afrobeat / Chanson francophone / pop / punk rock / soul-pop

Francos | Katerine, maître absolu du pipi-caca-poil-bite

par Alain Brunet

Le MTelus était presque plein en ce mardi de Francos, c’était néanmoins clairsemé au fond du parterre mais bon, deux MTelus deux soirs consécutifs, c’est tout contrat pour un artiste français. Depuis les années 90, Katerine est un incontournable de la pop française, tant pour ses frasques, son sens de la provoc, son humour ciselé dans l’absurde, ses solos de flûte à bec, son priapisme haut de gamme, que de la finesse de sa plume et de la distance critique qu’il établit avec nos existences humaines et un monde qui a, somme toute, beaucoup moins de sens que celui qu’on voudrait lui prêter.

Clownesque du début à la fin de ces presque deux heures de rigolade, il débarque sur scène en robe impériale pour La reine d’Angleterre, avec pour trame de fond un hymne classique à la hauteur de la pompe. On l’entoure ensuite pendant qu’il change de costume pour  

Nu, Costume d’Adam ou presque, un peu plus couvert que lors de sa performance mondialement observée aux Jeux olympiques de Paris. Couronne de végétaux,  barbe de Dieu le Père, un string délimitant ses fesses quinquagénaires. Hilarant, il va sans rire!

Au troisième titre, les toges de la Rome antique sont désormais de mise pour le chanteur et ses acolytes, hommes et femmes. Comment tu t’appelles  est un autre vol plané au-dessus de l’absurde. Êtres humains est ensuite entonné a cappella, la batterie se joint à la voix du soliste et ça culmine en afrobeat.

Katerine “chausse” alors son bob, fait rimer bedaine et cinquantaine, le funky groove fait le travail Sous mon bob. Pop antillaise pour Total à l’Ouest, délire occidental s’il en est. 

S’ensuit le moment zou de la soirée, d’abord pour  Des bizoux  interactifs puisque le public est mis à contribution, idem pour les mitrailles de zou du pont de la chanson suivante conclue en punk-rock, chanson consacrée à son chien Zouzou qui défèque mou, entre autres activités quotidiennes. On sait que Katerine est passé maître dans l’art du pipi-caca-poil, et on en redemande!

Tout plein de sonneries s’enchevêtrent, Au téléphone devient un funk balancé sur un ton bourvilien. Pour La banane, autre joyau d’humour absurde, un fan déguisé en fruit jaune est invité à monter sur scène, tout le monde se bidonne. 

Nous sommes alors prêts pour la poursuite rocambolesque de Marine LePen, écrite bien avant que l’icône de l’extrême-droite française n’ait acquis ce statut.

Katerine enchaîne Blond sur fond de stoner rock, puis Liberté (mon cul), Excuse-moi… jusqu’à l’explosion de Louxor, j’adore, son tube absolu où le son est évidemment coupé, monté, recoupé et ainsi de suite. Le chanteur arbore alors un costume hallucinant, sorte de courge géante peinte en rose.

Aux rappels, il revient en peignoir blanc, couronné, c’est Patati patata! où il enjoint son public de scander ras l’bol à répétition. ADN sous forme pop-soul-jazz et ballade crooner  pour Des étoiles, suivi d’Amour (de maman), Parivélib (sur le Paris nocturne traversé en vélo) et Patouseul en presque finale, disco pop on ne peut plus parigote. 

Il conclura avec Moment parfait, seul avec son claviériste, question de souligner la qualité bien réelle de cette communion avec son public francophone d’Amérique. Katerine et son équipe reviendront saluer le public avec l’Hymne à la joie de Beethoven en toile de fond, hymne de circonstance indeed.

Photo: Victor Diaz Lamich

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Chanson francophone / pop

Francos | D’eux, trois décennies plus tard

par Alain Brunet

La commémoration du trentenaire de l’album D’eux, que d’aucuns considèrent comme un chef d’œuvre de Jean-Jacques Goldman au service de Céline Dion, fut certes sympathique pour quiconque ayant assisté à l’événement, galvanisante pour l’immense majorité d’inconditionnels conquis à l’avance, mais ne passera pas à l’histoire.

