country / folk / rock

Bon Enfant : «Faux pas»

par Patrick Baillargeon

Bon Enfant dévoile aujourd’hui le vidéoclip Faux pas, troisième extrait de son album homonyme paru à l’automne 2019. Le groupe montréalais a fait appel aux talents de Philippe Beauséjour afin de mettre en image cette chanson aux sonorités un peu rétro 70s, rappelant certains airs ludiques de François De Roubaix. Le réalisateur, Philippe Beauséjour, qu’on a pu apercevoir au sein de la formation I.D.A.L.G., a réussi un ingénieux collage dans lequel des découpures de romans-photos des années 50 et 60, des décors en papier construction et des projections s’animent en stop-motion, créant une étrange histoire peuplée de personnages sans visages.

funk / pop

Eve : «Inochi no Tabekata»

par Rupert Bottenberg

Native de la ville japonaise d’Osaka, Eve (le plus récent des nombreux noms de scène de cette auteur, compositeur et interprète anonyme) a débuté comme participant de la scène « utaite », une sous-culture de fans amateurs qui reprennent des tubes vocaux (un créneau passablement étroit). Au cours de la dernière décennie, Eve et son groupe sont devenus une véritable machine à succès avec leur pop-funk hyper-léchée, légère mais à haute teneur calorique. Tiré de leur tout nouvel album Smile, le plus récent single s’intitule Inochi no Tabekata, ce qui signifie « comment manger la vie ». Le clip qui l’accompagne résume énergiquement une série d’animation imaginaire grouillant de toutes sortes de lutins urbains. C’est la toute dernière vidéo d’Eve de la série à présenter le travail d’animateurs japonais, en l’occurrence Mariyusa, dont la maison hantée regorge de détails intéressants; vous la trouverez ici.

Si cela n’est pas encore assez précieux pour vous, voici la même chanson, en version boîte à musique mécanique.

jazz

Electric Ascension Live

par Michel Rondeau

Le 7 septembre 2012, le festival de Guelph, en Ontario, présentait une relecture électrifiée et électrisante d’une des œuvres les plus férocement libres de John Coltrane : Ascension.

La version originelle avait été enregistrée en 1965 avec trois saxos ténors (Trane, Pharoah Sanders et Archie Shepp) deux saxos altos (Marion Brown et John Tchicai), deux trompettes (Freddie Hubbard et Dewey Johnson), deux contrebasses (Art Davis et Jimmy Garrison), un piano (McCoy Tyner) et une batterie (Elvin Jones).

Pour la version réactualisée, le ROVA Saxophone Quartet (Bruce Ackley, saxo soprano, Steve Adams, saxo alto, Larry Ochs, Saxo ténor, Jon Raskin, saxo baryton) était flanqué de Nels Cline à la guitare électrique, Fred Frith à la basse électrique, Carla Kihlstedt et Jenny Scheinman au violon, Chris Brown et Ikue Mori à l’électronique, Rob Mazurek au cornet et Hamid Drake à la batterie. Son : Hayward Parrott et Marc Urselli.

Tourné à cinq caméras, ce concert – publié en DVD et Blu-ray par le label français Rogue Art – sera présenté gratuitement sur Vimeo toute la semaine, soit jusqu’au 25 mai inclusivement, à l’occasion du Grand Confinement.

Merci à Michel Dorbon de Rogue Art.

À écouter FORT!

hip-hop

MC Phylis et Maxime Robin : «Twilight»

par Rupert Bottenberg

Certains artistes font des disques pour fracasser des records de vente. D’autres ont beau en faire, ils restent cassés. Le beatmaker montréalais Maxime Robin, maître du jam à la Dollarama, et son partenaire de placement MC Phylis, sont bien moins que millionnaires, comme ils l’ont clairement indiqué dans la série de mixtapes qu’ils ont produite au cours de dix dernières années – Bling de pauvre, Mix de pauvre, Epopée de pauvre, vous voyez le genre.

« Bling de pauvre, explique Mc Phylis, est le titre du premier mixtape que moi et Max avons fait ensemble en 2010. Du coup, ç’a marqué le concept du band : prendre le prestige du “bling bling” hip-hop, pis le faire avec une attitude punk pauvre.

