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Nommée parmi les « 30 musiciens classiques canadiens de moins de 30 ans les plus en vue » par la CBC, la pianiste Chloé Dumoulin s’impose comme l’une des artistes les plus prometteuses de sa génération. Avec un style sensible, magistral et profondément expressif, elle est reconnue pour sa « maîtrise impressionnante de l’instrument, avec un son qui ne dérange jamais l’auditeur, même dans les fortissimos » (Le Soleil), et est « une artiste qui a vraiment quelque chose à dire ». Notre collaborateur Jeremy Fortin a pu s’entretenir avec Chloé pour PAN M 360 à quelques jours de sa performance tant attendue.
PAN M 360 : Le concert Transfiguration que tu présenteras samedi accompagné d’un quatuor à cordes, ainsi qu’un ensemble modulaire, tourne principalement autour des Préludes pour piano de Chopin. Est-ce que tu peux me parler un peu de ce désir de prendre des pièces comme les Préludes et d’y inclure un quatuor à cordes, des ondes Martenot, un synthétiseur modulaire?
Chloé Dumoulin : En fait, ce n’est pas mon idée originale à moi. C’est Thibault du Collectif Neuf qui m’a approchée pour faire partie de ce projet-là. Mais c’est sûr que c’est quelque chose qui me parle énormément parce que les Préludes de Chopin, on le sait bien, ce sont quand même des œuvres qui ont été interprétées des millions de fois.
Je crois donc qu’avoir l’occasion de les travailler pour les redécouvrir à travers différents sons est vraiment unique. Les premières répétitions, je me rappellerai toujours du choc que j’ai eu quand on faisait le deuxième prélude, qui est plutôt triste et qui comporte seulement des accords et une mélodie soutenue. L’onde Martenot soutient ma ligne en m’accompagnant, ce qui a créé une espèce d’aura sonore, unique et vraiment spéciale. Ça me rappelait presque Radiohead.
Je me suis dit « Wow, quand même! » D’emmener Chopin jusque-là, tout en gardant un aspect tellement naturel, car je joue les préludes tout à fait comme c’est écrit. C’est comme une nouvelle forme d’amplification musicale. Moi, je trouve ça vraiment super. Et certains Préludes sont conservés pour piano seul, Il y a donc cette relation-là entre l’œuvre originale, puis la nouvelle version. Je pense que ça vaut le détour.
PAN M 360 : Justement, dans l’arrangement, comment ça marche? Est-ce que ce sont des voix qui sont redoublées, par exemple, pendant que tu joues la partie principale, ou est-ce que tu enlèves des éléments pour laisser plus de place aux autres instruments?
Chloé Dumoulin : Oui, ça varie beaucoup. Il y a certains préludes qui sont remplacés complètement, par soit le quatuor à cordes, ou le quatuor à cordes et synthétiseurs/Ondes Martenot, ou juste des synthétiseurs/Ondes Martenot.
Sinon, par exemple, il y en a que c’est piano et quatuor à cordes, où il y a quelques notes qui ont été enlevées parfois de la partie piano comme tu l’as souligné, pour que ça soit ajouté aux cordes, pour créer de nouvelles textures. Mais parfois, je joue vraiment tel quel, puis c’est seulement un ajout, donc quelquefois pour souligner un motif rythmique important, par exemple.
Comment Thibault a fait les arrangements, ça a vraiment créé différentes caractéristiques, si on veut, à ce que le quatuor à cordes peut apporter au piano. Puis, c’est la même chose pour le synthétiseur et les ondes Martenot, ils ont vraiment des rôles différents. Là, ils vont plus aller colorer, souvent ils vont imiter, par exemple, ce que je fais.
L’onde Martenot va me doubler dans certains préludes, quelquefois prendre vraiment juste un tout petit motif de la partie piano, puis le mettre un peu partout en décoration. Ou créer un nouveau motif, ils ont vraiment ajouté des nouveaux sons, parce que le caractère de ce prélude-là inspirait une telle image. Je pense qu’il y a un bon équilibre là-dedans justement, pour pas que ce soit redondant, parce que c’était ça un des soucis je crois, que chaque prélude ait son instrumentation unique, puis sa manière de parler qui soit propre au prélude.
PAN M 360 : C’est quand même un projet qui est vraiment cool. C’est vraiment une approche novatrice sur des morceaux pour piano qui sont joués sans cesse par de nombreux artistes. Est-ce qu’il y avait une raison particulière derrière la séparation des blocs de prélude? Est-ce que c’est arrivé plutôt naturellement?