Les moyens mis en œuvre étaient à la hauteur d’un spectacle prévu pour deux représentations (la prochaine est prévue le 13 juillet au Festival d’été de Québec), assurément trop limités pour qu’on en arrive à un spectacle signature à la hauteur d’une grand-messe pop d’aujourd’hui.

Les extraits d’enregistrements d’interviews d’époque pouvaient compenser un tant soit peu l’absence des principaux acteurs de cet album jugé historique dans le corpus pop franco, mais les technologies immersives auxquelles on a droit aujourd’hui dans la pop culture n’ont plus rien à voir à ce dont on a eu droit dimanche à la Salle Wilfrid-Pelletier. Beaux éclairages, scène inclinée, allée centrale, excellente direction musicale du claviériste Alex Mc Mahon, excellente exécution des musiciens, mise en scène efficace de Benoît Rioux et c’est pas mal ça.

Bien évidemment, les inconditionnels de Céline ont acclamé les voix conviées à cette célébration, sans sectarisme, sans âgisme ni jeunisme :Martine St-Clair, Ariane Roy, Lou-Adriane Cassidy, Safia Nolin, Rita Baga (Jean-François Guèvremont), Brigitte Boisjoli et Marie Denise Pelletier participent à D’eux, 30 ans déjà: célébrons Céline, bientôt repris au Festival d’été de Québec.

Entre autres chansons au répertoire, On ne change pas fut servie en ouverture par le trio des jeunes Lou-Adriane Cassidy, Ariane Roy et Safia Nolin. J’irai où tu iras en trio par Martine St-Clair, Marie Denise Pelletier et Louis-Jean Cormier, incarnant Jean-Jacques Goldman.

Regarde-moi et Prière païenne ont été entonnées par Brigitte « 100 000 volts » Boisjoli en plus de dédier à son père en fin de vie La mémoire d’Abraham. S’il suffisait d’aimer et Vole ont été reprises par Safia Nolin,J’irai où tu iras et Destin ont été chantés par Ariane Roy, Je sais pas  et Le ballet par Martine St-Clair, Dans un autre monde par Rita Baga Tout l’or des hommes et Pour que tu m’aimes encore, le tube absolu de cet opus, par Lou-Adriane Cassidy. La soirée s’est conclue en chœur-karaoké avec L’amour existe encore de Luc Plamondon, qui ne figure pas sur l’album trentenaire comme on le sait.

À l’hiver 1995, je réalisais à New York un reportage sur la conquête américaine de Céline Dion, plusieurs jours passés aux côtés de Céline et René, qui m’avaient alors fait écouter D’eux en exclusivité dans leur limousine. Je m’en souviens comme si c’était hier!

Cette première écoute menait illico à conclure sans nul doute qu’il s’agissait jusqu’alors le meilleur album de la chanteuse, toutes langues confondues et… jamais dépassé depuis. En ce qui me concerne, Céline n’aura jamais fait mieux, en français comme en anglais, ce qui en dit long sur une direction artistique déficiente tout au long de sa carrière et ce malgré ses succès colossaux. Trois décennies plus tard, cet enregistrement demeure sa signature suprême en tant qu’interprète, incontournable de la pop franco et un album plus que correct dans le songbook de la pop internationale. On comprendra et respectera néanmoins l’admiration des fans québécois dont la chanteuse est un puissant vecteur de fierté… et on s’en reparlera peut-être au cinquantenaire de l’album.

Photo : Frédérique Ménard

acadie / americana / indie pop / indie rock

Francos | P’tit Belliveau, l’Acadie sans filtres dans la place… des Festivals

par Marilyn Bouchard

Ce dimanche 15 juin, P’tit Belliveau remettait ça dans le cadre des Francos, bien entouré pour l’occasion par ses musiciens et amis, ainsi que par des projections cocasses et de la pyrotechnie.
Tout droit sorti de la très vivante communauté musicale de Clare en Nouvelle-Écosse,  il s’était distingué aux Francouvertes en 2019, puis en 2020 grâce à Greatest Hits No.1, premier album alors sélectionné sur la liste longue du Prix Polaris. Depuis, il nous a offert en 2022 Un homme et son piano et plusieurs passages célébrés dans la métropole.