À partir de là, moi et Max, on a un peu trop trippé, pis on a décidé de faire un maximum de mixtapes avec ce concept. La formule basic hip-hop, beatmaker-emcee, nous plaît bien et représente bien un secteur plus underground de la culture hip-hop keb qui est un peu négligé de nos jours. »

Un de leurs morceaux, Twilight, de 2012, vient de refaire surface sous la forme d’une vidéo d’animation qui donne à la pièce originale un beau poli. On dirait une réflexion surréaliste sur l’ambiance qui entoure la pandémie, assez surréaliste en soi, mais MC Phylis admet que celle-ci n’est peut-être pas aussi honorable qu’elle en a l’air.

« La toune est l’histoire vraie, raconte-t-il, d’une angoisse de weed que j’ai eue sur Sainte-Cath cette année-là. Pour ajouter à l’absurde, fallait que je croise un vieux chum qui m’avait pas vu depuis longtemps. »

Il y a quand-même un rapport entre la COVID et le retour de Twilight.

« Le réalisateur s’appelle Matthieu Bonnier, poursuit MC Phylis. C’est un fan-ami du milieu cinéma-télévision, bien sympathique, qui a une passion bien bénévole pour les artistes underground loufoques de notre genre. Il y a cinq ou six ans, il m’a écrit pour m’annoncer de la manière la plus simple du monde qu’il travaillait tranquillement un clip d’animation pour une toune de McPhylis et Max Robin. Ce qui est super-excitant vu que Bonnier est un professionnel. Il a d’ailleurs travaillé sur un clip de Claude Bégin, entre autres. Tout ça gratuitement.

Faque deux ans plus tard, aucune news du clip, et quand j’en parle à Bonnier, il semble un peu désespéré. Le gars est vraiment occupé par sa carrière en post-production. Alors moi et Max avons fait le deuil de voir ce clip un jour. Et voilà que grâce au COVID, Matthieu Bonnier a trouvé le temps de compléter ce magnifique projet. La toune, datant de 2012, sonnait un peu trop le cul pour la qualité visuelle du clip. J’ai alors décidé de la re-rec pour avoir une meilleure qualité de son. Et voilà, on a reçu un hostie de beau cadeau qui n’aurait sûrement jamais vu jour sans la pandémie! »

électronique

Suzanne Ciani inaugure le nouveau Subharmonicon, signé Moog

par Rupert Bottenberg

Moog, le fabricant numéro un des synthétiseurs modulaires, vient d’annoncer l’ajout d’un nouvel appareil à sa gamme de synthétiseurs analogiques semi-modulaires, le Subharmonicon, qui se distingue par ses timbres générés par oscillateurs et ses possibilités polyrythmiques. Un long cheminement a mené à la création de cette drôle de petite machine, et cette aventure, les gens de Moog la racontent ici (en anglais seulement), du système mathématique mis au point par Joseph Schillinger pour la composition musicale jusqu’au Mixtur-Trautonium (responsable des cacophonies aviaires dans The Birds d’Hitchcock) en passant par le Rhythmicon de Léon Theremin.

Tout ça est très intéressant vous dites-vous, mais à quoi ressemblent les sons qu’il produits? Une démonstration s’impose, et pour ce faire, qui peut le mieux l’exécuter que la pionnière de l’audio électronique, la « diva de la diode », l’Américaine Suzanne Ciani? Surtout quand on considère le nombre stupéfiant de ses innovations (reportez-vous plutôt à l’entrée en anglais, beaucoup plus détaillée que celle en français) et que la pièce qu’elle a créée pour le Subharmonicon – accompagnée des visuels joliment rétro de Scott Kiernan – est un pur délice. Admirez le résultat de leur travail et découvrez les sonorités du nouveau jouet de Moog dans le court métrage Music As Living Matter ci-dessous.

expérimental / improvisation libre

The Necks avec des cordes

par Michel Rondeau

Crédit photo : Camille Walsh

The Necks est cet intrépide trio australien qui depuis une trentaine d’années propose de longues improvisations qui se développent lentement, de façon organique, sans jamais rien brusquer et qui, ce faisant, réussit à explorer des territoires musicaux rares, à la croisée de l’ambient, du free jazz et de la musique contemporaine.

