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Pays : Canada (Québec) Label : Bonsaï Genres et styles : jazz Année : 2020
Rachel Therrien

VENA

· par Ralph Boncy

Elle ne niaise pas, la fille. En tout cas, elle n’enregistrera pas de standards de jazz. Ce cinquième album sort sur une étiquette française avec, encore une fois, rien que du nouveau matériel. Quinze titres neufs. Et même si elle nous bluffe désormais sur ses pochettes de disques, abandonnant les illustrations abstraites en faveur de portraits léchés d’elle-même, rassurez-vous. La vaillante trompettiste de Québec ne fait pas pour autant dans la dentelle. On dirait même plus : ces images nouvelles sont comme un pied de nez ou, en quelque sorte, un clin d’œil espiègle et hyper glamour à contresens de sa musique, qui, elle, ne manque jamais d’essence. Pas narcissique pour deux sous.

Écrit en confinement volontaire à Montréal l’hiver dernier, enregistré en France, à Meudon, avec son quartet européen (un Madrilène à la contrebasse, un pianiste franco-australien et l’Allemande Mareike Wiening à la batterie), Vena est un album qui se laisse écouter assez facilement. Généreuse, enjouée et déterminée, Rachel Therrien démontre le même leadership qu’avec son quintet québécois, auréolé du grand prix de jazz au FIJM en 2015. Après sa parenthèse new-yorkaise, elle avait complété avec cette formation l’album Why Don’t You Try? dans lequel Benjamin Deschamps lui donnait la réplique au saxophone alto. Cette fois, elle se mesure à l’excellent ténor Irving Acao dans Bilka’s Story et surtout dans This Isn’t Love, une pièce sur les amours déçues où l’émotion est particulièrement palpable, tout comme dans 75 Pages of Happiness où elle exprime toute son admiration pour son père vieillissant.

De la Colombie à l’Ukraine, de Brooklyn à Pigalle, avec en plus Emilio, une ébauche esquissée à Cuba dans sa jeune vingtaine, Rachel additionne les expériences et maîtrise de mieux en mieux son jeu de puissance. De toute évidence, elle puise à pleines mains dans son vécu. Pour le reste, le petit groupe s’amuse avec des ersatz de bop et de free, puis s’en donne à cœur joie dans Just Playing avant d’aller taquiner les tortues bleues de Prospect Park. 

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