Elle est née au Pakistan, elle vit à Brooklyn, elle enregistre des albums depuis 2015. Ce superbe Vulture Prince est son troisième. Arooj Aftab s’exprime en anglais et en ourdou, la langue des musulmans indiens/pakistanais. Son folk de chambre est teinté de qawwali, reggae, jazz, ou même de styles électros (ambient, dub, drum’n’bass) ici évoqués par une instrumentation hybride. Ces chansons érigent des ponts magnifiques entre l’Amérique du Nord et l’Asie du Sud. Parolière, compositrice et interprète, elle n’a pas le timbre des chanteuses qawwali mais elle en conserve les glissandos lui permettant les quarts, huitièmes et seizièmes de ton. Ces échelles mélodiques n’apparaissent que dans le discours vocal et dans certains ornements, effets de pédale ou de bourdon. Le reste de l’instrumentation est occidental; guitare classique ou flamenca (Gyan Riley et Badi Assad), harpe (Maeve Gilchrist), trompette (Nadje Noordhuis), cordes (le violoniste Darian Donovan Thomas et le quatuor Rootstock Republic ), synthés (Shahzad Ismaily), contrebasse, percussions. Les harmonies et rythmes sont occidentaux, les ornements orchestraux sont orientaux, les mélodies oscillent entre l’Est et l’Ouest. Ces chansons et musiques sont très finement ciselées. Partiellement inspirés du ghazal pakistanais (genre littéraire répandu dans l’Islam), ses textes évoqueraient la perte amoureuse, la mort d’un jeune frère, l’acceptation du destin, une sagesse évidente. Voilà un must pour tout apaisement. Tant qu’à y être, recommandons chaudement son opus ambient Siren Islands (2018), ainsi qu’un autre bijou de folk éthéré, Bird Under Water (2015).
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