Il est parfois arrivé que les trois musiciens invitent un quatrième musicien à se joindre à eux, un improvisateur de haut vol comme Evan Parker ou Ned Rothenberg par exemple, mais en 2017, leur invité était nul autre qu’un orchestre symphonique au grand complet, le BBC Scottish Symphony Orchestra sous la direction de Ilan Volkov. En fait, c’est plutôt l’inverse puisque la proposition est venue du chef d’origine israélienne et avait pour cadre le festival Tectonics de Glasgow dont il est l’un des commissaires.

Pour les besoins du concert, le batteur Tony Buck avait préparé dix partitions graphiques pour la section des percussions et le contrebassiste Lloyd Swanton en avait fait quatre pour la section des cordes. Avec une soixantaine de musiciens, il fallait en effet au moins établir quelques balises pour éviter que l’aventure ne tourne en eau de boudin. 

La captation de cette événement très spécial – d’une durée de 47 minutes – est disponible jusqu’à la fin du mois sur le site du vénérable diffuseur britannique.

pop-punk

CHAI : «Ready Cheeky Pretty»

par Rupert Bottenberg

Avec la période de confinement qui s’étire en longueur, les soins de beauté et l’art du bien paraître sont en déclin dans le monde entier. Certaines personnes (quelques Américains en tout cas) descendent même dans la rue avec pancartes et fusils d’assaut pour réclamer des coupes de cheveux. D’un autre côté, il y a le quatuor pop-punk japonais CHAI, champion du néo-kawaii et détracteur obstiné des normes de beauté à la con. Ce que ses membres désirent faire valoir est d’autant plus pertinent que la période des coiffures négligées risque de se prolonger. « Keep it real » (Soyez vrai) chantent-elles sur Ready Cheeky Pretty, leur tout nouveau simple, « Imperfect is perfect ! » (C’est parfait d’être imparfait!) La vidéo consiste en un collage animé de peintures colorées de la bassiste Yuuki. Les paroles anglaises (le groupe sait qu’il a maintenant un public international) y apparaît en sous-titre, autant pour la compréhension que le karaoké.

Si cela vous a plu, sachez qu’il y a quelques semaines, à l’occasion du confinement, CHAI a mis en ligne sa reprise de Ue o Muite Aruko de Kyu Sakamoto. Mieux connue des Occidentaux sous le nom de Sukiyaki, cette chanson courageuse et douce-amère qui a été un véritable tube en 1961 – et demeure universellement appréciée, quelque 60 ans plus tard – pourrait être considérée comme le véritable hymne national du Japon.

rock

Destroyer : «Foolssong»

par Alain Brunet

Lorsque Dan Bejar et le groupe Destroyer dont il est le frontman ont entamé un tournée nord-américaine pour défendre la matière de son nouvel album Have We Met, qui pouvait s’attendre à ce que s’arrête l’activité humaine sur la planète entière ? D’ici à ce que les activités sur scène reprennent, vous avez amplement le temps de visionner ce fragment de documentaire et écouter l’album Have We Met tout en lisant notre recension signée Jean-François Cyr.

La tournée de Destroyer a été annulée, bien évidemment. Tourné sur la route par les réalisateurs David Galloway et David Ehrenreich, le clip de Foolssong présente des scènes d’une caravane forcée d’accélérer. soit traverser le continent mord-américain en catastrophe pendant que le monde fait exactement le contraire. « En cette période très particulière, l’expression « Have We Met » mérite moins que jamais un point d’interrogation. Nous n’avons probablement rencontré personne de nouveau depuis le mois de mars, et la cadence de cette déclaration est plus absolue qu’une véritable enquête… Nous étions en train de faire un film. Peut-être le faisons-nous encore, mais c’est difficile à dire… Foolssong est ce qu’il en reste pour l’instant.  » soulèvent les réalisateurs forcés de suspendre leurs activités jusqu’à la reprise des activités publiques de Destroyer, excellent groupe de Colombie Britannique. « Avec un peu de chance, ces paysages étrangers ne donnent qu’un aperçu temporaire d’un monde inconnu, aperçu d’un avenir qui dénote une séparation de soi, un isolement. Mais le bon côté des choses, c’est peut-être un peu plus d’émerveillement. Il faut espérer que cette image ne flétrisse pas. »

  • Les citations et les informations de ce texte sont tirées d’un communiqué promotionnel.

