a un morceau en particulier qui m’est très personnel. La pièce Dan’s Song a été écrite à partir d’un échantillonnage de piano que mon père avait composé et enregistré à la fin des années 70 pour un court métrage à Radio-Canada (La tranchée). Mon père est décédé lorsque j’avais 14 ans et il a toujours été ma plus grande inspiration. J’ai toujours adoré faire de la musique avec lui et je m’étais promis que le jour où j’écrirais mon premier album, il en ferait partie. Alors je suis fier de dire aujourd’hui que, même s’il n’est plus des nôtres maintenant, mon père joue sur mon album! 

PAN M 360 : Peux-tu nous présenter brièvement tes collaborateurs.trices? Et que motive ce choix?

FRANÇOIS LALIBERTÉ : Tout d’abord, comme j’expliquais précédemment, j’adore lorsque la personnalité et le langage musical sont propres et uniques à la personne. Je crois que c’est ce qui m’a d’abord attiré à travailler avec les musiciennes et musiciens qui font partie de cet album. Pour commencer, Frederic Robinson est un artiste de musique électronique que j’ai découvert par hasard et qui a immédiatement gagné mon admiration. Il a vraiment un son unique et il est incroyable en design sonore : ce fut un grand privilège de collaborer avec lui tout au long de l’album et de coécrire trois chansons ensemble.

Il y a ensuite MaryDee, une chanteuse exceptionnelle qui mérite d’être plus amplement connue. Elle a un talent naturel pour l’écriture autant pour les mélodies que pour les paroles et elle a une voix magnifique : ce fut un bonheur de travailler avec elle en studio.

J’ai également collaboré avec FABjustfab, une chanteuse-rappeuse aux multiples talents avec qui j’avais fait de la tournée avec son groupe Random Recipe il y a quelques années. J’ai toujours adoré son énergie, son style ainsi que son écriture unique que je voulais retrouver sur mon album.

 Et que dire du légendaire Wayne Krantz! J’ai toujours admiré ce guitariste. Je l’écoutais avec mon père lorsque j’étais jeune, alors c’est un grand honneur qu’il se retrouve sur la pièce Dan’s Song. 

Sur cette même pièce, on retrouve également Evan Marien qui est un bassiste très talentueux qui fait partie de l’élite jazz d’aujourd’hui selon moi. Je suis un grand fan de son langage et sa façon d’improviser.

 Encore du côté de la basse, Robin Mullarkey est un bassiste avec une touche incroyable sur l’instrument. C’est un musicien complet pour qui j’ai beaucoup de respect.

J’ai également pu travailler avec Laurence Roy au violon et Gabrielle Préfontaine au violoncelle (sur la pièce Ghost Town). Je me souviens de leur avoir donné mes partitions : elles ont rapidement maîtrisé la pièce et elles ont enregistré une performance magistrale. 

Gabrielle Gélinas, qui a participé à la pièce If You, est une bassiste très talentueuse avec une belle énergie et un groove contagieux. C’est une musicienne et une personne très inspirante, avec qui j’ai également la chance de partager ma vie. 

Finalement, pour atteindre le niveau de qualité sonore souhaité, l’album fut mixé par l’un des meilleurs ingénieurs de son au monde : Mikael Eldridge. Il est excellent pour mixer la batterie acoustique avec de la musique électronique. Ce n’est pas évident à faire, mais il a vraiment honoré le son que je recherchais avec l’album.

PAN M 360 : On voit que tu as travaillé avec des professionnels de haut niveau. Comment as-tu pu convaincre ces musiciens de réputation internationale de travailler avec toi?

