Il y a plusieurs belles versions des sonates BWV 1027 à 1029, mais presque autant sont en fait des versions jouées au violoncelle (baroque ou pas) ou à l’alto, qu’à la viole. Cette nouvelle proposition toute québécoise aura de quoi soutenir la comparaison car elle est très belle. Margaret Little (du duo Les voix humaines) se joint ici au claveciniste Christophe Gauthier (du Studio de musique ancienne de Montréal, entre autres) dans un parcours respectueux, marqué à la clarté de l’architecture contrapuntique de Bach. Gauthier est particulièrement mis en lumière par la prise de son ATMA, mais aussi par son propre jeu affirmé. D’autres versions existent et son de haute tenue : l’excellent Pandolfo sur Glossa et Jordi Savall, bien sûr, avec Ton Koopman. Je me suis amusé à réécouter cette dernière lecture. La comparaison est positive pour le duo Little/Gauthier, qui adopte une vision assez semblable à celle du Catalan. Je dirais que Savall y prend plus son temps et déploie une sonorité plus feutrée de la Québécoise. Pour une prise vraiment différente, essayez Hille Perl (avec Michael Behringer) sur Hänssler : la conception narrative, très éloquente et libertaire, nous amène presque dans l’empfindsamkeit de la fin du 18e siècle (mouvement artistique et littéraire allemand qui met l’accent sur la sensibilité et l’expression des sentiments individuels, en réaction à l’excès de rationalisme des Lumières).
Deux pièces de Antoine Forqueray (1672-1744) bouclent le programme. La Chaconne [en rondeau] ‘’La Buisson’’ pour basse de viole et basse continue en sol majeur sera utile aux profanes pour bien comprendre la différence entre l’univers gambiste de Bach et celui des Français (dont Forqueray, mais aussi d’autres comme Marais et Couperin) de l’époque baroque. Bach conçoit la viole comme un instrument à l’égal des autres dans ses constructions contrapuntiques. Il lui offre des lignes aussi rigoureuses et structurées que le clavecin, la flûte ou le violon. Forqueray, à l’instar de nombreux compatriotes, utilise l’instrument de manière beaucoup plus holistique, et libre. Toutes les possibilités sonores de la gambe sont exploitées, dans un langage délié, intuitif, presque improvisatoire. Fascinant. Margaret Little dessine une interprétation très centrée sur cette aisance du geste et du rythme.
Une lecture qui tient sa place dans le corpus des versions disponibles de ces sonates.