La soirée fut remplie de surprises, comme l’arrivée de FouKi pour Comfy, le passage de Klô Pelgag pour Mélamine, la performance déchaînée de Rau_Ze pour L’habitude et la parenthèse indépendantiste des rappeurs Kinjioo avec Fleur de Lys

On a également eu droit à quelques reprises dont l’une de la formation acadienne Grand Dérangement, ainsi que Chop Suey de System of a Down et This is how you remind me de Nickelback qui n’ont pas manqué de faire sourire l’assistance et de dégourdir l’atmosphère.

Avec une une candeur désarmante et une authenticité sans filtres, il a présenté plusieurs des chansons de son répertoire, dont L’eau entre mes doigts, J’feel comme un alien, Ej m’en Fus et Les bateaux dans la baie qui a joui d’un accueil particulièrement chaleureux.
Enfin, le duo mémorable entre Jacques Blinn au violon et Guyaume Boulianne à la mandoline (qui sont par ailleurs de l’excellente formation Cy) pendant que sa sœur, la chanteuse Sylvie Boulianne, les accompagnait parmi les choristes était l’un des moments forts de la soirée. L’autre était la dernière chanson J’aimerais d’avoir un John Deere, qui a fait s’allumer tous les briquets de la rue Sainte-Catherine pour dire au revoir.
On a eu droit à un généreux rappel de trois chansons : une version enlevée de L’arbre est dans ses feuilles par Guyaume alors que Belliveau s’est mis à la batterie, Income Tax, et une version solo de L’Église de Saint-Bernard qui était complètement malade. 

Une soirée surprenante et enlevante !  Il y en avait pour tous les goûts, la culture acadienne était à l’honneur!

pop

Francos | Du blanc partout pour Fredz, des tubes TikTok pour Carbonne

par Marilyn Bouchard

Après un court intermède entre première et deuxième partie ce dette soirée 14 juin, deuxième des Francos, Fredz est apparu devant un auditoire survolté du MTelus. Sur une scène enfumée et striée d’éclairs projetés, on pouvait le voir émerger au sommet d’un escalier où tout était blanc : le piano, le micro, l’escalier et le quartier de lune. Sur cet effet réussi, les adolescents en délire se sont époumonés alors qu’il entamait sa première chanson, entouré de 3 musiciens – pianiste/claviériste, guitariste et batteur.

Énergique et solide, l’auteur-compositeur-interprète québécois a enchaîné les mélodies accrocheuses et les regards complices. Accessible, il a pris le temps de partager qu’il était touché par les pancartes et a échangé quelques petites pointes d’humour avec son public, principalement composé de jeunes entre 12-18 ans et de leurs parents.

On a eu droit à une belle sélection de ses plus connues dont Houston, Je veux, 3 accords, Ce soir j’suis dans ma tête, La vérité et bien sûr son hit Le stade; ainsi qu’à quelques beaux moments d’éclairage durant sa performance.

Le rappeur et chanteur français Carbonne avait amorcé ce programme. Rendu populaire sur TikTok grâce à ses chansons Bla Bla et Imagine, l’artiste gonflé à bloc a offert une prestation de 45 minutes rythmée où il a manié le verbe, ondulé des hanches et présenté une succession de pièces qui ont ravi l’assistance. Parmi celles-ci, MTP ,0 questions, Ocarina et Bene ont su réchauffer efficacement l’atmosphère et on a eu droit à de petits moments de danse bien sentis.

En somme, une soirée dans l’air du temps, réussie, ambiancée.

classique occidental

Festival Classica | Valérie Milot : la harpe, dans une galaxie près de chez vous

par Frédéric Cardin

Je ne savais pas à quoi m’attendre du concert Nebulae de la harpiste Valérie Milot en me présentant à l’église de Saint-Lambert vendredi soir dernier. J’en suis finalement ressorti enchanté.

