ALICE sur son X

Entrevue réalisée par Florence Cantin
Genres et styles : alt country / americana / folk-rock / kebamericana

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Il est 17h à l’Esplanade Tranquille, le soleil plombe, les festivaliers se crèment. Une poignée de passants — un mélange de jeunes familles et de travailleurs tout juste libérés du bureau — forment un attroupement clairsemé. Puis, rafraîchissante, ALICE monte sur scène.

Elle s’installe derrière son Crumar, sourire aux lèvres, n’a qu’une hâte : celle de commencer à jouer. Le pouvoir d’attraction de sa voix incandescente opère instantanément, et la foule ne tarde pas à se garnir. Les curieux restés en marge se laissent entraîner par une danse en ligne, menée avec entrain par ALICE.

Tellement à l’aise, tellement à sa place. Pas mieux pour clôturer les Francos un samedi après-midi.

Ça ne fait que deux ans qu’Alice Tougas St-Jak évolue sous le nom d’ALICE, un projet qu’elle mène de front en signant aussi bien la musique que les paroles. L’assurance qu’elle émane aujourd’hui, elle l’a taillée à même dix ans de collaboration comme chanteuse et accordéoniste au sein du défunt Canaille — un groupe de huit, neuf musiciens où folk et bluegrass se rencontraient dans un joyeux chaos maîtrisé.Elle bifurque maintenant vers un territoire plus intime, sans toutefois renier ses racines ancrées dans le terreau country.

Tant mieux pour nous, ça lui va bien. L’accordéon a fait place au clavier. Le bluegrass, au rock. Elle n’a peut-être pas son permis, mais elle sait driver.Je l’ai rencontrée juste après sa performance, derrière la scène du Pub Brasseur Montréal. Elle venait d’y livrer un set qui a charmé à l’unanimité aux côtés de son ALICE BAND, un quatuor solide, bien en forme, bien coiffé et de bonne humeur. Les yeux encore brillants, elle me dit qu’il lui reste amplement de jus pour répondre à mes questions.

PAN M 360: Est-ce que tu retrouves le même rush — avant, pendant, après le show — qu’à l’époque de Canaille ?

ALICE: L’effervescence sera toujours là. Au début, avec ALICE, c’était comme recommencer à zéro, j’étais pas mal nerveuse. Tantôt, j’étais fébrile, mais dans le meilleur des sens. Juste l’excitation d’être là avec ma gang. La grosse différence qu’à l’époque de Canaille, c’est que maintenant, c’est moi qui porte le show et qui anime. Avant, même si parfois, je leadais, la pression était partagée. 

Je pense vraiment que ça a dû m’aider d’avoir 10 ans de show derrière la cravate. Là, je me sens vraiment sur mon X !

PAN M 360: Tu as décidé de donner ton prénom au projet. Après toutes ces années en groupe,  avais-tu envie de te révéler davantage, de t’afficher plus personnellement ?

ALICE : Oui, c’est ça. J’avais comme un besoin de m’y mettre. J’ai commencé le projet solo lorsque Canaille était encore actif. La fin du groupe m’a permis de consacrer plus de temps là-dessus. C’est mon nom, c’est moi, faut que j’assume ce qui sort de là ! 

Pas que je n’assumais pas ce que je faisais avec Canaille. J’adorais être dans un band, je suis contente d’avoir vécu ça, de rendre service à une chanson même si ce n’est pas la mienne.  Autant que la nostalgie est là, autant que c’est correct que ça soit fini. C’était effréné on fait quelque chose comme 700, 800 shows. Tant qu’à faire autre chose je me suis dit « ok, j’aimerais ça leader » et j’aime composer, même si c’est tellement plus de travail ! Mais tout est plus feelé.

PAN M 360: Avais-tu composé des nouvelles chansons dans le but de sortir ton EP ou ça dormait pendant tes autres projets ?

ALICE: J’ai composé une des tounes pendant Canaille, mais pour la majorité, ça ne dormait pas. Ça m’a pris un peu de temps de trouver ma voie ! Je savais juste que je voulais laisser tomber l’accordéon et faire quelque chose de plus rock. 

PAN M 360: Parlant d’accordéon, je suis tombée sur une de tes biographies qui te décrivait comme une clown-accordéoniste. Qu’est-ce qu’une clown-accordéoniste ?

ALICE: Ah haha oui, j’ai étudié en théâtre. À l’époque, j’avais une amie qui faisait du cirque, alors on a décidé de monter notre propre cirque pour faire de l’animation de rue pendant des festivals de jazz — en France, au Danemark, en Pologne… C’était très théâtral. Roue allemande, acrobaties, diabolo, jonglerie. Moi, j’assumais la partie rigolote, avec l’accordéon et le personnage de clown muet. Je ne me souviens plus exactement de l’année… mais je me rappelle que j’ai eu 21 ans en Pologne !

PAN M 360: Ta fête de 21 ans en Pologne devait être mémorable pour que tu l’utilises comme point de repère pour te situer dans le temps !

ALICE: Oui, je m’en rappellerai toujours ! Ma première tournée et mon premier voyage sans ma mère. Ça m’a préparé pour les tournées de Canaille après. C’était comme forain haha ! La bohème, mais très français on cuisinait nos salades sur le trottoir. De beaux souvenirs.

PAN M 360: Y a-t-il quelque chose que tu te permets aujourd’hui, que tu n’aurais jamais osé plus tôt dans ta carrière ?

ALICE: Avant, je trippais vraiment acoustique. Je ne me permettais pas de faire du rock. J’avais comme un syndrome de l’imposteur… Je me disais : « je ne connais pas assez ça moi ». 

Voyons, j’écoute du rock depuis que j’ai 14 ans, The Mamas & the Papas, les Beatles, les Stones. J’ai toujours trippé sur la musique des années 60, 70. On dirait que ce n’était pas une option peut-être parce que je ne voyais pas beaucoup de femme en faire et ma voix n’est pas particulièrement rock. Je ne chante pas comme Janis Joplin !

Je rock avec mon instrument, avec mon intention. Le rock prend la couleur qu’on veut, c’est très vaste. Maintenant, je me permets de faire ce dont j’ai envie.

PAN M  360: Ton goût pour cette époque-là, il te vient de tes influences musicales ? Est-ce nourri par une forme de nostalgie pour une époque ne que t’as pas connue ?

ALICE: Ça me rappelle ce que j’écoutais pendant mon adolescence. Je ne l’ai pas vécu, mais ma mère, oui ! Il doit bien exister une photo d’elle à Woodstock, en bobette dans un lac. Je la ressens, cette nostalgie-là.  Chez nous, je collectionne les vinyles, la vaisselle, le pyrex et toutes sortes de bébelles rétros dites inutiles, des années 50 à 80. L’ambré, le multicolore… ce sont ces années-là que j’aime !

PAN M 360: Avec ALICE, tu changes un peu de registre. Est-ce que ton public t’a suivie dans ce virage, ou tu reconnectes plutôt avec de nouveaux visages ?

ALICE: Canaille ou pas Canaille, beaucoup de mes amis viennent me voir. Je sais que certains m’ont découverte à travers Canaille et continuent de me suivre, et ça me touche. Ce que je trouve génial, c’est de voir du nouveau monde à chaque fois ! Les Francos, c’est parfait pour ça : tu entends de la musique, c’est l’fun, c’est gratuit. Ça me donne vraiment de l’énergie. Il y a des gens qui me disent : « On a le goût d’être ton amie. »

Et pendant que je joue, je les vois sourire. C’est ça qui me donne le fuel !

photo: Frédérique Ménard-Aubin

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