FME 2024 Jour 4 I Patche met un terme au FME de manière étrange et hypnotique

par Lyle Hendriks

Le tout dernier groupe du FME était le groupe krautrock Patche, qui a rempli la scène d’un mur pratique de synthétiseurs d’un côté, et d’un bassiste et d’un batteur analogiques de l’autre. Leur musique est inductrice de transe, trippante et incroyablement raffinée, se fondant parfaitement en elle-même au fur et à mesure que l’on s’y enfonce. Combinant trois synthétiseurs modulaires, le groupe tisse couche après couche des tambours électroniques, des rythmes hypnotiques et des solos de basse époustouflants qui obligent à bouger.

Il s’agit d’une musique dans laquelle on peut se perdre, en la laissant traverser notre corps directement sans trop y penser. Comme la moitié du groupe travaille sur un synthé, cela signifie parfois qu’ils peuvent faire une pause, ce qui donne l’impression d’une machine musicale qui s’assemble devant nous plutôt que d’une performance musicale constamment impliquée. Mais d’un autre côté, le bassiste et le batteur jouent sans arrêt des parties complexes, en parfaite synchronisation avec les synthés quantifiés et l’un avec l’autre, ce qui fait que Patche ne perd jamais son urgence.

Bien que l’habileté technique présentée soit brillante, ce sont des chansons massives qui pourraient m’amener à me balancer doucement dans une tombe précoce après avoir été debout pendant les 4 derniers jours du FME. Après avoir vu environ une heure de Patche, je leur dis au revoir, ainsi qu’au festival.

Publicité panam

FME 2024 Jour 4 I Alléluia pour Hezekiah Procter

par Lyle Hendriks

Je me tiens debout, avec la gueule de bois, dans la salle chaude et lumineuse de L’Ordre Loyal des Mooses, m’apprêtant à écouter un groupe de musique country des années 1920. La moitié de la foule est assise sur le sol poussiéreux à l’avant, ce qui amplifie encore la sensation bizarre d’assister à un concours de talents. Hezekiah Procter et son équipe hétéroclite de messieurs portant des bretelles et des bidules montent sur scène.

Ils sont en costume d’époque. Un homme joue du sousaphone. Le violoniste demande aux cinq premiers rangs de se lever et de danser. Personne ne le fait. Ce qui suit est une expérience étrange et onirique, comme si j’avais tellement bu que j’avais voyagé dans le temps. Je me trouve dans la petite ville minière isolée de Rouyn Noranda, vers 1926, dans une salle bien éclairée remplie de travailleurs. Hezekiah, le chanteur itinérant de la compagnie pharmaceutique, est venu interpréter des chansons sur les syndicats, la crainte de Dieu et les nombreuses choses étonnantes que l’on peut acheter dans le catalogue Sears-Robuck.

Hezekiah et ses joyeux lurons sont hilarants, abordant ce projet de théâtre/histoire/bande avec à la fois de la légèreté et un véritable respect pour le matériau d’origine. Chaque membre a droit à sa propre chanson, et les instruments sont constamment remplacés par du matériel encore plus spécialisé du XXe siècle. Il y a des chansons qui tapent du pied, des chansons qui brûlent, des sections de soutien sponsorisées, des ballades meurtrières et un numéro acapella époustouflant.

J’ai découvert plus tard qu’il y avait une réception funéraire au sous-sol pendant ce concert, ce qui, pour une raison ou une autre, ne me surprend pas. Une performance absolument ravissante, peaufinée à la perfection, et un remède contre la gueule de bois étonnamment efficace.

photos par Stephan Boissonneault @a_1993_Santiago

classique occidental

Fête de la musique de Tremblant 2024 | Les Étoiles du Conservatoire brillent dans le froid