Plus qu’un concert, presque une conférence de vulgarisation musico-scientifique, Valérie Milot a démontré des talents qu’on ne lui associait pas, ceux de de passeuse de savoirs astronomiques et de conférencière aguerrie (un brin humoriste en surplus).

Dans un décor simple mais efficace (divers globes illustrant le Soleil, la Terre et la Lune, des tableaux illuminés montrant soit des photos de scientifiques comme Carl Sagan, Galilée, Hubert Reeves, soit des images d’objets cosmologiques, soit des tableaux historiques illustrant quelques citations de mythes anciens), Milot a alterné animations de 4 ou 5 minutes et interprétations de pièces pour harpe dans un rythme posé mais constamment intéressant et accrocheur.

L’artiste est manifestement aussi passionnée de science et d’histoire qu’elle l’est de musique, et elle transmet cet amour à travers des liens appuyés sur la culture générale ainsi que sur ses propres récits d’émerveillements devant la beauté du monde et de l’art.

LISEZ L’ENTREVUE AVEC VALÉRIE MILOT SUR LE SPECTACLE NEBULAE

Pendant environ 75 minutes, les yeux, les oreilles et surtout le cœur de Valérie deviennent des lieux partagés dans une communion à la fois intime et ultra sincère. Nebulae (avec le sous-titre : Réflexion philosophique sur l’existence à travers une exploration des phénomènes astronomiques), présenté grâce au soutien du Festival Classica, était montré en toute première hier soir. Une tournée sera lancée cet automne. Je vous recommande ardemment de ne pas louper cela si ça passe par chez vous. Je reconnais être tout aussi amoureux qu’elle des sujets soulevés, et avoir le même émerveillement naturel devant les beautés de l’Univers et les événements historiques ou mythiques abondamment évoqués, car souvent liés aux astres et aux étoiles, mais je suis convaincu que même le profane le plus inattentif sera charmé par cette présentation agréable.

Ça fait du bien à l’âme, au cœur et surtout au cerveau. On en a tellement besoin ces temps-ci.

Extrait de Nebulae (avec l’aimable autorisation de Valérie Milot, que je remercie chaleureusement) :

hip-hop / jazz / rap keb

Francos | OGB, rap, jazz, groove, électro, franco

par Alain Brunet

Original Gros Bonnet (OGB pour les intimes) a sorti l’automne dernier un triptyque pas piqué des vers : Le vide, la peur, l’éclair, les ondes, enregistrements au confluent du jazz contemporain acoustique ou électrique et de différents styles numériques à commencer par le hip-hop.

On peut vulgairement résumer le tout par hip-hop-jazz, ce qui pourrait d’ailleurs rallier plus de nouveaux fans au Festival de jazz qu’aux Francos où le public est plus sensible aux formes chansons qu’aux harmonies et rythmes complexes. Ce qui n’enlève rien à OGB, dont le pouvoir attractif était tangible, ce dernier samedi devant la Scène Desjardins. François « Franky Fade » Marceau était le MC, poète éloquent autour duquel officiaient Arnaud Castonguay, saxophone ténor et flûte, Vincent Favreau, claviers, Louis René, batterie, Vincent B. Boulianne, basse.Tous des musiciens de jazz de très bon niveau, éduqués à l’évidence. J’ai personnellement un faible pour le batteur, franchement très bon.

La culture de ces musiciens est certes éclectique, mais se fonde d’abord sur le jazz moderne et sur le jazz groove dont s’abreuve le hip-hop depuis les grandes années boom-bap dans les années 90, avec quelques passages à vide et relancé avec l’ère Kendrick qui s’amorçait il y a plus ou moins une décennie.

Pour saisir les subtilité du nouveau cycle OGB, les conditions d’écoute d’une scène extérieure des Francos ne sont probablement pas les meilleures (volume un peu trop faible, public partiellement enclin à savourer les solos, les exécutions collectives et la poésie de François. Mais bon, ce fut une belle intro pour les amateur de rap-jazz franglophone qui pourront assister à des interventions encore plus pertinentes de cette excellente formation montréalaise.

