Martin Lizotte, coloriste du piano… Sfumato

Entrevue réalisée par Louis Garneau-Pilon
Genres et styles : néoclassique / pop de chambre

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Il y a près de 30 ans, Martin Lizotte commence à jouer du piano. Peu après, il se fait recruter par le légendaire Jean Leloup qui le rencontre dans un bar. Cette union est le début d’une longue carrière qui mènera le claviériste autodidacte sur toutes les scènes québécoises. On pourra l’entendre aux côtés de  Daniel Bélanger, Loco Locass, Robert Charlebois,  Karkwa, pour ne nommer que ceux-là.

Aujourd’hui, Martin Lizotte se concentre sur sa carrière solo. Depuis 2014, il produit ses propres projets de piano planant.  Son plus récent, Sfumato, se veut une œuvre calme, introspective, fantaisiste, impressionniste (au sens de la musique française), invitant son auditoire à  enjoliver le quotidien d’ambiances éthérées , sans être ennuyeuse pour autant.  

 Martin Lizotte a mis 5 ans pour créer cet album qui vient de paraître,  cette toile rebrasse des décennies d’expérience  en douze chansons. Il s’agit d’ailleurs du premier album rendu public  par  Popop,  un  label 100% instrumental

Le pianiste s’entretient avec PAN M 360 pour faire le point sur sa nouvelle sortie.

PAN M 360: Comment  expliqueriez-vous ce projet?

MARTIN LIZOTTE: D’abord, il faut comprendre le terme sfumato. Ce n’est pas connu de tout le monde! C’est une expression italienne signifiant : nuancé. En art visuel, il s’agit d’une technique qui consiste à ajouter plusieurs couches de peinture pour créer des contours flous. Un exemple; la fameuse Mona Lisa de Leonardo Da Vinci fut créée à partir de cette technique. J’ai essayé de faire ressortir cette méthode visuelle en format audio.

Le projet n’a pas démarré avec cette idée en tête. Au début de la pandémie, j’étais sur le point d’aller en studio. Quelques semaines après le début des confinements, les séances  furent  retardées. Au départ, Sfumato ressemblait beaucoup à mon album précédent, Ubiquité. C’était un produit minimaliste, constitué principalement de piano et de contrebasse.  Avec ce  temps libre, j’ai eu l’idée de rajouter des couches de peinture sur le tout. Chaque matin, je m’enfermais dans mon sous-sol pour  composer et recomposer des arrangements. Je devais aller vite parce que le sous-sol était à ma blonde l’après-midi! De fil en aiguille, j’ai fait mon sfumato. Il faut mentionner que le résultat fut possible grâce à beaucoup d’amour ainsi que la coopération étroite de mon réalisateur, Mathieu Désy. Il a travaillé d’arrache-pied pour faire ressortir la poésie musicale de l’album. 

Dans le fond, c’est un album purement atmosphérique. On voulait une expérience  douce comme de la ouate, mais qui ne risque pas de vous endormir au volant ! On espère offrir quelque chose qui aide à rêver et à décorer un moment! Pour atteindre cet idéal, nous avons utilisé plusieurs méthodes disparates. Par exemple, nous avons enregistré sur des rubans magnétiques comme dans les années 70. Ça donne une certaine propriété feutrée aux chansons. En utilisant les bandes magnétiques, j’ai aussi pu jouer avec la vitesse, la précision, le pitch. On a aussi travaillé avec les cordes du piano elles-mêmes, pour modifier le son et lui donner du vibrato. On peut aussi mentionner le travail de plusieurs de nos invités qui ont contribué à créer cette ambiance unique. Par exemple, Joe Grass qui joue du pedal steel sur Grand Duc, donnant un cachet peu commun à la chanson.  Pour ce qui est des arrangements, c’est inspiré du travail des géants du piano avant moi, mais sans la théorie plus sérieuse. J’ai principalement utilisé des programmes informatiques pour me permettre de faire des agencements de son. À la fin, ce sera aux auditeurs de se faire leur propre interprétation de Sfumato. J’espère que chacun aura sa propre manière de l’absorber. 

PAN M 360 : De quoi vous inspirez-vous ?

MARTIN LIZOTTE : Je m’inspire des moments magiques qui m’arrivent chaque jour. Par exemple aujourd’hui, j’ai été témoin d’une rafale de vent qui a fait frémir  des arbres derrière chez moi. En voyant ce genre de choses, j’essaie de transposer ça en musique. Tout ce m’arrive est une inspiration possible. Aussi, chacun de mes albums est dédié  à un de mes trois enfants. Celui-ci est pour ma plus jeune. Prenez d’ailleurs la chanson Valentine, qui apparait dans Sfumato. J’ai eu l’idée en étant dans la voiture avec ma fille et en écoutant  My Funny Valentine de Chet Baker à la radio.

PAN M 360 : Après tout ce temps, êtes-vous satisfait du résultat?

MARTIN LIZOTTE:  Jamais totalement! Le doute est toujours au cœur de ma démarche. Malgré tout, je suis content de la réception. On me fait déjà des commentaires positifs! Je crois que les gens apprécient. J’en ai même qui m’ont dit qu’ils écoutent Sfumato en boucle! Pour moi, c’est un signe d’un travail assez bien accompli. Il est important pour chaque artiste d’avoir une petite pointe de doute, sinon c’est trop facile de s’endormir. Si on ne met pas notre inspiration dans une cage de doute, elle s’envole vite. Avec tout le temps que ça a pris, ce fut un processus assez complexe. Il a fallu surfer plusieurs vagues pandémiques pour y arriver. Quand on y pense, c’est une bonne chose d’avoir eu plus de temps. L’album, comme un bon vin, a pu mûrir et se développer. Moi et Mathieu, on a éprouvé énormément de plaisir à travailler là-dessus et de rencontrer tous ceux qui sont venus donner un coup de main. 

PAN M 360 : Et après 20 ans de musique, quels talents avez-vous développés?

MARTIN LIZOTTE : Le calme en travaillant. Après tout ce temps, on devient plus posé. On apprend à prendre le temps de donner plus d’amour à chaque pièce. De s’assurer que chaque morceau de l’album s’enchâsse dans un discours narratif. On apprend à agencer chaque chanson avec les autres. On apprend à profiter de chaque collaboration, de chaque inspiration pour s’imprégner de la musique et apprendre de nouvelles techniques.

PAN M 360 : Pour votre spectacle du 16 mars, comment faire pour démontrer toutes les couches qui constituent Sfumato?

MARTIN LIZOTTE: On peut dire que je suis chanceux. Pour le lancement, j’ai une équipe incroyable. J’ai toute une troupe de multi-instrumentistes pouvant changer de style d’une pièce à l’autre. Nous sommes encore  dans le  fignolage. Nous aimerions  faire plusieurs spectacles plus complexes l’automne prochain,  il faut donc répéter.

Pour ce qui viendra  après… on verra bien. Quand on tourne la page sur un album, il y a toujours une période de bouillonnement ou l’on se demande ce qu’on va faire. J’aimerais bien faire du blues. Mais encore, il faudra que j’y trouve un petit je ne sais quoi pour rendre ça intéressant. Bon, je dis ça… mais c’est bien possible que ça change. Gardons un peu de mystère…

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