par Frédéric Cardin

La directrice artistique (et fondatrice) de la Fête de la Musique de Tremblant, Angèle Dubeau, est fidèle à ses valeurs : elle soutient avec conviction la pratique de la musique chez les jeunes. Celle qui a animé l’émission Faites vos gammes de 1994 à 1998 sur les ondes de Radio-Canada a de nouveau offert une heure et demie de visibilité à quelques étudiants du Conservatoire de Montréal, et ce sur la grande scène principale de l’événement (la scène Québecor). Devant un public nombreux et admiratifs, nous avons entendu se succéder dans le froid de Tremblant (12 degrés… Pauvres doigts!) Chloé Dumoulin (piano solo et accompagnatrice des autres instrumentistes), Iza Kamnitzer (violon), Kaïla Stephanos (flûte), Juliette Bégin (trompette), Natasha Henry (soprano), Flavie Lacoste (hautbois) et Zhan Hong Xiao (piano solo). Quelques coups de coeur spontanés : la plus petite du groupe, la violoniste Iza Kamnitzer, qui du haut de ses 9 ans (et à peine plus que trois pommes) a joué de solides envolées de Kreisler et de belles subtilités de Dvorak; la soprano Natasha Henry qui m’a semblé la plus peaufinée de l’ensemble en terme de finition et de netteté technique (très belle diction française dans un air de Manon de Massenet!) et Zhan Hong Xiao, élève de Richard Raymond qui s’apprête à affronter le Concours Chopin en 2025. Il a certainement le talent et la maturité pour peut-être revenir avec un prix, comme l’a fait Charles Richard-Hamelin en 2015.

baroque

Fête de la musique de Tremblant 2024 | Mélisande McNabney et les femmes de Versailles

par Frédéric Cardin

Dernière journée de la Fête de la Musique de Tremblant (en vérité, demie journée), ce lundi 2 septembre 2024 voyait la grande scène Québecor du festival donner toute la place à un instrument parmi les plus délicats qui soient : le clavecin. Une délicatesse mise à l’épreuve par la température : il faisait frette en titi! Un petit 8 degrés le matin, à peine 12 à midi, au moment du concert. Il s’est finalement très bien tenu, l’instrument. C’est peut-être parce que la claveciniste, Mélisande McNabney, le connaît si bien et qu’elle peut le rassurer de sa touche précise. Mélisande a offert une prestation de haute tenue, malgré les circonstances (on devine que les doigts gelés doivent bouger moins vite), et accentuée par des belles présentations qui nous ont raconté certaines histoires de femmes musiciennes à la Cour de Versailles. Une heure de clavecin sérieux mais archi sympathique (l’animation souriante de Mélisande aidant grandement) qui a certainement beaucoup fait pour démocratiser cet instrument auprès d’un public nombreux. Levons donc notre chapeau à l’organisation de la Fête de la Musique qui a osé faire fi des préjugés (instrument difficile d’approche, répertoire aride, etc.) en offrant une tribune publique au mal-aimé de la famille des claviers.

baroque

Fête de la musique de Tremblant 2024 | Mélisande McNabney et les femmes de Versailles

par Frédéric Cardin

Dernière journée de la Fête de la Musique de Tremblant (en vérité, demie journée), ce lundi 2 septembre 2024 voyait la grande scène Québecor du festival donner toute la place à un instrument parmi les plus délicats qui soient : le clavecin. Une délicatesse mise à l’épreuve par la température : il faisait frette en titi! Un petit 8 degrés le matin, à peine 12 à midi, au moment du concert. Il s’est finalement très bien tenu, l’instrument. C’est peut-être parce que la claveciniste, Mélisande McNabney, le connaît si bien et qu’elle peut le rassurer de sa touche précise. Mélisande a offert une prestation de haute tenue, malgré les circonstances (on devine que les doigts gelés doivent bouger moins vite), et accentuée par des belles présentations qui nous ont raconté certaines histoires de femmes musiciennes à la Cour de Versailles. Une heure de clavecin sérieux mais archi sympathique (l’animation souriante de Mélisande aidant grandement) qui a certainement beaucoup fait pour démocratiser cet instrument auprès d’un public nombreux. Levons donc notre chapeau à l’organisation de la Fête de la Musique qui a osé faire fi des préjugés (instrument difficile d’approche, répertoire aride, etc.) en offrant une tribune publique au mal-aimé de la famille des claviers.

americana / chanson keb franco

FME 2024 Jours 3 et 4 | Gravir des cheminées à Noranda… Avec pas d’casque

par Alain Brunet

Vue et entendue à la magnifique Agora des Arts de Rouyn-Noranda, l’exécution des 9 chansons inédites de l’album Cardinal a eu lieu deux soirs consécutifs au FME. Deux soirs à gravir un sommet… Avec pas d’casque. Résumons ici le second programme avant que tout le monde parle de cet opus et de ce concert à l’échelle québécoise.

Vu et entendu à l’Agora des arts, le tandem Demain Déluge est un projet sympathique de bizounage ambient, gracieuseté de Benoît Pinette, mieux connu sous le pseudo Tire le Coyote, et de son bassiste préféré, Marc-André Landry, cette fois dédié à l’électro planante. On apprend alors que les deux compères partagent la même passion pour de telles explorations. L’exercice ici suggéré s’avère agréable, apaisant, de bon goût, sans prétention.