FRANÇOIS LALIBERTÉ: Je leur ai tout simplement écrit directement et envoyé mes chansons. J’ai eu la chance qu’ils écoutent mon matériel et qu’ils acceptent de jouer sur mon album. Je me souviens du moment où j’ai écrit et envoyé ma démo à Wayne Krantz : il m’a immédiatement répondu qu’il ne faisait plus d’enregistrement à distance, mais qu’il allait tout de même écouter ma pièce. Deux jours plus tard, il m’a réécrit pour me dire qu’il a adoré le morceau et qu’il allait installer un studio maison pour pouvoir enregistrer la guitare sur ma chanson. J’étais fébrile de tout ça et surtout très reconnaissant de pouvoir travailler avec Wayne. Ce fut un processus similaire pour tous les artistes participants : ils m’ont manifesté un intérêt pour le matériel présenté et les relations de travail ont démarré ainsi. J’ai énormément de respect pour chacun d’entre eux et je suis très choyé d’avoir ces musiciennes et musiciens exceptionnel(le)s sur mon album.

PAN M 360 : Quel sera l’alignement sur scène pour la suite des choses?

FRANÇOIS LALIBERTÉ: Pour mon spectacle live, j’aurai deux formules. La première consistera en un groupe complet de cinq musiciens incluant batterie, basse, guitare, claviers et voix. La deuxième sera plutôt une version hybride utilisant des boucles et des séquenceurs afin d’accommoder les plus petites salles ainsi que les premières parties d’artistes. Cette formule inclura donc simplement batterie, basse et voix.

PAN M 360 : Tu as donc passé une année à Boston et fréquenté des instrumentistes de l’élite jazz et plus encore. Que tires-tu de ces enseignements et fréquentations? Qui furent tes mentors dans ton parcours académique?

FRANÇOIS LALIBERTÉ: Berklee fût une expérience exceptionnelle : je n’ai jamais autant joué et pratiqué de toute ma vie. J’ai appris énormément des différents professeurs sur place, dont Kim Plainfield et Larry Fin qui furent, entre autres, mes mentors pour la créativité drumistique et la batterie de façon générale. En revanche, ce que je retiens le plus de cette expérience est le développement approfondi de ma détermination afin de toujours donner le meilleur de moi-même et de profiter de chaque instant. Préalablement à mon séjour à Berklee, j’ai travaillé pendant deux ans à temps plein afin de pouvoir payer mes études de rêves : il n’était pas question que je perde une seule seconde une fois sur place. C’est une philosophie de vie que j’ai pleinement appliquée lors de mon passage à Berklee et qui continue de me suivre quotidiennement. Je me suis vraiment senti dans mon élément à être entouré de passionnés de musique qui repoussent constamment leurs limites : c’est très inspirant et enrichissant. Ce sont la culture globale et les gens faisant partie de cette école qui créent l’aspect unique de cette expérience.

PAN M 360: Le métier a beaucoup changé depuis quelques années, particulièrement depuis la pandémie. Comment t’es-tu adapté? 

FRANÇOIS LALIBERTÉ: J’adore accompagner des artistes en spectacles et en tournées mais j’ai également eu la chance de pouvoir faire de la production, de la réalisation et de l’enregistrement en studio autant de chez moi que dans différents studios de la province. Après mon passage à Berklee, j’ai étudié en production audio à Musitechnic. Durant cette même période, j’ai commencé à enregistrer à distance pour divers artistes de tous genres en passant du pop, au jazz et même jusqu’au country. La pandémie m’a permis d’avoir un moment de répit côté spectacles et j’en ai profité pour composer et produire mon premier album que je souhaitais réaliser depuis un bon moment déjà. Je crois que la diversification des compétences est un excellent atout chez un musicien actuellement. En ce sens, je souhaite faire davantage de réalisation d’album pour différents artistes et je crois que mon projet permet d’illustrer mes compétences dans ce rôle. Pouvoir apporter ma touche et composer avec des artistes d’ici et d’ailleurs est vraiment une passion grandissante chez moi.

PAN M 360: Comptes-tu tourner avec cet album dans un avenir proche?
FRANÇOIS LALIBERTÉ: Je suis présentement en pourparlers avec une boîte de booking pour pouvoir produire mon spectacle sur scène. J’espère pouvoir annoncer mes premières dates de spectacles prochainement. Les dates seront affichées au : www.frankyfreedom.com

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