renseignements supplémentaires
Sous le titre Ashwaaq | Taqasim à la trompette, le Festival du Monde Arabe nous présentera un concert créé par Amir ElSaffar, un trompettiste américain qui s’efforce, depuis plus de 20 ans, de créer une musique unique, qui fusionne le jazz, la musique maqâm irakienne et les influences classiques. Ce concert réunira le chanteur syrien Khaled Al-Hafez, un quatuor à cordes new-yorkais et Amir ElSaffar, qui jouera de la trompette et du santour, un instrument à cordes typique de l’Iraq et de l’Iran. Amir ElSaffar a une longue feuille de route derrière lui. Notre collaborateur Michel Labrecque s’est entretenu avec lui.
PANM360: Amir, je dois vous avouer qu’avant la journée d’hier, je n’avais aucune idée de votre existence. Entretemps, j’ai écouté plusieurs heures de vos albums et j’ai découvert une musique plurielle et incroyable. Racontez-nous un peu votre parcours musical. Vous avez grandi à Chicago d’une mère américaine et d’un père irakien, et la musique est arrivée assez tôt.
Amir ElSaffar: Ça a constitué un long parcours. À la maison, on écoutait beaucoup de jazz, de blues et de musiques noires. À 7 ans, j’ai commencé à apprendre la trompette, mais je n’ai pas vraiment aimé ça. J’ai commencé à jouer de la guitare et ,au début de l’adolescence, j’ai fait partie d’un groupe rock qui jouait les Beatles et les Rolling Stones. Ce qui m’a mené au blues et à Jimi Hendrix. Puis un jour à l’âge de 14 ans, j’ai entendu Miles Davis à la trompette. Et j’ai été émerveillé. Ce qui m’a ramené à la trompette. J’ai fait dix ans d’études en classique et en jazz. Par la suite, j’ai déménagé à New-York, c’est là que j’ai commencé à creuser dans mes origines arabes et irakiennes.
PANM360: C’est ce qui vous a amené à séjourner à Bagdad en Irak, en 2002, pour approfondir la maqâm, cette musique particulière à l’Irak ?
Amir ElSaffar: J’avais entendu parler du maqâm à New-York, ce terme est utilisé dans la musique turque et iranienne, mais il existe un maqâm typiquement irakien, que j’ignorais. Je suis arrivé à Bagdad dans un climat post 11 septembre et juste avant la guerre américaine, il y avait beaucoup de tensions. Je me suis dit qu’il fallait y aller tout de suite, parce qu’après l’invasion américaine, on ne savait pas ce qui allait se passer. Avec le recul je me rends compte que c’était une bonne idée, car cette culture a été réduite depuis la guerre. J’ai découvert une musique très riche, qui est à la fois structurée mais qui permet une semi-improvisation. J’ai appris le santour et la musique avec des grands maîtres et j’y retourne occasionnellement depuis. Mais ce n’est plus tout-à-fait pareil.
PANM360: Le maqâm est aussi une musique microtonale. Je ne sais pas si vous savez, mais ici, au Québec, nous avons découvert ce genre à travers un groupe rock qui s’appelle Angine de Poitrine, dont un membre joue de la guitare microtonale. Peut-être que ça va ouvrir les oreilles d’un nouveau public à ce type de musique. À Montréal, on trouve aussi des musiciens d’Iran et d’ailleurs qui explorent cette réalité.
Amir ElSaffar: Ah oui, j’ai entendu parler de ce groupe. Il est très célèbre maintenant. Ils sont très cool. J’ai adapté mon son de trompette à la musique microtonale, ce qui a été très important pour ma musique.
PANM360: Au long de votre carrière, vous avez joué avec des musiciens de jazz aussi variés que Cecil Taylor et Vijay Iver. Récemment, vous avez joué avec des musiciens électroniques. Vous avez joué autant avec des musiciens indiens de raga qu’avec des artistes flamenco. C’est une ouverture fascinante! Mais si on devait juste mettre de l’avant un projet qui résume le mieux votre musique, vous choisiriez quoi ?
Amir ElSaffar: Je pense que les projets qui résument le mieux ma vision musicale sont le Two Rivers Band, un ensemble de six musiciens, à la fois Américains et Palestiniens, c’est mon groupe principal depuis 20 ans. Et il y a l’expansion de ce groupe dans un « orchestre » de 17 musiciens, qui s’appelle Rivers of Sound. Nous avons produit deux albums en 2015 et 2021. Nous devrions en faire un autre en 2028. Vous savez, c’est compliqué de réunir 17 personnes qui ont leur propre carrière.
PANM360: Je suis content que vous en parliez parce que Rivers of Sound était mon choix personnel. J’ai été ébloui quand j’ai entendu cela, hier. On y découvre une musique d’une grande complexité, mais avec un sens profond de la mélodie. On y entend autant du violoncelle que du oud, du vibraphone que du buzuk ou encore du saxophone et bien sûr de la trompette et du santour.
Amir ElSaffar: La musique peut être complexe car la vie l’est, non? Mais il ne faut pas que la complexité devienne le point d’intérêt principal. Il faut que les gens apprécient et prennent plaisir à l’écoute. Pour moi, ce projet est aussi une collaboration profonde avec des musiciens que j’apprécie, qui proviennent de champs musicaux tellement différents et qui communiquent ensemble.
PANM360: Venons en maintenant au concert que vous allez présenter le 4 novembre à la Cinquième Salle de la Place des Arts de Montréal. Ça s’intitule Ashwaaq | Taqasim à la trompette. C’est une de vos créations, qui met de l’avant un chanteur, un quatuor à cordes et vous, à la trompette et au santour. Qu’allons-nous entendre ?
Amir ElSaffar: Aswaaq signifie désirs en arabe irakien, c’est un morceau basé sur la poésie d’un grand maître soufi du 12e et 13e siècle, Ibn Arabi. Il a écrit des dizaines de milliers de pages, il était très prolifique. Le texte que nous reprenons est un hymne mystique à l’amour. J’ai choisi sept poèmes et je les ai mis en musique avec un quatuor à cordes et un chanteur. Cette création a été réalisée il y a une dizaine d’années lors d’une résidence en France. L’an dernier, j’ai eu le goût de reprendre et d’enregistrer cette création.Le chanteur syrien Khaled Al-Hafez était au Festival du monde arabe chez vous l’an dernier, je l’ai fait venir à New-York et nous avons recommencé à travailler sur Ashwaaq avec un quatuor. C’est vraiment un mélange de tonalités orientales microtonales, mais aussi de polyphonie et de contretemps occidentaux. L’album va sortir très bientôt. Donc, ce concert à Montréal constituera une sorte de première, de célébration. En plus de cette réinterprétation, vous entendrez deux autres pièces, Taqasim à la trompette, une pièce que j’ai complètement réarrangée pour que le quatuor à cordes puisse s’intégrer. Par la suite nous ferons de la musique plus populaire d’Alep, en Syrie, que sans doute, plusieurs spectateurs vont reconnaître s’ils viennent de cette partie du monde.
PANM360: Vous jouerez à la fois de la trompette et du santour, cet instrument à cordes frappées traditionnel de 72 cordes, j’adore le son de ces instruments de cette région, comme le qanûn. Ils ont un son incomparable. Êtes-vous la seule personne au monde qui joue à la fois de la trompette et ce type d’instrument? (Rires)
Amir ElSaffar: Je n’en connais pas d’autres, mais on ne sait pas. Il est vrai que ces instruments ont une identité et un son cristallin très particulier.
PANM360: Merci beaucoup Amir et au plaisir de vous entendre à Montréal.