Avant le prochain rendez-vous en chair et en os, je vous recommande chaudement l’écoute de la matière intégrale du récent triptyque d’ OGB sur Bandcamp.

chanson keb franco / indie pop / indie rock

Francos | Rouge impérial pour Lou-Adriane

par Arielle Desgroseillers-Taillon

Samedi soir, en se promenant sur la place des Festivals, une couleur sautait aux yeux : le rouge. Chandails, vestes, souliers… Le public des Francos avait répondu en grand nombre au code vestimentaire lancé par Lou-Adriane Cassidy, l’accueillant dans sa couleur de prédilection. 

Dès les premières notes de Dis-moi dis-moi dis-moi, chanson d’ouverture de son troisième album Journal d’un loup-garou, la chanteuse originaire de Québec impose sa présence. Derrière une voix douce, mais d’une puissance remarquable, se cache une énergie brute, électrisante qui donne envie de sauter, crier, se défouler. 

Le spectacle de samedi reprenait dans ses grandes lignes celui présenté en février au Théâtre Beanfield pour le lancement de Journal d’un loup-garou. Entourée de ses sept musiciennes et musiciens, Lou-Adriane a interprété l’intégralité de cet album paru en janvier, sous une immense lune suspendue au-dessus de la scène. À ce répertoire s’ajoutaient quelques-uns de ses titres les plus populaires, ainsi que deux chansons tirées de Triste animal, album surprise dévoilé en mai : Jamais tout à fait et Adieu.

Mais s’il fallait retenir un moment de cette soirée, tous s’entendront pour  l’accorder à l’interprétation de Ariane. Après avoir chanté Prières quotidiennes agenouillé, Lou-Adriane a invité « sa sœur cosmique » Ariane Roy à venir la rejoindre sur scène pour un duo touchant. Bras dessus, bras dessous, larmes à l’œil, rires complices ; impossible de rester de glace devant ce moment de fierté, d’amour et de sororité. 

Les émotions ont continué jusqu’à la toute fin, avec Ça va ça va, chanson la plus populaire de l’artiste. Submergée par l’intensité du moment, elle a même brièvement oublié les paroles. « Vous me faites perdre mes moyens, tout le monde ! » a-t-elle lancé en riant.  

Dans la foule, plusieurs drapeaux du Québec flottaient, portés bien haut en signe d’appartenance à la  la culture québécoise, cheval de bataille de Le Roy la Rose et le Lou(p) durant la tournée de ce fameux trio. Pour clore le spectacle, Lou a brandi un fleurdelisé emprunté à un spectateur son nom inscrit dessus, avant de déclarer avec conviction « Le meilleur est à venir ! » 

Vêtue d’un ensemble rose scintillant, Lou-Adriane brillait bien au-delà de ses paillettes. C’est par son charisme, sa générosité et son talent qu’elle a, encore une fois, conquis le cœur du public québécois. Samedi soir, c’était la reine Lou qui régnait sur la Place des Festivals.

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Chanson francophone / chanson keb franco

Francos | Claude Dubois, voix intacte, présence apaisée

par Claude André

En attendant la grande Fête nationale du Québec, Claude Dubois a offert un moment de grâce au cœur de Montréal. Un concert à la fois introspectif et généreux, mené par l’une des plus belles voix de la francophonie.

Claude Dubois entre à petits pas, cheveux gris, dos légèrement recroquevillé, vêtu d’un chandail ample noir, d’un veston noir, jeans et bottes de cow-boy. Ce n’est plus le boxeur bondissant de l’époque Sortie Dubois au Forum. Mais dès Le Labrador, cette voix bénie des dieux, ce timbre, cette sonorité, celle d’une vieille âme, prend toute son ampleur. Dubois incarne quelque chose de plus grand que lui-même. Et la salle, le Théâtre Maisonneuve de la Place des Arts, accueille cette présence avec ferveur.Le spectacle est généreux, fluide, bien dosé. Certaines chansons se répondent, comme Infidèle suivie de Femmes de rêve. Dubois reste concentré derrière son micro, duquel il recule parfois de deux ou trois pieds, comme pour mieux projeter cette puissance nue.

