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Walla P vit et respire le groove. Son amour pour le funk, la soul et le disco est pur, éternel et particulièrement contagieux lorsqu’il en parle. Par un froid après-midi de janvier, sa voix résonne d’enthousiasme, ses gestes remplissant le petit cadre de l’écran. Alors qu’il dévoile les secrets d’une vie de mélomane professionnel, on comprend pourquoi son projet, Voyage Funktastique, a suscité tant d’éloges. Soigneusement organisés, cette série d’événements, ce label et cette émission de radio ne cessent de dégager une énergie bouillonnante, une échappatoire bienvenue aux hivers montréalais où Voyage Funktastique a vu le jour. À l’approche de son concert au Dômesicle dans la nuit du 17 au 18 janvier, Walla P revient sur l’influence des lieux, sa philosophie hip-hop et partage certains des secrets qui ont fait de lui une figure incontournable de la scène nocturne.
PAN M 360 : Tu es le fondateur de Voyage Funktastique, une soirée mensuelle bien ancrée à Montréal depuis plus de dix ans. Peux-tu nous parler du projet et de ce qui t’amène aujourd’hui à participer à Dômesicle ?
Walla P : Voyage Funktastique existe depuis le 8 novembre 2013. À la base, c’était une soirée mensuelle à Montréal, et ça l’est encore aujourd’hui. L’idée a toujours été de faire jouer une musique qui groove, qui funk, qui fait danser, mais qui reste aussi très recherchée. Des morceaux qu’on ne trouve pas forcément facilement, mais qui restent très physiques, très corporels.
Avec le temps, le projet a pris différentes formes : la soirée, l’émission de radio et le label, toujours sous le même nom. Le label existe depuis 2015. Tout ça fait partie d’un même univers.
Pour moi, c’est un contexte intéressant, parce que le dôme de la SAT est un espace particulier, immersif, qui demande une attention différente, autant sur le plan sonore que sur le plan visuel.
PAN M 360 : Prépares-tu tes sets à l’avance ou est-ce que tu travailles plutôt dans l’improvisation ?
Walla P : Pour être franc, je ne prépare jamais rien. C’est toujours au feeling. Je n’aime pas me mettre dans une boîte, comme dans le sport, avec une stratégie fixe. Parce que si ça ne marche pas, tu te retrouves sans solution.
Que ce soit un set digital ou vinyle, je fonctionne toujours de la même manière. Bien sûr, j’ai une base mentale de ce que j’aimerais jouer, mais je ne fais jamais de liste figée du genre « chanson 1, 2, 3, 4 ». Je découvre souvent les transitions sur le moment, parfois même juste avant de les jouer devant le public.
Pour Dômesicle, ce sera probablement en digital sur CDJ, même si je préfère jouer avec des disques. Je joue aussi avec Alina de Ferias, donc je vais me nourrir de ce qu’elle propose. C’est un échange. J’aime découvrir ce qui sonne bien à mon oreille et le tester presque immédiatement dans la salle. C’est ce qui garde les choses vivantes, autant pour moi que pour le public.
PAN M 360 : Tu parles souvent d’enchaînements et de contexte. Comment cela influence-t-il ta manière de jouer ?
Walla P : Il y a certains enchaînements que je sais qui fonctionnent presque toujours, mais je n’aime pas trop les répéter. J’essaie d’éviter de faire la même chose soir après soir.
Il y a aussi des chansons que les gens aiment et que tu sais qu’ils attendent, mais souvent, je ne les joue pas au moment où ils s’y attendent. J’aime décaler un peu ça, garder une surprise.
Tout est très situationnel. Comme le vin. Tu peux boire la même bouteille chez toi et la trouver incroyable, puis la boire ailleurs avec d’autres personnes et vivre quelque chose de complètement différent. Pour moi, la musique, c’est exactement pareil.
PAN M 360 : Tu es reconnu pour ton travail de recherche musicale. Comment abordes-tu le crate digging et le choix des disques ?
Walla P : J’achetais des disques avant même de DJ, à l’époque où je faisais surtout du hip-hop et du sampling, autour de 2004–2005. Au début, c’était beaucoup les pochettes qui m’attiraient. Avec le temps, tu développes d’autres réflexes : les labels, les musiciens, les studios, les crédits dans les notes de pochette d’album. Tu vois, par exemple, un bassiste comme Ron Carter qui a joué sur un disque en 1972, puis tu le retrouves sur un autre projet en 1979 ou 1982 sur un autre label. Tu te dis que si ses lignes de basse étaient bonnes à une époque, elles le seront probablement ailleurs aussi.
Je m’intéresse beaucoup aux labels, aux années, surtout entre 1979 et 1987, et aux connexions entre les disques. J’ai toujours dit que j’achète des disques pour les jouer avec d’autres disques. C’est rare que j’achète un disque complètement isolé, un ovni, parce que sinon il faut en acheter plusieurs autres pour pouvoir le contextualiser.
