Des Italiens qui jouent la musique ‘’sèche’’, ‘’érudite’’ et ‘’obsolète’’ de Bach, peu de Latins du 18e siècle l’auraient imaginé. Les Allemands eux-mêmes n’y auraient, pour la plupart, vu qu’une perte de temps. Le temps a fait son œuvre, heureusement, et ce qui semblait antinomique est aujourd’hui célébré comme un héritage partagé dans lequel on trouve des liens de parenté.
Il n’y a rien de nouveau dans le fait de savoir que Bach, dès le début de sa carrière, montra beaucoup de curiosité et d’intérêt au style musical en provenance de la péninsule plus au sud. On sait qu’il s’amusa à retranscrire et arranger des partitions de Vivaldi et des frères Marcello (entre autres). Le Concerto pour quatre violons du Prêtre Roux (Vivaldi) est d’ailleurs l’un des meilleurs exemples de cet attrait, Bach l’ayant transformé en un excitant Concerto pour… quatre clavecins.
Si à l’époque le ‘’partage’’ se faisait plutôt à sens unique, les siècles passant, le Cantor allemand est devenu le dieu musical que l’on sait et aujourd’hui même les hédonistes italiens lui reconnaissent son génie incomparable. Alors, pourquoi ne pas placer côte à côte les deux mondes (encore une fois, dirons-nous, puisque ce genre de juxtaposition n’est pas nouveau)?
C’est ce que fait excellemment Amandine Beyer et son ensemble Gli Incogniti dans un programme qui va et vient entre Bach et Vivaldi et Marcello. Le programme comprend des titres bien connus, enchaînés dans un esprit de commentaire sur les influences qu’ont exercé les Italiens sur le maître germanique. L’ascendant direct est rarement présenté de façon explicite (exception faite du Concerto pour quatre violons/clavecins mentionné précédemment). On aurait pu, par exemple, juxtaposer le Concerto pour hautbois de Marcello et la version pour clavier que Bach en avait faite. Mais ça aurait peut-être fait trop ‘’redite’’, alors qu’on réalise le même exercice déjà avec les quatre violons.
Le résultat, c’est que les liens thématiques ou mélodiques sont souvent ténus. Là où Beyer se reprend bellement, c’est dans le style interprétatif insufflé au oeuvres de Bach (les Brandebourgeois 3, 4, et 5 et le Concerto pour deux violons BWV 1043, entre autres), dans lesquelles on sent ici les coups d’archet appuyés, là un certain portamento lyricisant, ailleurs le caractère chantant des solos, bref, de l’Italien dans les partitions de l’Allemand.
Que vous perceviez ou non ces détails, ma foi assez subtils la plupart du temps, le programme de cet album double a l’avantage certain d’être impeccable en termes d’attrait mais surtout, oui surtout, d’être amené avec une pétillance tout à fait délicieuse, et un charme qui n’a d’égal que la rigueur de la technique.
On ne peut rester de marbre face à autant de beauté solaire.