Il est accompagné de The Twenty-Nines, le couple Julie Lamontagne (clavier, piano, avec un solo jazzé ovationné) et Tony Albino (batterie), rejoints par Richard Deschênes (basse) et l’hendrixien Kaven Girouard (guitares). L’ensemble navigue entre jazz, rock, pop, chanson française et même reggae.

Parmi les moments marquants, Pauvre Rutebeuf, poème du XIIIe siècle mis en musique par Ferré. La langue française est immortelle, glisse Dubois. Plus tard, Au bout des doigts, précédée d’un aparté sur les drogues d’hier, moins dangereuses dit-il, clin d’œil à l’ère du fentanyl et des zombies urbains.

Et puis les classiques. Il les dégaine un à un. Depuis que je suis né. Si Dieu existe, Le blues du businessman… Ovations. Élan. Communion.

Il aurait pu continuer encore une demi-heure.

Bref, on a revu un Claude Dubois calme et fragile, souverain et heureux. Comme on l’aime.

Photo : Victor Diaz Lamish

chanson keb franco / Métal

Francos | Mononc’ Serge & Anonymus, l’exutoire de la chasse-galerie

par Florence Cantin

Le Club Soda affichait complet samedi soir, bondé de bons vivants nostalgiques prêts à mourir pour le Canada.

Mononc’ Serge a donné le coup d’envoi de cette soirée canadienne en surgissant au son du thrash metal de La ligue du vieux pouèl, traînant derrière lui son soluté. Aux côtés d’Anonymus, il roule sa bosse depuis assez longtemps pour ne plus faire partie du club des jeunes métalleux — il affirme quand même que vieillir en vétéran du métal, c’est fondamentalement ringard. Avant même d’entamer ses habituelles moqueries affectueuses envers le public, Mononc’ donne le ton : ici, l’autodérision règne.

Le public, d’abord un brin timide, comme en phase d’observation, s’est vite fait secouer par Anonymus. Une invitation au circle pit bien sentie d’Oscar Souto, le bassiste, a su briser la glace. L’appel n’est pas resté lettre morte. Une onde d’adhésion a rapidement gagné la salle. Le cercle s’est formé, et la foule, jusque-là statique, s’est soudainement animée par une énergie fédérale galvanisante.

Certains spectateurs incarnaient malgré eux la parodie qu’on leur tendait en miroir — on aurait dit que les fûts du Club Soda avaient tous été siphonnés avant le rappel. Ouf, c’est probablement la pire crowd de show métal à avoir foulé cette salle. L’âge de bière ne serait pas aussi jouissif sans la traditionnelle « pêche au moron », où Mononc’ désigne un fan aussi assoiffé qu’échauffé — souvent déjà éméché, parfois carrément instable. On a fait ensuite monter ce poulain sur scène pour une chorégraphie bancale, avant qu’il ne cale sa bière sous les acclamations de la foule.

Hommage aux hommages s’est imposé comme l’un des moments forts de la soirée. Avec un texte à double fond, la pièce moque la manie bien contemporaine de multiplier les tributs, les saluts, les hommages et célébrations posthumes à outrance. Le thème est délicieusement ironique, porté par la ligne mémorable : « On a mis quelqu’un au monde / On devrait peut-être lui rendre hommage. »

Plus de vingt ans après L’Académie du massacre, perçu comme improbable initialement, ce mariage entre Mononc’ Serge et Anonymus reste d’une solidité impressionnante sur scène. Une symbiose qui ne s’essouffle pas.

autochtone / Maghreb

Une soirée solaire au Club Soda

par Michel Labrecque

Pour 2025, l’artiste multidisciplinaire Soleil Launière a choisi de devancer la cérémonie du solstice au 11 juin et de la célébrer en compagnie de musicien-nes qu’elle aime. Disons-le d’emblée, cette soirée a été réussie. 

Tout a commencé par des tambours autochtones traditionnels pour ensuite céder la place aux claviers et guitares électriques. Soleil Launière est arrivée sur scène avec cet espèce de panache traditionnel qui est devenu sa marque de commerce. Et ça a démarré avec des pièces de son album Taueu, de 2023, ce mélange de plus en plus affiné de tradition et de présent musical.

