FME 2024 Jour 3 I Le culte de PyPy

par Stephan Boissonneault

Hier soir, un événement mythique s’est produit, un événement qui sera rapporté pour les générations à venir dans la belle ville de Rouyn-Noranda – le set de PyPy au Cabaret de la Dernière Chance – un mur de jazz psychédélique post-no-wave, tout et rien, un trou noir de félicité sonore constante. Mené par Annie-Claude Deschenes (Duchess Says), une pure sorcière de la beauté et de la terreur, PyPy recrute des adeptes pour leur culte de la célébrité hypnotique. Roy Vucino, sans doute l’un des joueurs les plus habiles en Amérique du Nord (CPC Gangbangs, Les Sexareenos, Red Mass), s’acharne sur son corps et sa guitare, et une flaque de sueur est laissée sur la scène de la salle de montage. Annie-Claude Deschenes pourrait provoquer une émeute si elle le voulait, quand elle est au micro, il n’y a rien d’autre que vous pouvez penser ou souhaiter ; votre cerveau est littéralement tordu en un tas de nerfs et vous aimez ça.

À un moment donné, un déluge de personnel du Cabaret de la Dernière Chance a ramassé un village de parapluies White Claw – tous sous le charme de PyPy – et a défilé dans la salle. Sans parler du moment où Deschenes a commandé un gin tonic et a demandé à un fan de la porter sur ses épaules jusqu’à l’arrière et l’avant de la scène. Les mots ne suffisent pas à décrire l’ensemble du tableau, un peu comme une peinture de Matisse sous une pluie torrentielle. Un nouvel album pour faire suite au PAGAN DAY de 2014 est à venir, comme une éclipse dans le temps, comme si un dieu indiscipliné avait décidé que le monde avait besoin de plus de PyPy, et c’est ce que nous faisons, c’est ce que nous faisons. Tous ceux qui ont eu la chance d’assister à ce concert bondé sont désormais des membres à part entière de la secte PyPy.

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FME 2024 Jour 3 | Déchirer le temps et l’espace avec Shunk

par Lyle Hendriks

Les bizarres Montréalais de Shunk pourraient bien constituer un groupe de rock du futur. Avec un mélange particulier d’esthétique douce des années 70 et d’instrumentation déchiquetée, inspirée du synth-punk, ce quatuor a complètement envahi le Cabaret de la Dernière Chance lors de son concert au FME. La chanteuse Gabrielle propose des parties vocales endiablées qui effleurent les guitares gutturales et imminentes. Pendant ce temps, Julia à la basse garde le contrôle avec des basses incroyablement complexes, criant chaque mot.

Shunk, c’est de l’entropie à l’état pur, un groupe de quatre musiciens chevronnés qui pourraient chacun facilement diriger le groupe. Si vous fermez les yeux, vous pouvez imaginer les instruments en train de changer et de se transformer, se métamorphosant en d’étranges nouvelles formes pour s’adapter au prochain virage en épingle à cheveux de la musique. Passant de chansons d’amour opératiques à des moments à la limite du hardcore, ils vous font deviner à chaque instant, vous entraînant de plus en plus profondément dans la collection éclectique mais sans faille de Shunk.

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dream-pop

FME 2024 Jour 3 I Des rayons accueillants avec Grand Eugène

par Stephan Boissonneault

Après un tourbillon de musique le vendredi, et des conversations tardives sur tout et n’importe quoi, j’avais besoin d’un répit, de quelque chose qui m’aiderait à me lancer dans un nouveau défi. Un peu mélancolique, rêveur et brumeux, Grand Eugene était le début parfait du samedi au FME. Sous la structure en bois de La Guinguette Chez Edmund, avec en toile de fond le lac Osisko, le son de Grand Eugene, Drugdealer mélangé à du vieux Andy Shauf et un soupçon de disco drab à la Gab Bouchard, était exactement ce dont nous avions tous besoin.

Alors que le soleil sortait des nuages pour nous saluer, nous avons été accueillis pour des vacances loin de nous-mêmes, un été professionnel, la basse – mon dieu, la basse, les tons, la majesté des synthés, juste un pur délice. Leur nouvel album porte bien son nom, Les vacances d’été, ne manquez pas de prendre le temps de le découvrir.