On en reconnaît certes tous les sons émanant des bidules exposés sur la table de travail, on en devine l’organisation relativement embryonnaire, on y observe que ces sons constituent des pièces relativement brèves, présentées au public à la manière d’un spectacle de chansons. 

Ces sons se lovent néanmoins dans nos corps de plus en plus relaxes, les conditions sont vraiment favorables pour absorber la matière principale du set principal: l’intégrale de Cardinal, nouvel opus signé Avec pas d’casque, de retour après une pause discographique de 8 ans. Sous étiquette Bravo Musique, l’album sera rendu public un vendredi 13… septembre. Acte de superstition renversée !

La matière de l’album à paraître est ici exécuté par Stéphane Lafleur (voix, guitare acoustique) et ses proches amis artistes, Joël Vaudreuil, Nicolas Moussette (basse, lap steel), Mathieu Charbonneau (claviers, cor baryton), Simon Trottier (basse et guitare solo).

 “ Je mâcherai tes bottes pour les détendre », est une image typique de Stéphane Lafleur, à mon sens l’un des plus doués auteurs de chanson francophone de l’époque actuelle. Dans ce premier single extirpé de Cardinal, la  tendresse et la sensualité côtoient aisément  l’humour et la fantaisie . On imaginerait même un rôle de mâcheur de bottes dans un film d’André Forcier… mais que dis-je… Dans un film de Stéphane Lafleur, qui a tous les talents !

Le country folk poursuit sa route en Abitibi, les accords sont simples et beaux, les grattes de guitare paisibles, la guit solo circonspecte, le lap steel minimaliste, la basse clopin-clopant, les claviers généreux. Tout ça est mieux exécuté que jamais par Avec pas d’casque.

“Flamboyons ensemble/ D’un même feu, d’une même rage/ Je demande une trêve/ Je demande/ Seulement une autre dernière fois”, suggère ensuite le narrateur de Flamboyons, bousculé par l’élan passionnel mais qui a du mal à le suspendre.

Accepter le mystère, une ballade americana bien sentie, porte parfaitement son titre. La chanson dépeint une suite de contextes inexplicables dont il faut s’émerveiller, à tout le moins les accueillir sans résister.

On est sur le “cruise control”, confirmait alors Stéphane Lafleur, avant d’enchaîner Au sortir de la fête, qui exprime le désir de s’extirper d’un tourbillon humain: Une nouvelle lumière/ Une vapeur, une ébauche/Traverse le soir/ Laisse-la entrer/Laisse-la déployer sa forme/Besoin d’une pause/ Besoin d’une pause.

Vient une chanson sur “les rencontres qu’on n’attendait pas, qu’on n’attendait plus”, qui s’appelle Collision. L’impact est visualisé au ralenti par l’auteur qui souhaite en goûter chaque microseconde. Nous sommes ici bercés par les glissandos de lap steel pendant  qu’Hier se dégage et que Le soleil se déplie. 

On passe ensuite à la face B et ça se passe d’abord avec une histoire de chasse. La description de cette motivation de  quiconque ne dépend pas de la chasse pour sa survie: Quelque chose de sauvage/ Quelque chose de libre de plus libre que lui/ Quelqu’un en veut à quelque chose en vie…

Le titre de la chanson suivante est super: D’autres messages suivront est un autre appel à un retrait provisoire du trafic de l’existence à la recherche d’une embellie car On se démanche / Dans nos intempéries / La danse n’est pas claire pour tout le monde. C’est l’occasion de découvrir une expression: chemin de désir, expression d’urbaniste désignant le raccourci sur la pelouse d’une intersection prescrite par deux trottoirs en angle droit.

Rivages, la 8ème au programme, exprime la chance et la félicité d’une destinée, La chance que j’ai / Se trouve dans les rivages où je me suis échoué

Assortie d’un solo d’euphonium baryton, Cardinal, la chanson, est une espérance. Une imploration. Le rouge de l’oiseau sollicité permettrait au narrateur de fendre le blanc de l’hiver, de mieux voir devant, de mieux croire devant. On le croit sur parole.

La dernière chanson inédite au programme sera interprétée plus tard dans la soirée, après l’exécution de classiques tirés des albums précédent, Talent, Il fait noir de bonne heure et autres, Dommage que tu sois pris, j’embrasse mieux que je parle, Walkie-Talkie, etc.  Vers la fin, on aura droit au dernier titre de l’album à paraître, Le soleil se cherche du stationnement.  Encore un super titre !