Puis a commencé la parade très bien ficelée d’auteures compositrices de différentes provenances: la Marocaine Berbère Nukad, Klo Pelgag, la Cree Arachnid, la Wendat Eadsé, Jorane et son violoncelle, Dominique Fils-Aimée et le duo VioleTT Pi, la seule présence masculine dans ce spectacle très féminin-féministe. Et c’est très bien comme ça. 

Tout ceci était en général d’assez haut calibre. Mais les meilleurs moments sont survenus quand les artistes dialoguaient avec Soleil Launière. Je pense en particulier à Nukad, dont la tradition maghrébine se mélange parfaitement bien avec celle des Autochtones, Jorane, très inspirée et tapant furieusement sur son violoncelle pour jouer à la percussionniste des Premières Nations. Que dire de Dominique Fils-Aimé, qui après un solo vocal qui a créé un tsunami de frissons au Club Soda, s’est mise à harmoniser avec Soleil Launière et les voix des accompagnatrices Chloé Lacasse et Geneviève Toupin. C’était du pur bonheur vocal. 

Il faut le souligner: le travail du band accompagnateur cimentait de façon formidable ce concert éclectique. En plus du guitariste Simon Walls, on trouvait le groupe Chances: Vincent Carré à la batterie, Chloé Lacasse aux voix et clavier et Geneviève Toupin, alias Willows, aux voix, claviers et guitares. Quelles voix ces femmes!

Il y avait une autre vedette anonyme: un bébé d’environ un an, qui tapait des mains constamment et criait de plaisir à la fin des premiers morceaux. 

C’était une très belle soirée! À preuve, mon ami Gilles, un politologue d’origine belge vivant maintenant en Inde, qui nous accompagnait hier et ne connaissait aucun des artistes, est ressorti complètement enchanté de cet évènement. 

Que dire de plus….À part Vive le métissage et la nouvelle vague de musique des Premières Nations! 

americana / jazz-rock / kebamericana / rock prog / stoner-rock

Francos ​| Fred Fortin transplante le décor

par Alain Brunet

Sorti en 2004, Planter le décor est un album-clé de Fred Fortin. Vendredi soir au Club Soda,son concepteur confiait à ses fans avoir résisté aux pressions d’en exécuter la matière sur scène. Il a fini par accepter lorsque sa tendre moitié a tranché : « Tu le fais ». Ce que femme veut, Fred le veut, et voilà une salle remplie à ras bord deux soirs d’affilée aux Francos de MTL, devant une foule essentiellement  trentenaire et quadragénaire, venue revivre sa jeunesse pendant une paire d’heures.

Nostalgie quand tu nous tiens? Très rarement en ce qui me concerne, mais cela me semblait justifié cette fois. Justifié parce que Fred avait réuni l’alignement originel de l’album :  Jocelyn Tellier et Olivier Langevin aux guitares, Dan Thouin aux claviers, Alain Bergé à la batterie,  le chanteur aux basse et guitares, assurément un personnel de très haut niveau dans le paysage keb francophone.

Ce fut un show à la mesure de ces musiciens et leur employeur de Saint-Prime, soit un mélange très relevé de culture populaire et de recherche stylistique, mariage réussi entre virtuosité, pesanteur et rugosité bien placées, entre langue familière et langue plus fine.

De quoi être assurément ravi, deux décennies de maturité ont fait le travail: la saturation dans les fréquences basses et moyennes, les subtilités harmoniques  et rythmiques en complément des accords rock, country ou blues, la haute virtuosité de ces interprètes, voilà autant d’éléments pour nous ramener dans ce décor planté deux décennies plus tôt.

Comme dans l’album, il a commencé par Mélane, le récit d’un homme à la dérive sous un ciel de vautours, s’adressant à sa compagne qu’il imagine telle une bouée de sauvetage pour son existence perturbée.

