Pays : Afrique du Sud / Nigeria Label : World Circuit Genres et styles : afrobeat / jazz / jazz africain Année : 2020

Rejoice

· par Rupert Bottenberg

Après une trop longue attente, voici les deux titans enfin réunis. Chacun, à sa façon, a été un pionnier de l’africanisation des styles noirs américains : le batteur nigérian Allen a restructuré le funk en afrobeat aux côtés de Fela Kuti et le trompettiste sud-africain Masekela a été la première superstar du jazz du continent.

Amis et admirateurs mutuels depuis le milieu des années 70, les deux hommes sont finalement entrés en studio ensemble en 2010 pour une séance impromptue restée sans suite. Le décès de Masekela en 2018 a incité Allen à déterrer les bandes et à mener le projet à terme. Avec leur emploi du temps chargé et tout le reste, on peut comprendre que ça ait pris du temps avant qu’ils puissent jouer ensemble, mais que cet enregistrement ait ensuite été mis de côté demeure un mystère. Quoi qu’il en soit, ce qui compte, c’est le résultat, et bon sang ce qu’il en valait la peine!

Rejoice est une production qui n’a rien de bien ambitieux, mais ça ne l’empêche pas d’être doucement grisante du début à la fin. Entendre Allen jouer dans un contexte jazz est un pur délice, son jeu est plus sobre, sa frappe plus énergique, ses polyrythmies caractéristiques toujours bien présentes. Masekela, de son côté, la plupart du temps au bugle, est vif et expressif, emboîtant le pas à la joyeuse frénésie des grooves d’Allen.

À leurs côtés on retrouve une bande de jeunes loups de la scène jazz londonienne qui bourgeonneait à ce moment-là, des musiciens issus de groupes comme Ezra Collective, Kokoroko et les sax-punks d’Acoustic Ladyland. Contrairement à leur habitude, en ce qui a trait au dernier du moins, les jeunes jouent avec une humble retenue, laissant libre cours à l’échange mémorable entre les deux stars. 

Il s’agit d’un dialogue à distance entre Joburg et Lagos, des chants zoulous de Robbers, Thugs and Muggers (O’Galajani), en ouverture, aux structures afrobeat marquées de Slow Bones, sans oublier bien sûr le coup de chapeau à Fela avec Never (Lagos Never Gonna Be the Same). La conversation déborde même parfois. Serait-ce des échos de l’Éthiopie qu’on entend dans le refrain de Agbada Bougou ? Il y a cela et bien d’autres choses encore à découvrir, car même si Rejoice est le fruit d’une rencontre à la bonne franquette, on ne s’ennuie pas une seconde au cours de ses 40 minutes.

Tout le contenu 360

Akousma | Matière limpide pour Eaux mêlées

Akousma | Matière limpide pour Eaux mêlées

Akousma | Mélanie Zhou et les échos du deuil

Akousma | Mélanie Zhou et les échos du deuil

Akousma | Le legs de feue Chantal Dumas

Akousma | Le legs de feue Chantal Dumas

Akousma | Manipulations en temps réel et douce violence chez Xavier Ménard et Diego Bermudez-Chamberland

Akousma | Manipulations en temps réel et douce violence chez Xavier Ménard et Diego Bermudez-Chamberland

Akousma | Synthèse rétroactive selon Alex Brisson

Akousma | Synthèse rétroactive selon Alex Brisson

Akousma | Manuella Blackburn, une poétique de l’ordinaire

Akousma | Manuella Blackburn, une poétique de l’ordinaire

Oktoecho x FMA | Katia Makdissi-Warren, 25 ans de pratiques métissées et nouvelles collaborations symphoniques

Oktoecho x FMA | Katia Makdissi-Warren, 25 ans de pratiques métissées et nouvelles collaborations symphoniques

Guillaume Côté et Les Songes d’une nuit d’été : le chorégraphe nous parle de son rapport intime avec la musique

Guillaume Côté et Les Songes d’une nuit d’été : le chorégraphe nous parle de son rapport intime avec la musique

SQMC/Chapelle historique du Bon-Pasteur : à la découverte de la musique contemporaine québécoise

SQMC/Chapelle historique du Bon-Pasteur : à la découverte de la musique contemporaine québécoise

OSM | De la virtuosité de Kavákos au flamboyant Oiseau de feu

OSM | De la virtuosité de Kavákos au flamboyant Oiseau de feu

Jayleen McCarty : «Je ne suis pas née reine, je le suis devenue»

Jayleen McCarty : «Je ne suis pas née reine, je le suis devenue»

Akousma| Felix Deufel nous fait découvrir la richesse sonore inouïe de l’Arctique

Akousma| Felix Deufel nous fait découvrir la richesse sonore inouïe de l’Arctique

Akousma | Les Artefacts sonores de Roxanne Turcotte

Akousma | Les Artefacts sonores de Roxanne Turcotte

Akousma | Duo Audréanne Filion et Myriam Bleau : là où réel et virtuel se confondent

Akousma | Duo Audréanne Filion et Myriam Bleau : là où réel et virtuel se confondent

Akousma | Exzald S, la violence du calme

Akousma | Exzald S, la violence du calme

Mois du Créole 2026 | Richy Jay fait vivre le konpa et le zouk à Montréal

Mois du Créole 2026 | Richy Jay fait vivre le konpa et le zouk à Montréal

OSM | D’un quatuor à l’autre à Bourgie, Debussy révèle toute la complicité des musiciens de l’OSM

OSM | D’un quatuor à l’autre à Bourgie, Debussy révèle toute la complicité des musiciens de l’OSM

Akousma | Melanie Zhou : façonner le son, traduire l’émotion

Akousma | Melanie Zhou : façonner le son, traduire l’émotion

Akousma | Alex Brisson et l’exploration musicale du feedback

Akousma | Alex Brisson et l’exploration musicale du feedback

Caprice au 9e : un agréable essai de rencontre baroque et carnatique

Caprice au 9e : un agréable essai de rencontre baroque et carnatique

Le Vivier | La fièvre (tonitruante) du dimanche soir

Le Vivier | La fièvre (tonitruante) du dimanche soir

Piknic Électronik x Igloofest: un dernier hourrah! avant janvier

Piknic Électronik x Igloofest: un dernier hourrah! avant janvier

Le Vivier | Albane Tamagna, autres modes de jeu de la flûte

Le Vivier | Albane Tamagna, autres modes de jeu de la flûte

Mois du Créole 2026 | David Bontemps : des frissons du début à la fin

Mois du Créole 2026 | David Bontemps : des frissons du début à la fin

Inscrivez-vous à l'infolettre

Inscription
Infolettre

« * » indique les champs nécessaires

Type d'abonné