Choses Sauvages : après le disque 1 vient le disque 2

Entrevue réalisée par Maude Bélair
Genres et styles : disco / électro-pop / funk / krautpop / krautrock

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Quoi de mieux que de voir Choses Sauvages en spectacle pour y lâcher son fou? Avec la parution d’un premier album en 2018, on a vite su que le groupe était capable de donner tout un show. Alors que l’écoute de l’album était enveloppante, presque cosmique, l’univers du spectacle était davantage ancré dans une performance d’attitude punk, propulsée par une foule endiablée sur le plancher de danse. L’énergie du quintette était  incomparable. 

Tous amis de longue date, les membres de la troupe sont réputés polyvalents et, surtout, de véritables passionnés de musique. Pour Félix Bélisle (voix, basse), Marc-Antoine Barbier (guitare, saxophone), Tommy Bélisle (claviers), Thierry Malépart (guitare, claviers) et Philippe Gauthier Boudreau (batterie, percussions), la suite des choses était déjà bien claire.

Que vient après un premier album? Un deuxième! 

La sortie de Choses Sauvages II, le 15 octobre, nous a montré de quoi la troupe était capable. Sans renier leur son disco-funk-groovy, les garçons ont décidé de se laisser aller davantage : synthétiseurs à souhait, directions plutôt expérimentales et, surtout, le choix de rejeter les formats radiophoniques. Mijotées dans l’ordi et les synthés analogiques, les chansons sont plutôt longues, la plupart de cinq à huit minutes. Et revoilà le groupe prêt à penser la suite sur scène, soit un événement à ne pas manquer. 

Sur le dernier titre de l’album, nous pouvons entendre « Laissez la musique effacer doucement les tensions de la nuque, de la mâchoire, des yeux et du front », paroles tirées d’un album de relaxation québécois paru en 1982. Alors? Anxieux.se? Inquièt.e? Pourquoi ne pas suivre le conseil comme s’il s’agissait aussi d’une invitation à la danse? Après tout, la danse n’est-elle pas un excellent remède aux chagrins saisonniers? 

Voilà pourquoi PAN M 360 vient à la rencontre de Félix Bélisle, chanteur de la formation. Nous parlons  de « kraut », de culture trash… de Choses Sauvages II

PAN M 360 : Depuis la parution de II, vous avez maintes et maintes fois souligné l’apport de Samuel Gemme à la coréalisation de l’album. En quoi son travail vous a été précieux? 

Félix : Samuel est un gear head : il est beaucoup dans le hardware, il achète beaucoup de compresseurs et il aime particulièrement le style rétro. Nous avions déjà travaillé avec lui pour L’or et l’argent, ainsi qu’Apophis, nous le connaissons donc assez bien… Et aussi, il ne se gêne jamais pour proposer de nouvelles idées, de nouvelles pistes et il nous pige bien. Il nous a aidé à réaliser l’album dans la mesure où il a travaillé sur l’édition des chansons, il nous aidait souvent à les voir sous un autre jour, d’ailleurs, à capter des choses qu’on ne voyait plus à force de travailler dessus. Selon moi, Samuel est le sixième membre de Choses Sauvages.

PAN M 360 : Comment s’est déroulée la période de création? 

Félix Bélisle : Nous nous sommes organisé un petit studio dans notre local de pratique. Cela nous permettait de travailler à partir des ordinateurs plus rapidement, afin d’essayer de nouvelles affaires. Nous avons réalisé que l’ordinateur est vraiment un bon outil de création, qu’il peut vraiment nous aider à voir les choses de manière différente. Et ce qui est différent cette fois-ci, c’est que tout le monde a pris le temps de toucher à tout. J’ai joué du clavier, j’ai joué de la basse, j’ai chanté… Donc, je ne crois pas que II soit plus léché, mais nous avons pris le temps d’essayer des trucs, de faire des erreurs… 

PAN M 360 : D’ailleurs, ta voix est moins centrale dans le deuxième album! Les chansons sont plus longues, plus instrumentales… Pourquoi avoir pris ce recul du micro?