Il enchaînait par Conconne, l’assassinat rocambolesque d’une chanteuse idiote, balancée dans le fond d’un canyon par un mâle enragé. Le tempo s’accélère avec Lucia, lourd stoner rock mâtiné de prog et de country, servi à trois guits dans ta face.S’ensuit Pop Citron, pur country clopin-clopant, décrivant un loser pas vraiment beautiful, frimeur de roman savon dont la gueule se vend comme du pudding.

Il est alors le temps de faire plaisir aux collègues en déployant Ti-chien, une instrumentale polyrythmique aux accents de jazz et de prog, s’y démarquent les jazzmen du quintette – Tellier, Thouin et Bergé.

Tant qu’à être canin, voici l’histoire du chien Robeur qui s’ennuie et qui déguerpit jusqu’au rang 6 avant d’être repéré par son maître, autre stoner rock au tempo lent, assorti de merveilleux ponts.

Nous voilà à Chateaubriand, le filet mignon fantasmé par la traversée du désert sur fond d’un folk americana haché tartare par des beats de plus en plus costauds dont Alain Bergé a le secret.

Et re-country au petit trot, évocation d’une Dérape se concluant par un bon café qui chasse les mauvais esprits.

Un peu plus tard, le récit d’une autre dérape s’avère moins hop-la-vie, elle immerge la face du narrateur dans un bassin de Scotch , triste brosse d’un mec sans compagne,  ça file un mauvais coton. Le narrateur doit rentrer en taxi, l’harmonica plaintif se fond dans le prog-rock archi-saturé, nous sommes touchés par le dialogue entre les guitares et la basse, soutenus par des claviers impressionnistes et un beat on ne peu plus viril.

Une fois l’album entièrement joué, le quintette de Fred Fortin enchaîne une autre dizaine de ses classiques au grand plaisir de ses fans de la première ligne, complétant le tout par trois rappels, deux acoustiques et une dernière pour la route avec formation complète, la Loi du chocolat.

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country / folk / rap emo / rock

Francos | GreenWoodz, l’aura d’une rockstar

par Jacob Langlois-Pelletier

Malgré un changement de direction vers un son plus folk et posé sur son plus récent album, GreenWoodz avait promis un « méchant party » pour sa soirée de lancement. Promesse tenue : le rappeur a enflammé le Studio TD, enchaînant ses nouveaux morceaux sans oublier ses classiques.

Dès son entrée, le natif de Mandeville se montre charismatique à souhait. Arborant une veste en cuir et un jean, GreenWoodz possède l’aura d’une rockstar. Et qui dit rockstar dit public en haleine : du début à la fin, les spectateurs agglutinés devant la scène chantaient mot pour mot chacune de ses pièces.

Le constat est frappant : il entretient une connexion spéciale avec celles et ceux qui l’écoutent. Le lancement prend rapidement des allures de grande soirée entre amis. Tout au long de la fête, il multiplie les échanges avec les gens sur place, allant même jusqu’à descendre dans la salle à deux reprises — notamment pour l’excellente Lucifer, tirée de son nouvel opus.

À ses côtés, on retrouvait un batteur, un guitariste alternant entre électrique et acoustique, ainsi que Cook Da Beatz, DJ et complice de longue date. C’est sur scène que se révèle pleinement l’influence emo-rap qui traverse sa discographie. Mélancolie, amour et tristesse sont au rendez-vous.

À mi-parcours, GreenWoodz s’approche du public et s’assoit sur un petit tabouret. Il s’apprête à interpréter Tommy, un poignant hommage à un ami parti trop tôt. Éclairé par les lampes de poche des téléphones, le rappeur de 7ième Ciel livre ce morceau d’une main de maître, donnant vie à l’un des moments les plus émouvants de la soirée.

Les fans présents au Studio TD ont également eu droit à quatre invités de taille. Shreez, Rymz, Souldia et Aswell sont tous montés sur scène pour interpréter leurs collaborations respectives. La montée de ce dernier pour leur titre IDGAF a confirmé que le hip-hop d’ici est entre de très bonnes mains avec ces deux hommes.

GreenWoodz a livré un spectacle généreux, vibrant et sans faux pas. Un lancement à l’image de son évolution.

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