Les rimes qui concluent Cardinal décrivent une passion amoureuse alors que crépuscule devient imminent : Le jour achève son tour de garde / Et le vent nous crie des noms/Et le soleil se cherche du stationnement/Dans l’horizon.

Qu’ajouter à cela ? Au sortir de l’Agora des Arts, il y a cette image surréelle qui s’invite dans la caboche en regardant au fond de la rue: escalader les cheminées de la célébrissime fonderie… Avec pas d’casque, il va sans dire, puisque ça ne se passe que dans la tête. Arrivé au top du cylindre, y contempler le paysage abitibien. Et soudain… y découvrir le nid d’un cardinal qui s’envolera au plus profond de soi.

crédit photo : Christian Leduc

bossa nova / classique occidental / jazz / opéra / pop

Fête de la musique de Tremblant 2024 | Musiques de mère en filles

par Frédéric Cardin

Le deuxième et dernier grand spectacle de la Fête de la Musique de Tremblant 2024 était assuré par la sororité artistique de Natalie Choquette (maman), Florence K et Éléonore Lagacé (filles). Cette réunion peu fréquente (du moins en public) a donné lieu à des croisements stylistiques inattendus, parfois même surprenants. Je ne connaissais pas la qualité de mezzo lyrique d’Éléonore Lagacé. Elle a démontré un sens opératique très adéquat dans Carmen et dans le duo des fleurs de Lakmé, avec maman. Parfois en solo, en duo ou en trio, on est passé du jazz au latin, au pop puis au classique avant de revenir à l’un ou l’autre dans des collisions qui mettaient de l’avant la complicité entre les dames, plutôt que la perfection technique, occasionnellement échappée. Le large public n’en a pas pris ombrage car c’est plutôt la relation entre les trois artistes qu’il était venu goûter. En ce sens, et à bonne dose de cabotinage, mère et filles ont comblé les attentes avec certains moments touchants. 

Antilles / Caraïbes / funk / Hip Hop / reggae / twoubadou

Fête de la musique de Tremblant 2024 | Waahli, maître de scène

par Frédéric Cardin

Bien que le spectacle de Waahli sur la grande scène de La Fête de la Musique de Tremblant ait été présenté comme du Hip Hop, la véritable essence musicale waahlienne serait plutôt de l’ordre du groove-soul haïtien teinté de Hip Hop (entre autres). Telle est la nature de la riche et large palette sonore déployée par le Montréalais d’origine haïtienne. Dans ce groove brûlant mais souriant, on retrouve aussi bien le Funk, le Reggae, le Konpa que, oui, le Hip Hop, avec un supplément d’âme de Twoubadou classique et un peu de Jazz. À cette richesse stylistique, Waahli (et ses musiciens : James Challenger, Ryan Nadin, Shayne Assouline, Evan Shay et Theo Abellard) additionne sa dose de présence scénique qui en impose avec respect et authenticité, et aussi une attitude à bonne distance des clichés du Hip Hop violent et machiste. Waahli plaît à tout le monde, et la grande place ‘’en haut de la côte’’ de Tremblant était bien garnie de jeunes qui dansaient sur les beats appuyés et de têtes grises qui balançaient les bras sur les indications du chanteur. Tremblant était la dernière étape d’une tournée québécoise et ont donc résonné pour la dernière fois de la version actuelle les titres Sundance, Men sou yo, Mal du pays, Teke fren et plein d’autres. Angèle Dubeau répète que c’est la Fête de ‘’toutes les musiques’’. Preuve à l’appui.

classique occidental / latino / tango / tango nuevo

Fête de la musique de Tremblant 2024 | Piazzolla raconté en mots et en musique

par Frédéric Cardin

À la fois didactique, ludique et musicalement solide, le spectacle Hommage à Piazzolla du violoncelliste Dominique Beauséjour-Ostiguy et du guitariste Christ Habib a réussi le pari improbable de rendre un cours d’histoire de la vie et de la carrière du grand compositeur/bandonéoniste léger et amusant. Pendant une heure, les deux jeunes artistes nous font passer, grâce à la musique, des tout débuts du compositeur (influencé par le tango traditionnel, puis le jazz et finalement la musique classique très sérieuse) à sa maturité, celle du Tango Nuevo. Même si les animations des deux musiciens manquent un peu de professionnalisme, les infos offertes et leur relative concision ont l’avantage d’ajouter une dose de viande autour de l’os pour les nombreux profanes. Cela dit, le plus remarquable est la qualité de jeu du duo, particulièrement celui de Beauséjour-Ostiguy. Son aisance technique doublée d’une musicalité à fleur de peau, intensément ressentie, en font l’un des plus beaux jeunes talents classiques. Chapeau également à Christ Habib, qui s’exprime avec une très belle délicatesse tactile.