Afrique / afrobeat / jazz africain / jazz-fusion

Tony Allen : 1940-2020

par Alain Brunet

Le concepteur rythmique de l’afrobeat est mort. Sans conteste, le Nigerian Tony Allen fut le plus grand batteur africain de son époque, de surcroît acolyte et directeur musical du célébrissime Fela Anikulapo Kuti. PAN M 360 vous suggère quelques vidéos de ce batteur d’exception, assorties d’un profil biographique.

Sans Tony Allen qui vient de décéder (de causes indéterminées pour l’instant), l’afrobeat nigerian n’aurait jamais existé tel qu’on l’a connu des années 60 à aujourd’hui. Cet extraordinaire batteur fut plus qu’un sideman pour Fela Anikulapo Kuti (de 1968 à 1979), on lui doit la conception rythmique de l’afrobeat dont Fela a récolté le crédit… tout en admettant la contribution cruciale de son fameux batteur et directeur musical au sein du fameux groupe Africa 70, ce qui avait d’ailleurs causé un profond différend entre les deux musiciens. Tony Allen avait réclamé en vain une part de cette paternité, pour ensuite quitter le groupe et s’exiler en France où il a vécu jusqu’à sa mort.

L’afrobeat s’inspirait du funk afro-américain et du jazz, conférant à ces styles une touche africaine absolument distincte. La formidable impulsion rythmique donnée au groupe de Fela était une conception de Tony Allen (jeu singulier sur la caisse claire et au hi-hat tout en maintenant un très puissant back beat), conception reprise par les batteurs subséquents de Féla et tous les groupes d’allégeance afrobeat. De son côté, Tony Allen a progressivement migré vers des hybrides afro-jazz et des collaborations multiples avec des musiciens de plusieurs styles.

Tout récemment, il a collaboré avec le pionnier techno Jeff Mills pour un concert spécial donné à la Philharmonie de Paris – un nouvel album, Tomorrow Comes The Harvest, accompagne ce projet présenté sur scène. En 2016 et 2017, il rendait hommage au répertoire des Jazz Messengers et leur batteur Art Blakey, en témoignent ses propos succincts pour ne pas dire très brefs dans une interview accordée à La Presse.

Tony Allen fut actif sa vie durant, on a pu apprécier ses enregistrements, notamment sous étiquette Comet Records. Il a aussi travaillé auprès de Damon Albarn , soit au sein du supergroupe  The Good, The Bad and the Queen, il a aussi bossé avec Albarn et le bassiste Flea pour le projet Rocket Juice and The Moon. En 2017, sa participation à l’album Yere Faga de la chanteuse malienne Oumou Sangaré fut remarquable. Sa collaboration avec feu le trompettiste sud-africain Hugh Masekela n’est pas non plus piquée des vers.

électro / house / jazz

Topium : «Relique»

par Steve Naud

Les expériences jazz électroniques que mènent deux savants donnent des résultats probants!

Actif depuis 2015, le duo électro-jazz montréalais Topium est le produit de la rencontre entre Jérôme Dupuis-Cloutier (trompettes, claviers) et Jonathan Gagné (batterie, programmation). Dans les premiers instants de cette toute nouvelle vidéo réalisée par Guillaume Pascale, les deux lascars revêtus de combinaisons étanches avancent dans les couloirs d’un laboratoire, transportant une boîte hermétique au contenu mystérieux. Nous ignorons s’il s’agit d’un méchant virus à couronne, mais la substance qu’elle renferme semble réagir de façon bien particulière à la musique envoûtante du duo. Devant les yeux attentifs des deux savants encapuchonnés, se déploient des couleurs, des formes, des textures qui dansent au rythme d’un dub hypnotique où évoluent des guitares planantes et les volutes soyeuses d’une trompette. Les mélomanes friands de ce que le jazz nous propose de neuf depuis quelques années feraient bien d’y prêter l’oreille!

