Pays : Suède Label : BIS Genres et styles : musique contemporaine Année : 2022

Anders Eliasson – Symphonies nos 3 & 4/Trombone Concerto

· par Frédéric Cardin

Voici une superbe découverte! La musique du Suédois Anders Eliasson (mort en 2013) est une bouffée d’air frais dans le monde de la musique contemporaine sérieuse. Dans l’univers des musiques ‘’exigeantes’’, voici un langage remarquablement accessible et qui réussit à l’être sans avoir recours aux recettes du néoclassicisme actuel. 

Eliasson a joué du jazz et a passé à travers toutes les études ‘’nécéssaires’’ des années 60 et 70, c’est-à-dire le dodécaphonisme, le sérialisme strict, la musique concrète, etc., mais il a finit par rejeter les diktats d’un certain establishment académique pour suivre sa propre voie.

J’ai découvert qu’il y avait de meilleures façons de faire du bruit. On ne peut pas rompre avec plus de 1000 ans de tradition sans devenir incompréhensible. On ne peut pas être intentionnellement ‹ original ›. La musique est comme l’H2O : mélodies, accords et rythmes ne font qu’un. Et il faut que ça coule.

Anders Eliasson

Le secret d’Eliasson est l’utilisation d’un ancrage tonal (modal, en fait) autour duquel tourbillonnent librement mélodies et rythmes magnifiés par une orchestration pléthorique, mais fine et lumineuse. Les formes et les textures de cette musique se métamorphosent sans arrêt, dans une frénésie de changements qui s’exécutent d’une façon remarquablement naturelle et organique. Imaginez une pieuvre qui se meut avec une grâce incroyable au fond de l’océan, dans une fluidité presque incompréhensible, puis qui se transforme, change de couleurs, rétrécit, se gonfle, se pare d’un apparat tour à tour lisse lisse comme un galet ou ponctué d’aspérités. Tout cela dans des enchaînements de quelques secondes. C’est fascinant.

Les symphonies d’Elisasson sont des pieuvres difficilement saisissables, mais passionnantes à écouter, pour toutes ces raisons transposées dans le domaine musical. La Symphonie no 3 pour saxophone soprano et orchestre en est le meilleur exemple de ce programme. La présence du saxophone soprano apporte une pétulance rayonnante à l’ensemble, ainsi qu’une légèreté incomparable. Cet univers me rappelle celui de l’Anglais Robert Simpson, le compositeur moderne dont l’anonymat actuel est probablement le plus injustifié dans le monde musical!

La Symphonie no 4 est un brin plus tourmentée, mais un même sens de grandeur éloquente s’en dégage. Le fourmillement orchestral en met souvent plein les oreilles!

Il y a comme quelque chose des envolées symphoniques cinématographiques de John Williams dans l’énergie qui se dégage ici, mais aussi des tissus de cordes qui peuvent rappeler Herrmann ou Goldsmith. Le Concerto pour trombone nage dans les mêmes eaux, en exprimant une facette plus tourmentée, mais tout aussi grisante de sonorités foisonnantes.

Les solistes sont remarquables (Anders Paulsson au saxophone soprano et Christian Lindberg au trombone) et l’opulence orchestrale est somptueusement rendue par une prise de son chaleureuse. 

Tout le contenu 360

Akousma | Matière limpide pour Eaux mêlées

Akousma | Matière limpide pour Eaux mêlées

Akousma | Mélanie Zhou et les échos du deuil

Akousma | Mélanie Zhou et les échos du deuil

Akousma | Le legs de feue Chantal Dumas

Akousma | Le legs de feue Chantal Dumas

Akousma | Manipulations en temps réel et douce violence chez Xavier Ménard et Diego Bermudez-Chamberland

Akousma | Manipulations en temps réel et douce violence chez Xavier Ménard et Diego Bermudez-Chamberland

Akousma | Synthèse rétroactive selon Alex Brisson

Akousma | Synthèse rétroactive selon Alex Brisson

Akousma | Manuella Blackburn, une poétique de l’ordinaire

Akousma | Manuella Blackburn, une poétique de l’ordinaire

Oktoecho x FMA | Katia Makdissi-Warren, 25 ans de pratiques métissées et nouvelles collaborations symphoniques

Oktoecho x FMA | Katia Makdissi-Warren, 25 ans de pratiques métissées et nouvelles collaborations symphoniques

Guillaume Côté et Les Songes d’une nuit d’été : le chorégraphe nous parle de son rapport intime avec la musique

Guillaume Côté et Les Songes d’une nuit d’été : le chorégraphe nous parle de son rapport intime avec la musique

SQMC/Chapelle historique du Bon-Pasteur : à la découverte de la musique contemporaine québécoise

SQMC/Chapelle historique du Bon-Pasteur : à la découverte de la musique contemporaine québécoise

OSM | De la virtuosité de Kavákos au flamboyant Oiseau de feu

OSM | De la virtuosité de Kavákos au flamboyant Oiseau de feu

Jayleen McCarty : «Je ne suis pas née reine, je le suis devenue»

Jayleen McCarty : «Je ne suis pas née reine, je le suis devenue»

Akousma| Felix Deufel nous fait découvrir la richesse sonore inouïe de l’Arctique

Akousma| Felix Deufel nous fait découvrir la richesse sonore inouïe de l’Arctique

Akousma | Les Artefacts sonores de Roxanne Turcotte

Akousma | Les Artefacts sonores de Roxanne Turcotte

Akousma | Duo Audréanne Filion et Myriam Bleau : là où réel et virtuel se confondent

Akousma | Duo Audréanne Filion et Myriam Bleau : là où réel et virtuel se confondent

Akousma | Exzald S, la violence du calme

Akousma | Exzald S, la violence du calme

Mois du Créole 2026 | Richy Jay fait vivre le konpa et le zouk à Montréal

Mois du Créole 2026 | Richy Jay fait vivre le konpa et le zouk à Montréal

OSM | D’un quatuor à l’autre à Bourgie, Debussy révèle toute la complicité des musiciens de l’OSM

OSM | D’un quatuor à l’autre à Bourgie, Debussy révèle toute la complicité des musiciens de l’OSM

Akousma | Melanie Zhou : façonner le son, traduire l’émotion

Akousma | Melanie Zhou : façonner le son, traduire l’émotion

Akousma | Alex Brisson et l’exploration musicale du feedback

Akousma | Alex Brisson et l’exploration musicale du feedback

Caprice au 9e : un agréable essai de rencontre baroque et carnatique

Caprice au 9e : un agréable essai de rencontre baroque et carnatique

Le Vivier | La fièvre (tonitruante) du dimanche soir

Le Vivier | La fièvre (tonitruante) du dimanche soir

Piknic Électronik x Igloofest: un dernier hourrah! avant janvier

Piknic Électronik x Igloofest: un dernier hourrah! avant janvier

Le Vivier | Albane Tamagna, autres modes de jeu de la flûte

Le Vivier | Albane Tamagna, autres modes de jeu de la flûte

Mois du Créole 2026 | David Bontemps : des frissons du début à la fin

Mois du Créole 2026 | David Bontemps : des frissons du début à la fin

Inscrivez-vous à l'infolettre

Inscription
Infolettre

« * » indique les champs nécessaires

Type d'abonné