Chloé Dumoulin : Je vais être honnête, ça n’a pas été ma décision, mais j’ai l’impression que parfois c’est que ces choses-là, elles se sentent, puis on le sait quand un prélude doit suivre l’autre, qu’on aurait besoin d’une pause pour aller ailleurs, puis revenir. Donc, selon moi, mon intuition serait que la décision a été prise comme ça, d’intuition musicale vraiment et personnellement, je l’aurais placé au même endroit et tout cela fait beaucoup de sens.
PAN M 360 : Les Préludes sont intercalés de pièces de la compositrice Dobrinka Tabakova, peux-tu me parler un peu de cette compositrice et des pièces que vous allez jouer samedi?
Chloé Dumoulin : Personnellement, j’adore la musique de Tabakova, ce n’est pas la première fois que j’en joue et je trouve que ça fonctionne étonnamment très bien avec les préludes, même si évidemment on n’est pas du tout dans le même langage, il y a quand même un bon dialogue qui se fait entre Chopin et Tabakova
Je joue dans juste une des trois pièces, parce que ce n’est pas tout avec le piano, ce qui me donne une petite pause. Je pense qu’il y avait peut-être un peu de ça dans la pensée du concert, parce que sinon, je joue presque sans arrêt. Il y a « Frozen River Flows », qui est pour violon, contrebasse et synthétiseur, puis « Whispered Lullaby », pour alto et piano et « Insight », pour violon, alto et violoncelle.
« Whispered Lullaby », dans lequel je joue, c’est une pièce très atmosphérique. C’est drôle parce que je ne suis jamais allée au Bic, mais de ce qu’on m’a dit, des environnements, du paysage, je peux juste imaginer que ça reflète exactement l’ambiance de la pièce, un moment où le temps s’arrête. Je trouve que Tabakova, c’est quand même une compositrice vraiment intéressante parce que moi, la dernière fois que j’en avais joué, c’était aussi alto et piano, mais pour une pièce nommée « Sweet and Jazz », qui est un univers complètement différent et ça montre que c’est une compositrice qui est vraiment investie dans son univers. Quand elle a une image et un univers spécifiques, elle y va à fond et c’est vraiment très expressif, très communicatif ce qu’elle fait.Je trouve que c’est une musique qui est facile pour les musiciens à comprendre, à se mettre dedans et qui nous parle facilement, et puis elle est encore vivante et jeune, on est allé à la même école à Londres. C’est vraiment une compositrice que j’admire beaucoup et qui écrit beaucoup de commandes pour des musiciens actuels.
PAN M 360 : Peux-tu me parler un peu de la collaboration entre les différents instrumentistes, étant donné que nous ne sommes pas dans des effectifs traditionnels, comment a été ton expérience avec cela?
Chloé Dumoulin : Tellement bien, mais c’est parce que c’est tellement des humains fantastiques pour commencer. J’ai d’abord travaillé uniquement avec l’équipe du synthétiseur et des Ondes Martenot parce que certains préludes sont seulement composés de ce trio-là.
Daniel, qui est aux Ondes Martenot, c’est un pianiste de formation, donc je le connaissais déjà. Je pense qu’on avait donc déjà ce partage d’univers et d’intérêts musicaux assez semblables. Puis Pierre-Luc, au synthétiseur, travaille tellement bien avec Daniel. Je sais qu’ils travaillent beaucoup ensemble, les deux comme duo.
À ce niveau-là, c’est juste vraiment super naturel. La communication était bonne. Tout le monde rebondissait et donnait des idées, on était beaucoup dans l’exploration, c’est sûr, parce qu’on travaillait avec quelque chose de très concret, comme la partition de Chopin, tout en travaillant avec l’univers vraiment abstrait du synthétiseur et des Ondes Martenot, qui est vraiment plus astral et spectral. Je pense que c’était juste comme d’échanger des idées comme ça, c’était vraiment très naturel.
Puis Thibault, qui est au Collectif Neuf et directeur du Festival du BIC, était là un peu pour chapeauter les répétitions, avoir un peu un œil extérieur, parce que c’est quand même ses arrangements et son projet. C’était le fun d’avoir cette perspective-là de quelqu’un qui pouvait entendre le tout et donner ses commentaires.
Puis les membres du quatuor se sont joints et, encore une fois, c’est des musiciens qui ont vraiment l’habitude de travailler ensemble et qui sont vraiment super agréables, super faciles. Je travaille vraiment très souvent avec des instruments artistes à cordes, donc c’est vraiment un langage que je comprends bien. Je pense qu’eux aussi ont l’habitude de jouer avec piano quand même. Honnêtement, ça a été vraiment une collaboration très naturelle.
Je pense que tout le monde veut la même chose. Tout le monde veut que ça soit bien. Tout le monde veut rendre le meilleur arrangement possible et le meilleur concert possible.






