Avec les 45 tours, c’est encore plus instinctif, parce qu’il y a peu d’informations. Tu développes un flair : une couleur de label, une typographie, un détail visuel. Souvent, tu ne peux même pas écouter le disque sur place. Tu prends un risque et la surprise arrive à la maison.
PAN M 360 : Tu parles souvent de maturité et de temps dans le rapport à la musique. Peux-tu expliquer ça ?
Walla P : J’essaie souvent d’expliquer aux plus jeunes que ça se peut que tu écoutes un disque aujourd’hui et que tu le trouves correct, sans plus. Mais peut-être que dans cinq ans, tu vas l’adorer.
Ça vient avec l’expérience. J’ai acheté des disques de hip-hop que je ne comprenais pas à l’époque, et cinq ou dix ans plus tard, je les redécouvre et je me demande pourquoi je ne les ai pas écoutés plus tôt.
Quand j’étais adolescent, j’écoutais presque exclusivement du hip-hop. Tout ce qui était jazz ou soul ne m’intéressait pas. Aujourd’hui, c’est presque l’inverse. Ça m’a appris une forme d’humilité : ce n’est pas parce que tu n’aimes pas quelque chose maintenant que tu ne l’aimeras jamais.
PAN M 360 : Est-ce que ton rapport à un disque change quand tu le joues devant un public ?
Walla P : Complètement. Il y a des disques que j’écoute depuis dix ans et dont je découvre encore des détails en les jouant en public, selon le système de son, la salle ou l’environnement.
Il y a aussi des aspects très techniques : certains disques sont bien pressés, d’autres très mal. Les 45 tours en styrène, surtout ceux produits aux États-Unis entre 1979 et 1983, s’usent extrêmement vite. Après quelques lectures, certaines fréquences disparaissent. Tu dois adapter ta façon de les jouer.
Mais au-delà de ça, il y a surtout le contexte. Certains disques fonctionnent très bien dans un lieu précis et pas du tout dans un autre. Plus les plafonds sont hauts, plus il y a des disques que je trouve difficiles à jouer. Certains morceaux demandent de l’intimité, un petit public, une écoute attentive.
Un morceau peut fonctionner devant 2000 personnes à l’Igloofest, mais perdre complètement son impact devant 50 personnes dans un lieu plus intime. J’ai testé ces choses-là. Ce n’est pas théorique.
PAN M 360 : Le dôme est un espace immersif très particulier. Comment l’abordes-tu ?
Walla P : J’ai eu la chance d’y jouer plusieurs fois, autant quand c’était plein à craquer que durant la COVID, avec une capacité très réduite. Chaque fois, j’abordais le set de manière complètement différente.
Ce que j’aime du dôme, c’est l’immersion visuelle. Pour moi, la musique doit être en phase avec ce qui se passe au plafond, avec les projections. Tout doit aller de pair. C’est un défi, mais un défi stimulant.
Je vais rester fidèle à ce que je fais. Je ne vais pas essayer de jouer quelque chose qui n’est pas moi, même si je joue aussi de la house. Si moi, je m’amuse, le public va s’amuser. Si je ne m’amuse pas, je ne peux pas être ce vecteur qui transmet la musique.
C’est peut-être un peu égoïste, mais ça a toujours fonctionné comme ça pour moi.
PAN M 360 : Tu as une vision très forte du rôle du DJ et de l’éthique. Comment la définirais-tu ?
Walla P : Pour moi, je ne suis pas l’auteur. Je suis le messager. La musique est populaire, pas moi. Ce n’est pas moi qui ai créé l’art.
Un DJ qui devient populaire grâce à l’art de quelqu’un d’autre sans reconnaître cette personne-là, je trouve que c’est un rapport étrange. C’est comme prendre un livre écrit par quelqu’un d’autre et dire que c’est ton histoire.
Je viens d’une éthique hip-hop des années 90, où le respect des anciens est fondamental. Tu ne te mets pas avant l’art. Tu reconnais ceux et celles qui ont créé avant toi.
Il y a quelques DJs avec qui je partage cette vision, comme Aerosol, Chris Guilty ou Lexis. On est sur la même longueur d’onde. L’art ne m’appartient pas parce que je l’ai acheté. Je n’ai pas créé cette musique. Je la transmets, c’est tout.
PAN M 360 : Pour conclure, y a-t-il des projets à venir qui t’enthousiasment particulièrement ?
Walla P : J’essaie de moins me projeter qu’avant. J’ai longtemps fonctionné avec des plans à court, moyen et long terme, mais aujourd’hui, je suis plus dans le moment. Il y a quand même des sorties à venir sur le label, dont un album avec Bes Kept et Teddy Bryant. La soirée Voyage Funktastique continue au Belmont. La radio est sur pause pour l’instant, peut-être en attente d’une nouvelle plateforme.
Il y a aussi des voyages, des tournées en Europe, possiblement le Japon et le Brésil, toujours avec Dr. Mad, qui est cofondateur de Voyage Funktastique avec moi depuis 2013. Et puis, il y a la vie autour : un restaurant à gérer, d’autres responsabilités. Tout va bien, tranquillement.























