May Wells: battante, inspirée, émancipée

Entrevue réalisée par Alain Brunet

Son profil ne souscrit pas exactement aux critères du palmarès, elle demeure compétitive et affirmée. May Wells n’a attendu personne pour faire valoir son talent de l’accroche et du vers d’oreille. Son cœur a beau battre avec le soutien d’un stimulateur cardiaque, il demeure gros comme ça et il pompe sans relâche une réelle inspiration.

Une vraie battante! 

May Wells combat l’adversité depuis longtemps et parvient à la neutraliser en faisant elle-même évoluer sa carrière de chanteuse pop, mais aussi d’autrice, de compositrice, de productrice. 

Émancipation, un album francophone tout frais, fondé sur des rythmiques afrobeats et reggaeton avec attitude rock, est une autre illustration de sa sa force. De son opiniâtreté. De sa lumière.

PAN M 360 vous invite à lire cette conversation réalisée par Alain Brunet, un soir de mai, soir de lancement.

PAN M 360 : May Wells ?  Pourquoi ce nom d’artiste francophone?

May Wells : Parce que c’est mon nom sur le baptistère.

PAN M 360 : C’est votre vrai nom?

May Wells :  Oui. Ma mère se nomme Sandra Wells. C’est le nom qu’on m’a donné. J’ai (entre autres) des racines d’Irlande et du Royaume-Uni.

PAN M 360 : Donc, tu viens de Montréal?

May Wells :  Oui, je viens de Montréal, Rive-Nord.  

PAN M 360. Tu fais de l’autoproduction depuis longtemps?

May Wells : Depuis 17 ans. J’ai commencé à 16, j’ai 33 ans. 

PAN M 360 : La pop est souvent fondée sur la jeunesse et la sexyness extrême, mais il y a toujours moyen de déjouer les pronostics.

May Wells : C’est encore le temps pour moi, je crois.  Je suis ma propre boss,  personne ne va me dire que je n’ai plus ma place. Arrêter, ça n’existe pas dans ma tête. Je fais ça depuis 17 ans, je suis encore passionnée par la musique.

PAN M 360 : Pourquoi s’arrêter? L’inspiration n’a pas d’âge.

May Wells : J’avais un band, The Garlics. Quand on a commencé, on avait 16 ans, on faisait du pop-rock ou pop punk. On a eu des tounes à la radio. Depuis 2012, en fait, j’ai des chansons qui jouent à la radio , au Québec, au Canada, en Europe francophone. On avait ouvert pour Simple Plan en 2015. Ça fait qu’on a fait un peu notre école. Puis, en 2016, le groupe s’est dissout, j’ai continué en solo.

PAN M 360 : Tu  as fait combien de projets comme l’EP que je viens d’écouter trois fois? 

May Wells : J’ai sorti 28 singles radio depuis 2012. 

PAN M 360 : Essentiellement, tu fais de la pop FM, c’est bien ça?

May Wells :  Pas tout à fait. Oui, je suis devenue davantage une fille de singles. Mais on avait sorti trois albums avec le band The Garlics. En solo, j’ai sorti un album en 2024, Ad Astra, qui réunissait des singles. J’ai sorti deux Eps depuis, donc celui dont il est ici question.

PAN M 360 :  Tu as gagné ta vie avec la musique destinée à la FM, en fait? 

May Wells : Naturellement, j’aime la pop. Je suis bénie d’avoir eu la chance de m’y bien sentir, le son que j’ai développé fonctionnait avec les radios. J’aime les  hooks!

PAN M 360 : Tu t’es bien adaptée!  Le son de to EP Émancipation, c’est quand même une esthétique différente de la pop-rock! 

May Wells : À la base, je suis une musicienne. Je suis guitariste, je suis aussi  productrice,  je  joue des claviers et je connais la production électronique, je crée les beats, etc.C’est vraiment « bosse, bosse, bosse ». Je ne ferais ça depuis aussi longtemps si je n’étais pas une fan de musique. J’aime plusieurs styles, je suis fan de musique classique et de bandes originales pour le cinéma – je suis une grande fan de Jóhann Jóhannsson malheureusement décédé. Je suis également très fan du compositeur Bear McCreary .J’aime découvrir de nouvelles sonorités, j’aime deviner les instruments employés. Adolescente, j’ai fait de l’orchestre, je jouais de la flûte traversière.  J’aime vraiment la musique!

PAN M 360 : On voit que tu accordes beaucoup de soins à tes productions!

May Wells :  Même si je fais de la pop plus commerciale, je fais très attention au sound design. C’est ma signature en tant que musicienne, il faut que ce soit bon!

PAN M 360 : Lorsqu’on écoute tes enregistrements précédents, on observe que ta proposition a vraiment changé au fil des ans

May Wells : Merci! Montréal a changé, la musique s’est diversifiée, j’ai maintenant des amis de plusieurs origines et ça paraît dans ma musique qui emprunte différentes avenues. Je me laisse influencer par le monde autour de moi, je ne reste pas collée aux projets pop-rock de mes 16 ans. 

PAN M 360 :  Là, ce n’est pas pop rock du tout!

