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Les saxophonistes Jean-Marc Bouchard et Marie-Chantal Leclerc, tous deux membres fondateurs du Quatuor Quasar, nous entretiennent ici d’une série électroacoustique poursuivie annuellement et cette fois présenté au Music Multimedia Room du Center for the Interdisciplinary Research in Music, Media and Technology (CRMMT, prononcer kermit comme la célébrissime grenouille des Muppets) situé au sous-sol de l’école de musique Schulich de l’Université McGill.
Quasar présente ainsi quatre créations pour saxophones et dispositifs électroacoustiques audio et vidéo. Quatre composi·teur·trice·s ont été choisis par Quasar pour mener à bien cet atelier public prévu le jeudi 23 avril et un concert final prévu le lendemain, le vendredi 24 avril. Ces deux programmes sont présentés de concert avec le groupe Le Vivier, il va sans dire.
PAN M 360 : Alors donc, c’est un atelier qui est ouvert au public. Vous allez nous expliquer les tenants et aboutissants de cette démarche-là qui nous emmène vers l’inconnu.
Marie-Chantal Leclair : Comme d’habitude! (rires).C’est la dixième édition de notre série électro qu’on a commencée au 21e siècle. Et depuis plusieurs éditions, on travaille en partenariat avec le CRMMT, ce qui nous permet d’optimiser les conditions de recherche et de création. Donc, comme tu le disais, c’est un des lieux les plus intéressants pour faire ce genre de présentation. Donc, on est vraiment contents.
PAN M 360 : C’est une très grande salle avec un plafond très élevé d’à peu près trois étages, on y trouve l’acousmonium le plus développé que je connaisse. Avec je ne sais combien d’enceintes acoustiques. Une soixantaine?
Jean-Marc Bouchard : Il y en a 64.
Marie-Chantal Leclair : C’est toujours très prisé. Les compositeurs et compositrices avec lesquels.les on travaille sont toujours très, très enthousiastes quand on leur dit que ça va se passer là. On a fait une résidence de création au mois de décembre passé avec toute l’équipe. Et puis, on se retrouve les 23 et 24. En fait, le concert est le 24 avril, c’est ça? Oui. Et le 23, en fait, il y a un événement public, Ça, c’est vraiment un atelier. Donc, c’est vraiment pour les gens qui sont intéressés un peu à entrer dans les coulisses de la création, peut-être découvrir ce lieu et comment les créateurs et créatrices ont décidé de se l’approprier.
PAN M 360 : Parlez-nous de ces collaborations et de ces expériences que vous comptez mener.
Jean-Marc Bouchard : C’est dans la nature de notre projet, la série électro, de faire des ateliers de création avant les Fêtes et puis au printemps suivant, de présenter le concert. Donc, la recherche comme telle, le gros de la recherche a été fait, mais continue à se faire parce qu’on est en contact avec les compositeurs.trices et on est toujours là à leur service.
Pour nous, c’est bien important que ce soit vraiment de la recherche et de donner la chance aux compositeurs de risquer des choses. Et à ce niveau-là, on est très, très bien servi parce qu’on a quatre propositions très, très différentes qui auraient été difficilement réalisables sans avoir la chance de se tromper, sans expérimenter. Donc, à ce niveau-là, c’est très intéressant.
PAN M 360 : Ce n’est pas une répétition publique, c’est un atelier où l’on vous voit travailler avec les compositeurs, compositrices.
Jean-Marc Bouchard : À tour de rôle, les quatre compositeurs.trices vont présenter leur oeuvre finalement, résumer l’expérience qu’ils ont menée avec nous, donner les grandes lignes de ce que les gens devraient entendre. Ça va être illustré avec des exemples musicaux que nous, on sera sur place, prêts à jouer. Et le lendemain, joue fait les œuvres au grand complet.
PAN M 360 : Parlons maintenant des compositeurs.trices.
Marie-Chantal Leclair : En fait, on a une brochette internationale de compositeurs issus de différentes générations : Alithéa Ripoll de Belgique, Oliver Schneller d’Allemagne, Gordon Fitzell de Winnipeg et Corie Rose Soumah de Montréal, qui vient tout juste de terminer son doctorat à l’université Columbia. Mélanger ces différents profils de créateurs, on trouve que c’est fertile à la fois pour le public et pour nous – Corie et Alithéa sont plus jeunes.
PAN M 370 : Parlons des compositeurs.trices en particulier.
Jean-Marc Bouchard : Alithéa Ripoll a une imagination pas possible. Sa pièce a un sujet extra-musical qui a rapport à l’autodéfense, particulièrement en cas d’agression. Mais ce qui est formidable dans son projet, c’est qu’elle a réussi vraiment à… Nous, les musiciens, allons présenter des techniques d’autodéfense. Des textes aussi qui sont intégrés à l’œuvre, mais le grand défi, c’est de faire quelque chose de cohérent artistiquement avec tout ça.
Marie-Chantal Leclair : Défi relevé ! Il y a des textes, des saxophones, de l’électronique.
Jean-Marc Bouchard : Il y a aussi des casques à conduction osseuse. Le public portera ces casques et une partie de la musique en proviendra et le reste des 64 haut-parleurs. Et ça pour créer un effet de proximité et aussi un effet de distance. Ce qui est amusant aussi, c’est pour stimuler la discussion après concert, parce qu’il y aura deux choses différentes qui peuvent sortir des casques. Donc, les gens n’auront pas la même pièce.