PLUS DINFOS

jazz

Miles Davis : « Birth of the Cool »

par Réjean Beaucage

Si vous ne l’avez pas vu en salle l’année dernière ou lors de sa diffusion à PBS il y a quelques semaines et si vous n’êtes pas abonné-e à Netflix, voici votre chance de vous procurer le documentaire qu’a réalisé Stanley Nelson sur la vie de Miles Davis.

Ce n’est pas un chef-d’œuvre du genre, et il a d’ailleurs été jugé très sévèrement par certains critiques, mais il arrive tout de même à cerner un personnage assez complexe, et qui demeure sans contredit l’une des figures les plus importantes du jazz. Le film suit le trompettiste en constante métamorphose et souligne à l’aide d’extraits rares et de témoignages de collègues et amis l’importance de sa contribution à l’histoire de la musique.

Et si vous l’avez vu, eh bien les producteurs du DVD ont prévu le coup en ajoutant 75 minutes d’extraits de performances captées lors de trois de ses passages au Festival de jazz de Montreux. C’est beaucoup moins que ce que propose l’intégrale de 10 DVD The Definitive Miles Davis at Montreux DVD Collection, sorti chez Eagle Eye en 2011, et ça pourrait vous donner l’envie d’aller voir de ce côté-là (c’est aussi disponible en CD, bien sûr). Ça débute donc en 1973, avec un groupe qui a déjà bien changé depuis le début de la période électrique (pour en savoir plus sur ça, il faut voir Miles Electric : A Different Kind of Blue, qui présente le concert du 29 août 1970 au festival de l’île de Wight). Une seule pièce de ce concert a trouvé son chemin jusqu’ici, Ife, dans laquelle le saxophoniste David Liebman s’illustre particulièrement. Dans les autres pièces, enregistrées en 1984 et 1985, on peut particulièrement apprécier ses interactions avec le guitariste John Scofield, avec qui il collaborait depuis 1982. On a là des versions de Star People (2), It Gets Better, Hopscotch (2) et Lake Geneva. Un bon bonus, pas de doute là-dessus, et qui complète très bien le documentaire.

https://www.youtube.com/watch?v=34r017yYNa0
blues

Bob Dylan : « A Murder Most Foul »

par Philippe Navarro

L’origine d’A Murder Most Foul est floue; il pourrait s’agir d’un outtake de Tempest (2012). L’œuvre « inclassable », évoquant la litanie ou la complainte, est pourtant bien un blues. L’harmonie est la tonique, sous-dominante et dominante propre au genre; la signature rythmique en 3/4 et 4/4 évoque aussi la filiation. L’opus – vraisemblablement dirigé par un chef d’orchestre – est toutefois si alangui et fluide que l’arrangement piano, cordes et percussions crée l’illusion de volutes oniriques déstructurées que Debussy (ou Sufjan) aurait pianotées à temps perdu. Le clip est le degré zéro de la sobriété : un portrait de JFK fixe l’auditeur durant les 16:56 de la mélopée, proche de l’incantation liturgique, qui seule, en définitive, retient l’attention. La forme du talking blues a souvent été empruntée par Dylan mais en collant à la tradition selon laquelle le griot improvise la déclamation à connotation sociale ou politique (Talking World War III Blues, par exemple). Ici le texte est plutôt ciselé; un Nobel de littérature ne se permet plus la spontanéité. L’amorce est inhabituellement prosaïque pour Dylan alors qu’il relate avec une précision glauque le 22 novembre. S’ensuit une eschatologie décousue, sur vingt ans (1963-1984), télescopant les références les plus échevelées : British Invasion (60s), Stevie Nicks (70s), Nightmare on Elm Street (80s)… D’aucuns crieront au génie. Or, la métaphore de JFK sauce conspiration (Dylan conjugue au they cryptique) comme « mort de l’Amérique » est usée et interpellera une génération qui a vu jouer Mickey Mantle. À tout prendre, Stephen King (22/11/63) a mieux réussi à l’actualiser. Dylan, comme Cash, Bowie ou Cohen, saura éblouir à l’ultime crépuscule de sa carrière; A Murder n’est pas le requiem attendu.

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