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bossa nova / Brésil / samba

Fête de la musique de Tremblant 2024 | La chaleur et l’élégance du grand Paulo Ramos

par Frédéric Cardin

Qui dit Paulo Ramos dit élégance, classe, force tranquille, douceur chaleureuse… et impeccable musique brésilienne, bien sûr. La directrice artistique de la Fête de la Musique de Tremblant, Angèle Dubeau, avait donné au vétéran guitariste et chanteur la tâche d’apporter la chaleur et le soleil de son pays natal pour le premier des deux grands spectacles de l’édition 2024. Mission accomplie. Il faut dire que ce n’était pas difficile pour ce père de la musique brésilienne made in Québec. Le monsieur a du métier, et beaucoup d’ami(e)s. Après s’être lancé par lui-même, mais accompagné de son fidèle quintette formé de Sacha Daoud, Daniel Bellegarde, Dan Gigon, John Sadowy et Rodrigo Simoes, Paulo a invité plusieurs habitués de ses concerts, dont l’excellente Bia. Celle-ci a offert quelques chansons, dont un Chega de Saudade bellement modifié et ‘’pimpée’’, en plus d’oser quelques pas de capoeira! Toujours la belle forme pour la belle québéco-brésilienne! Le guitariste et chanteur Rommel Ribeiro, la chanteuse winnipégoise Annick Brémaud et deux danseuses, ont ajouté la couche voulue pour faire de cette soirée brésilienne un succès public incontestable.

chant choral / classique occidental

Fête de la musique de Tremblant 2024 | Hispanité et flamenco rayonnant avec Les Rugissants

par Frédéric Cardin

L’ensemble vocal Les Rugissants, dirigé par Xavier Brossard-Ménard, a offert une belle heure de chant choral étoffé ce samedi après-midi à la Fête de la Musique de Tremblant 2024. Une dizaine de chanteurs de haut niveau, accompagnés par un guitariste et une danseuse flamenco, tous dirigés par la battue énergique, communicatrice, de Brossard-Ménard, ont transporté les spectateurs de la grande place de Tremblant dans univers vocal hispanique éloigné des clichés faciles. Que ce soit grâce à des compositeurs espagnols ou étrangers, mais habités par la magie de ce pays, les artistes n’ont pas hésité à offrir des œuvres d’un niveau de ‘’sérieux’’ et d’exigence harmonique quelque peu plus avancés que dans les autres spectacles à l’affiche. Il faut saluer la démarche. Cela dit, il aurait fallu être de bien mauvaise foi pour rechigner. Le programme construit par Brossard-Ménard était bien choisi en fonction de son expression de couleurs facilement identifiables à la péninsule ibérique, malgré quelques passages tonalement modernes. Une prestation de grande qualité et appuyée sur un raffinement qui témoigne d’une très belle intégrité artistique.

Crédit : Maryse Tapp/Fête de la Musique de Tremblant

chant choral / classique occidental / jazz / jazz vocal / Musiques du Monde

Fête de la musique de Tremblant 2024 | Les belles envolées de Mikha.elles

par Frédéric Cardin

Mikhaëlle Salazar est ‘’Chilicoise’’, comme elle le dit elle-même. La jeune dame d’origine chilienne et québécoise a créé le quatuor vocal Mikha.elles en 2020. Bien entendu, la pandémie a fait en sorte que le rayonnement du groupe ne fait que commencer. Mais celui-ci démontre un beau potentiel de diffusion. Ce que l’on a entendu sur la scène Deslauriers de la Fête de la Musique de Tremblant en ce samedi après-midi nous a fait une agréable impression. Le quatuor a capella formé de Mikhaëlle Salazar et ses amies Marie-Neiges Harvey, Carmelle Gauvin et Judith Little-Daudelin, amène l’auditeur dans un répertoire de chanson, de compositions originales et de folklore latinos (mais pas que), sur des harmonies frôlant le jazz et appuyées par une rythmique onomatopéique qui rappelle les ensemble de barbershop masculins. C’est élégant tout en étant décontracté, une image que renforce Mikhaëlle Salazar par sa présence simple et attachante. Les jeunes dames étaient parmi les premières à lancer les activités de cette Fête de la Musique 2024, si bien qu’elles ont dû s’exécuter sous la petite pluie fine qui s’est tarie un peu plus tard seulement. Le public était néanmoins présent et est resté attentif, signe que la qualité y était.