PAN M 360 : Les spectateurs.trices écoutent peuvent donc des versions différentes en temps réel dans leur casque d’écoute?
Jean-Marc Bouchard : Exactement.
Marie-Chantal Leclair : Il y a beaucoup de théâtralité en plus, nous avons pratiqué notre autodéfense. Nous avons fait des captures de mouvement avec des simulation d’agressions, mais c’est vraiment transcendé, je dirais. On s’en vient pas pire!
PAN M 360 : L’expression anglaise saxophone battle, qu’on utilisait dans le jazz autrefois, prend un autre sens!
PAN M 360 : Passons à la pièce de Corie Rose Soumah.
Marie-Chantal Leclair : Nous ferons nos débuts au mélodica dans cette pièce pour quatuor de saxophones, projection vidéo, traitement électronique et mélodica. On a travaillé très fort pour y parvenir! Et on commence à atteindre un bon niveau au mélodica! On fait des blagues mais en fait, ça apporte une couleur étonnante. Oui, c’est un instrument jouet, mais Corie arrive vraiment à l’utiliser à bon escient.
Jean-Marc Bouchard : Et Corie est à la fine pointe de la technologie. C’est une pièce très cohérente, très bien ficelée.
Marie-Chantal Leclair : Nous en jouons tous les quatre, j’ai un solo. Il a fallu se donner la peine, parce qu’en même temps, c’est une autre façon de souffler là-dedans, ça prend plus d’air pour obtenir un résultat, par exemple. Les gestes sont simples mais très placés, très précis. Oui, puis c’est mêlé aux saxophones. Tout ça est enchevêtré avec la bande. Il y a une vidéo aussi, une vidéo sur laquelle on pourra lire des bouts de texte de la peintre et autrice Émily Carr. Il y a 14 apparitions de textes qui sont prévues.
PAN M 360 : Oliver Schneller, maintenant.
Marie-Chantal Leclair : Il est devenu un ami. On a travaillé avec lui à Düsseldorf, et puis sur d’autres projets. Ici, c’est une première commande. Oliver est un compositeur qui s’intéresse beaucoup à la musique des océans. Il a un bateau, il est aussi plongeur et il fait des prises de sons sous l’eau. Il en a fait à partir de son bateau, mais aussi de toutes sortes d’expéditions qu’il a faites. Il s’intéresse aussi aux conséquences écologiques du son humain dans les océans. Avec l’avènement du bateau à vapeur, il y a eu une cassure, on peut parler de pollution sonore en plus du reste. On parle beaucoup des déchets de plastique mais il y a aussi le son des moteurs qui génèrent de la pollution sonore. Et, contrairement à ce qu’on pense, le son voyage plus rapidement sous l’eau. Alors on va se retrouver sous l’eau, dans un environnement sous-marin recréé par le compositeur. On a hâte de se mettre la tête sous l’eau, car Oliver est un compositeur expérimenté, d’une grande maturité.
Jean-Marc Bouchard: Le MMR nous permet de créer de telles œuvres au MMR. Plusieurs œuvres présentées au MMR peuvent être diffusées en stéréo ou en quadiiphonie, mais dans ce cas-ci le compositeur a exploité intensément l’acousmonium du MMR et ses 64 enceintes.
PAN M 360 : Le quatrième et dernier au programme, Gordon Fitzell, originaire de l’Ouest canadien.
Marie-Chantal Leclair : Gordon Fitzell. Ah oui, mais ça aussi, on vient un petit peu dans le monde du théâtre. Ça porte sur les espaces liminaux, qui sont des espaces de transition physique. Par exemple, un hôpital, un stationnement, un aéroport, etc. Et il y a un petit côté rétro aussi dans la pièce de Gordon.
Jean-Marc Bouchard : La partition est fantastique. C’est vraiment… C’est très, très beau. On a chacun un saxophone, mais on a chacun un autre instrument qui nous est attitré. André joue d’un téléphone à cadran. Mathieu a deux vieux walkie-talkies avec lesquels il fait des sons. Marc-Chantal joue de la boîte à musique aussi. Et moi, je joue de la lumière de garagiste, celle qu’on accroche en dessous de la voiture, tout ça, c’est dans une rythmique.
Il y a des micro-contacts sur les petits instruments. Il y a des micro-contacts après les petits instruments. Et tout ça, c’est intégré avec les parties de saxophone et avec la vidéo, puis avec la bande aussi. Et c’est d’une grande cohérence, on sent vraiment que ça fonctionne. Très original!
Marie-Chantal : Tout est prévu à la seconde près. Et donc, ça crée une espèce de théâtre abstrait parce qu’il n’y a pas d’histoire, une trame narrative complètement abstraite.
PAN M 360 : Vous êtes très avancés dans votre préparation, force est de déduire.
Jean-Marc Bouchard : C’est un travail de longue haleine, ça fait longtemps qu’on est là dessus.
PAN M 360 : Donc, deux soirées palpitantes de recherche et de nouveaux sons, une fois de plus, dans un contexte électroacoustique. Avec 4 saxophonistes, de l’électronique et autres compléments générateurs de sons!