May Wells : Exactement!  Mes amis haïtiens et africains m’ont ouverte à d’autres musiques, notamment, un des producteurs avec qui je travaille est Guadeloupéen. C’est Montréal!  J’aime travailler avec du monde plus urban et ramener cette vibe d’un jam. Les énergies qui se mettent ensemble, j’adore! C’est pour ça que je pense que mes tounes sont bonnes.

Je suis d’abord une music lover. La business de la musique a vraiment changé, je n’aurais pu  faire autant d’années sans cette passion.

PAN M 360 : Eh oui… L’industrie de la musique s’est écroulée, il faut généralement ne compter que sur ses propres moyens.

May Wells :  Je pense que j’étais déjà avant-gardiste il y a longtemps parce que j’ai toujours géré ma musique comme ma propre entreprise. J’étais dans le modèle d’affaires dès mes débuts. J’ai mon équipe de production, j’ai le même guitariste depuis 10 ans, j’emploie toujours de très bons musiciens.  Je prends soin de mon monde, c’est naturel pour moi de constituer une famille. Les gens que j’embauche deviennent mes amis,  c’est précieux, c’est important.

PAN M 360 : Dans la pop, les textures sont très importantes pour se démarquer parce que les chansons sont généralement construites sur des charpentes similaires.

May Wells : Exactement.  

PAN M 360 : J’ai aussi observé que ta voix peut être douce et feutrée, mais aussi elle peut gagner beaucoup en puissance, ce que j’ai constaté à tes tests de son!

May Wells :  C’est le fun de savoir que le monde le remarque. Longtemps, j’ai travaillé ma voix comme un tone de guitare avec des pédales d’effet me permettant d’être créative. La voix devient alors un instrument en soi dans la prod, une couche originale dans le mix. Donc ma voix fait partie du son général et n’est pas toujours mixée en avant comme dans la pop-rock. Je suis contente que tu l’aies remarqué. 

PAN M 360 : Mais pourquoi  n’exploites-tu pas du tout ta puissance vocale dans tes nouvelles chansons ? 

May Wells : Il y a des tounes qui s’en viennent! C’est un EP, le projet n’est pas tout sorti. 

Mais je pense que c’est une question d’équilibre. Si j’étais toujours full pin vocalement, ça serait trop. Dans la vie, c’est toujours une question d’équilibre.

PAN M 360 : Explique-nous le choix thématique d’Émancipation.

May Wells : Le texte dirige tout. Moi, quand j’ai commencé le projet, j’avais une  liste de thèmes que je voulais adapter à mes prochaines chansons. Le thème émancipation s’est imposé : émancipation amoureuse parce que c’est là que j’étais dans ma vie, un peu mélancolique. J’ai commencé à écrire sur ce thème après avoir passé une soirée avec un gars. Je me suis mise à l’ordi puis le texte est sorti. C’est le texte qui dirige tout dans mes chansons. Puis j’ai travaillé avec 4 beatmakers en plus de moi-même. En prod, je travaille aussi chez moi à Terrebonne.

PAN M 360 : L’émancipation est très clairement thème central de cet EP. 

May Wells : Ça l’est devenu. Puis quand je racontais un peu mon histoire au début du processus, je trouvais que je m’étais émancipée amoureusement. Je me sentais confiante, je me sentais bien. Mais c’est aussi un sentiment de mélancolie parce que je n’ai personne autour de moi, à l’âge que j’ai, qui continue de croire en ses rêves.Toutes les thématiques autour de cet EP, c’est l’émancipation : présente, future, amoureuse, sexuelle, créative.

PAN M 360 : Sans inhibition. 

May Wells : Plus besoin de se taire, aussi dans les zone de gris qui touchent l’émancipation, d’où la mélancolie. 

PAN M 360 : Tes capacités intellectuelles sont indéniables, tu as aussi un parcours universitaire en plus de mener ta barque dans la musique!

May Wells :  Oui, j’ai deux baccalauréats, un en communication et un autre en droit. Je n’ai pas fait le Barreau… pour l’instant. 

PAN  M 360 : Tu pourrais le passer!

May Wells : Plus tard! En tout cas, je m’adresse à l’intelligence  des gens. Je ne suis pas capable d’avoir des caves autour de moi! C’est important que le monde qui m’écoute soit un reflet de mes valeurs. Mon public est intelligent et mon public comprend 100 % de ce que je dis et ce que je chante. J’ai un noyau dur d’une centaine de fans qui me suivent partout où je me produis. 

PAN M 360 : La pop culture est généralement impitoyable, ta façon de faire est pourtant différente et tu parviens quand même à tirer ton épingle du jeu!

May Wells : Moi, je n’étais jamais été la fille sur laquelle on misait j’étais trop curvy pour la  pop, pas assez belle m’a-t-on déjà dit. Donc, je suis dit que je n’attendrais pas qu’on me valide. Je le ferais moi-même ! Au fond, ça a été une bénédiction qu’on me dise, parce que je l’ai juste fait pareil. Quand on me met des bâtons dans les roues, je me procure de plus grosses roues!

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