baroque

Fête de la musique de Tremblant 2024 | Ensemble Caprice : drôle et festif

par Frédéric Cardin

Le petit crachin qui sévissait depuis la matinée venait tout juste de se terminer quand l’ensemble Caprice a commencé à jouer sur la scène Québecor de la Fête de la Musique de Tremblant. Le soleil n’était pas au rendez-vous, loin s’en faut, mais c’était déjà plus agréable, surtout que l’ensemble montréalais avait apporté de la lumière dans ses bagages. Et même deux fois plutôt qu’une. Il y avait d’abord la présence du directeur Mathias Maute, qui a offert une animation rigolote. Je savais Maute sympathique, mais je ne me rappelais pas qu’il pouvait être aussi drôle avec le public. Peut-être n’avais-je pas porté assez attention… Les propos du chef avait surtout l’avantage d’appuyer un programme pétillant, consacré à Vivaldi et aux ‘’nomades’’ d’Europe baroque. Ainsi, des concertos vivaldiens virevoltants à souhait côtoyaient avec bonheur des œuvres anonymes et de compositeurs méconnus, aux accents fortement folkloriques de divers coins du continent, particulièrement de l’Est. Je me permets de souligner la qualité sonore offerte par les techniciens de sons du festival. Le classique souffre de la performance à l’extérieur et l’amplification n’est souvent pas à la hauteur. Ce que j’ai entendu hier était d’une qualité qu’on aurait remarquée pour l’OSM ou l’OM, par exemple. Très bon point pour l’organisation.

Hip Hop / rap keb

FME 2024 Jours 2 et 3| Sans conteste une ville de hip-hop

par Alain Brunet

Souldia l’a répété quelques fois vendredi : c’était son plus gros show à vie en Abitibi. Pour un marché de cette taille, c’était effectivement considérable. Et tout à fait justifié. Rouyn-Noranda est une ville de hip-hop, de surcroît la ville de Steve Jolin dont le label 7eme Ciel est un pilier de l’écosystème musical québécois.

Plusieurs Têtes d’affiche du rap keb se sont présentés sur la scène principale du FME. Cette région est aussi celle de Zach Zoya, très présent ce week-end en tant qu’invité de marque, notamment chez Haviah Mighty, Prix Polaris 2019, sur scène samedi.

Mais celui à qui on a donné le plus de flashs, celui qui rassemble le plus, c’est assurément Souldia. Et pour cause : les bottines suivent les babines lorsqu’il est question de défendre le matériel sur scène, notamment les meilleures salves de Non Conventionnel ou encore des extraits de Portrait Robot exécutés avec le collègue Lost. Vivement le nouvel album en gestation.

Présence d’enfer sur scène, tonus supérieur, et une redoutable machine derrière lui pour exécuter en temps réel. Souldia a vraiment construit son identité d’artiste arrivé au top du rap keb. La connexion avec la plus vaste portion des fans de rap keb n’est pas l’effet du hasard. Il grafigne juste assez, il se ramène vite dans le droit chemin et rallie finalement un maximum de fans.

Lost se produisait au Petit Théâtre du Vieux Noranda qui jouxte l’allée de la scène principale. Excellent set du MC, poète, le rappeur de MTL impose le respect. La plume est acérée, le propos direct et bien exposé, les syllabes percutantes, l’autorité sur scène. Et, il va sans dire, un retour d’ascenseur avec la visite de Souldia encore gonflé à bloc. Le lendemain, le parquet de la grande scène de la 7e rue était de nouveau plein pour un autre programme de rap keb avec LaF, Haviah Mighty et Loud Lary Ajust réunis dans le contexte de la tournée Blue Volvo 10e anniversaire. Effectivement, ça se fête dans une ville de hip-hop à n’en point douter, toujours étonnante Rouyn-Noranda.

crédit photos Christian Leduc

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FME 2024 Jour 2 I Allô Fantôme, pop baroque et artsy avec une touche de tacos

par Stephan Boissonneault

Et nous sommes de retour ! L’équipe de PAN M 360 sillonne l’ensemble de la programmation du FME 2024 pour capter le plus d’artistes possible lors de cette 22e édition dans la belle ville de Rouyn-Noranda. Le deuxième jour, nous avons couvert Maryze, Amery, Feeling Figures, Alix Fernz et Allô Fantôme.

Les chansons d’Allô Fantôme, le super projet de l’auteur-compositeur Samuel Gendron, semblent tout droit sorties des années 70, avec des groupes comme Procol Harum et The Moody Blues. À la tête d’un groupe de sept musiciens composé de guitares électriques et à 12 cordes, d’une flûte, d’une basse, de synthétiseurs et d’une section de batterie stable, Gendron domine la salle de sa voix prophétique, chantant la peur, l’amour et les animaux en ballon. Cette approche maximaliste du rock était parfaite après une délicieuse dégustation de tacos, offerte par le label bonbonbon, à l’occasion de son cinquième anniversaire. Les talents de Gendron au clavier sont captivants et son groupe, dont il faut souligner le travail du bassiste, est très soudé. L’ensemble de la performance donne l’impression de regarder une peinture abstraite et de trouver la prochaine partie qui changera notre vie.