Félix Bélisle : L’énergie de ce disque s’inscrit vraiment dans le live, dans la performance. Nous avons réalisé que l’esthétique du premier album ne représentait pas bien ce que nous faisions sur scène… Les gens qui venaient assister au spectacle, après avoir écouté l’album, étaient parfois surpris de voir cette énergie punk dans la salle! Aussi, nous apprécions tous énormément la musique électronique et la musique où l’instrumental prime. C’est donc le chemin que nous avons choisi d’emprunter. Pour ce qui est de ma voix, elle a sa place quand elle a sa place. Il n’y a pas d’ego là-dedans et il n’y en aura jamais. Ma voix, c’est un instrument parmi les autres. 

PAN M 360 : Pour plusieurs, Choses Sauvages est considéré comme le groupe funk-disco-électro-pop de Montréal… Avez-vous parfois l’impression que vous ne pourrez jamais faire autre chose que ça? 

Félix Bélisle : Non. Déjà, je trouve que ce deuxième album est très différent du premier. À mon sens, cela prouve que nous ne sommes pas enfermés dans une boîte. Et il faut comprendre que le disque est une chose, que le spectacle en est une autre. Et nous avons choisi de composer des chansons qu’on aime… et pas pour plaire à un auditoire. On nous a demandé  à plusieurs reprises : « Pourquoi ne pas faire plus de chansons en mode single ? » et…  la réponse était simplement que nous n’en avions pas envie. 

PAN M 360 : Vous parlez beaucoup de kosmische musik… Qu’est-ce que c’est, en fait? 

Félix Bélisle : La kosmische musik est la nouvelle appellation du krautock, dans la mesure où le terme « kraut » était devenu péjoratif envers les Allemand.e.s. En fait, le krautock est la période où les instruments électroniques commençaient à être utilisés en Allemagne. Et cette période a beaucoup influencé la musique électronique en général. C’est un son très loopy, très aérien, et on peut penser à des groupes tels  Tangerine Dream, Neu, Can… Finalement, ce n’est pas vraiment un genre, mais plutôt une période. Nous nous sommes beaucoup inspirés de cette période où, justement, les gens se foutaient de la longueur des chansons et aimaient jammer pour le plaisir. 

PAN M 360 : Le lancement de votre deuxième album est prévu pour le 4 février prochain. Qu’allez-vous faire s’il est toujours interdit de danser dans les salles de spectacle? 

Félix Bélisle : Le lancement était initialement prévu le 29 octobre! Et la seule et unique raison pour laquelle nous l’avons repoussé est la suivante : nous refusons de jouer devant des gens assis. Et quand les gens assistent à un spectacle de Choses Sauvages, ils doivent pouvoir danser et trasher un peu. Sinon, cela ne sert à rien. Et si les mesures sanitaires ne sont toujours pas levées lors du 4 février, nous allons encore repousser. Aussi simple que ça.   Nous voulons jouer devant 700 personnes et donner une performance en bonne et due forme. 

PAN M 360 : Vous vous définissez comme un groupe pop québécois champ gauche… Plusieurs artistes québécois se sont d’ailleurs particulièrement inscrits dans cette lignée ; pensons à Hubert Lenoir ou encore Les Louanges… Comment vois-tu l’avenir du champ gauche  au Québec? 

Félix Bélisle : Choses Sauvages n’a pas réinventé la roue, et je ne pense pas que ni Hubert ni Vincent ne l’on fait non plus. Hubert avait fait un album très 70’s rock avant Pictura de Ipse, alors que Vincent a un son très emprunté au R&B américain. Donc, il est vrai que ces deux projets étaient assez nouveaux au Québec, mais de nouvelles branches de pop se créent chaque année. Le Québec est très fier de sa langue : quand tes chansons n’étaient pas des chansons à texte, c’était plus dur de percer auparavant. Mais nous avons décidé de former un groupe et de produire de la musique qui n’était pas encore à la mode. Finalement, tout a été correct pour nous. 

PAN M 360 : Pourquoi  pas vos albums n’ont pas de titre? 

Félix Bélisle : Ça ne nous tente pas. C’est déjà assez difficile de trouver des noms aux chansons, ce serait pire de devoir trouver des noms d’albums en plus. Après le disque I vient le disque II. Assez simple, merci.

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