 
jazz

Fête de la musique de Tremblant 2024 | Marianne Trudel et Karen Young : l’excellence à deux

par Frédéric Cardin

La catastrophe a été évitée. Cinq minutes avant le spectacle de Marianne Trudel et Karen Young sur la scène principale de la Fête de la Musique de Tremblant, le déluge s’est abattu. Il fallait voir le public nombreux fuir à toutes jambes. On a déplacé vite fait les deux artistes vers le petit chapiteau du piano public. Les courageux qui s’y sont rendus ont eu droit à deux récompenses : un abri confortable et une heure de chant/piano jazz d’une classe très élevée. Plusieurs des chansons choisies par les deux artistes avaient pour thème… l’eau. Ça ne s’invente pas. Finalement, on l’a pris comme un énorme supplément d’âme. Karen Young, du haut de ses quelque cinquante ans de carrière professionnelle (je ne souhaite pas révéler son âge, soyons délicats. De toute façon vous trouverez l’info sur Wikipédia….), est encore l’une des voix les plus exceptionnelles nées au Canada. À travers un répertoire traversé par des airs finement transformés de Monk, Strayhorn, Vigneault, Joni Mitchell, Abbey Lincoln, Richard Desjardins, etc. elle a attaché le public à son chant expressif et aérien. Marianne Trudel, magistrale pianiste, s’est également démarquée grâce à des interventions parfaitement symbiotiques avec l’esprit raffiné de sa partenaire. Une leçon de grand art réalisée dans des circonstances imparfaites.

FME 2024 Jour 3I La terre de Lemongrab

par Stephan Boissonneault

Lemongrab, des punks désormais basés à Berlin, m’envahissent avec des lignes de basse intenses et des performances vocales brutes de Léonie Dishaw et Gaëlle Cordeau. Leur son viscéral résonne avec la montée violente d’un trip d’acide. La présence intense sur scène fait frémir la foule qui en redemande. Léonie s’enfonce dans l’océan des corps pour nous hurler à la figure. Cette esthétique euro-punk se mêle au vieux pub du Cabaret de la Dernière Chance, nous transportant dans un autre endroit, une terre étrange connue sous le nom de Lemongrab. C’est une vague d’eau salée glacée qui vous frappe au visage, qui vous fait remonter pour prendre l’air et qui vous donne un coup de pied dans les dents. En regardant la salle, je me suis rendu compte que nous partagions tous le même sourire sanglant. Lemongrab est à ne pas manquer.

BY Jacob Zweig

Publicité panam

FME 2024 Jour 3 | La saignée avec SLASH NEED

par Lyle Hendriks

Comme une poupée rappelée pour vice de fonctionnement et qui revient de l’usine pour vous hanter, SLASH NEED nous transporte d’un sous-sol moite de Rouyn Noranda à un entrepôt pervers de Berlin. La chanteuse Dusty Lee est voilée derrière un écran de maille tenu par ses danseurs. La silhouette de Lee est à la fois menaçante et séduisante, tandis qu’elle émet des grognements gutturaux et des notes aiguës à faire dresser les cheveux sur la tête. Elle pousse contre l’écran, son corps se déforme et se contorsionne, tandis que la production d’Alex Low, qui fait frémir les gorges, nous remonte le long de la colonne vertébrale.

Le brouillard remplit la pièce, et nous ne pouvons qu’apercevoir Lee qui hurle comme une sorte d’animal blessé. Ils mâchent et crachent désespérément chaque mot comme une cérémonie de saignée exhibitionniste. C’est un cauchemar, un assaut contre nos sens qui nous pousse à genoux et nous ouvre la gorge avec des doigts en latex pour voir de quoi nous sommes faits.

SLASH NEED est une sensation. Angoissant, en colère, mais aussi sensible par moments, ce n’est pas pour les âmes sensibles. C’est une catharsis, une rage et une libération.

Publicité panam
Inscrivez-vous à l'infolettre

Inscription
Infolettre

« * » indique les champs nécessaires

Type d'abonné