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FME 2024 Jour 2 | Feeling Figures ou le mysticisme avec les dents

par Stephan Boissonneault

Peut-être était-ce le cocktail de substances et de Sapporo que j’avais consommé, ou peut-être était-ce simplement quelque chose qui s’accrochait à l’air du FME, mais je n’ai pas pu, pour la vie, me sortir le concept de la mort de l’ego de l’esprit en regardant les Montréalais de Feeling Figures. Leur set, une dose sporadique de pop twee-shoegaze et de bruits de guitares lourdes, soutenu par une section rythmique arrondie qui a mené le groupe dans quelques trous de lapin groovy, ressemblait parfois à un rêve implacable, un rêve que l’on ne voulait jamais voir se terminer. Le double chant de Zakary Slax et Kay Moon, tout en s’acharnant sur leurs axes respectifs, était une harmonie bruyante qui rappelait la folie no-wave de l’époque de ZE Records. Revenant à l’ego death, le sentiment d’abandon ultime et de perte des sens (un sentiment apaisant, je sais), The Figs nous ont emmenés dans un voyage psychique, un voyage où il faut flotter autour des murs de la catharsis. Un voyage spirituel digne de FME.

photos by Stephan Boissonneault & Jacob Zweig

soft-rock

FME 2024 Jour 2 | Amery, enfants chéris du soft rock

par Lyle Hendriks

J’ai le plaisir d’annoncer que les vibrations de soleil et d’amour pour la première fois d’Amery sont absolument évidentes dans sa performance live. Alors que certaines musiques de ce créneau s’aventurent sur le territoire de la gaieté ennuyeuse, Amery et son groupe contournent complètement ce problème grâce à un sentiment écrasant de joie authentique derrière leur musique. Doux, sensible et sucré, le groupe nous attire avec un volume inférieur à la moyenne et une énergie discrète qui ne fait que nous séduire.

Le groupe se sent à la fois serré et lâche, s’étirant et s’écoulant les uns avec les autres alors que nous sommes guidés à travers le centre émotionnel de chaque chanson. Amery elle-même est un plaisir à regarder, avec un énorme sourire sur son visage et une danse incessante que l’on ne peut s’empêcher d’aimer. Sa musique donne envie de prendre un chiot dans ses bras ou de faire une balade à vélo vers nulle part, et chaque texte nous parvient comme quelqu’un qui avoue un béguin de cour de récréation. A la fin du set, elle a conquis la salle de main de maître en reprenant « Hot Stuff » de Donna Summer, pour le plus grand plaisir de quelques papas qui se sont mis à danser sur le dancefloor. Si vous avez la chance de voir Amery en concert, assurez-vous d’être prêt à partir de bonne humeur.

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post-punk

FME 2024 Jour 2 | Alix chaos Fernz… incarné

par Stephan Boissonneault

Un aspect qui fait peut-être un peu défaut à la scène musicale, c’est le chaos, le chaos pur et débridé dont les grands poètes pourraient se lamenter. Mais vendredi soir au Paramount, la ville de Rouyn-Noranda a été témoin de ce chaos sous la forme d’Alix Fernz, le jeune et dynamique post-punk qui rencontre tout ce qui est synthé et qui est sur une pente ascendante avant la sortie de son premier album, Bizou. Vêtu d’une moitié de chemise et montrant sa canopée de tatouages, Alix s’est lancé dans le tourbillon, enfonçant son micro dans le fond de sa gorge et, à un moment donné, s’étranglant presque avec le câble. C’est un amusement dangereux et la plupart des spectateurs ont adoré. Quelques-uns n’avaient aucune idée de ce dans quoi ils venaient de mettre les pieds et se sentaient probablement dans le brouillard épais d’un trip préternaturel. Le projet d’Alix Fernz est certainement mieux servi avec un groupe complet ; une guitare solo volante bourdonnante, une section de basse prog-gasmique, une batterie lourde, et des interludes jammy qui ressemblent à Wire on speed. Nous sommes impatients de découvrir la suite de Bizou et toute sa splendeur.

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