Quatuor Molinari | Rythmes (et autres grandes qualités) de 3 œuvres canadiennes: Murphy, Schafer, Thomson

Entrevue réalisée par Alain Brunet

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Ce vendredi 5 décembre au Conservatoire de musique de Montréal, le Quatuor Molinari présente un programme entièrement canadien, avec trois quatuors à cordes composés par trois artistes néanmoins forts différents, dont la nationalité, la musique de création et le quatuor à cordes sont les points communs :  Dark Energy de Kelly-Marie Murphy, le Quatuor # 4 du grand  R. Murray Schafer ainsi que la création de  Internesses, signée Blair Thomson. Premier violon, directrice artistique du Molinari, Olga Ranzenhofer est une fois de plus l’invitée de PAN M 360 afin de vulgariser courtoisement ce programme.

 “Le second concert de la saison intitulé  « Rythmes canadiens » , présente trois œuvres canadiennes dont les élans rythmiques sont entraînants”. 

PAN M 360 :Pouvez-vous nous en dire davantage sur ces « rythmes entraînants » qui seraient en quelque sorte le liant de ce programme?

Olga Ranzenhofer: Les 3 œuvres au programme sont pleines d’entrain et d’énergie. Ça nous sort de la grisaille du mois de novembre qui est une période où on a tous un déficit de lumière et d’énergie! 

Les quatuors de Murphy et de Schafer possèdent chacun de longues sections très rythmées qui sont très exigeantes pour les musiciens et que le public va sûrement beaucoup apprécier. Dans l’œuvre de Thomson, qui est faite de miniatures, il y a aussi plusieurs sections très rythmées et énergiques.  Ce sera un concert énergisant!

“De la compositrice Kelly-Marie Murphy vous entendrez « Dark Energy », œuvre commandée comme pièce imposée pour le Concours international de quatuors à cordes de Banff. La composition de Dark Energy remonte à 2007.”

PAN M 360: Quelle est la relation du Molinari avec cette œuvre? Aussi quelle est la relation de l’ensemble avec Kelly-Marie Murphy?

Olga Ranzenhofer:  Ce sera le troisième quatuor de Mme Murphy que nous jouons. Elle a écrit Living Metal, Continous Poses pour nous en 2003, et nous avons aussi joué Oblique Light (2016) il y a quatre ans. À ce jour, elle a déjà écrit huit quatuors à cordes. C’est assez rare qu’un compositeur contemporain écrive autant pour cette formation et on en est très heureux. Elle écrit vraiment très bien pour les cordes, c’est très idiomatique et surtout très efficace comme écriture.

Quand on joue plusieurs œuvres d’un même compositeur, on arrive à déceler les traits communs et les caractéristiques d’écriture du compositeur. Le Molinari a toujours beaucoup aimé plonger dans l’univers d’un compositeur à travers ses quatuors à cordes. En fait, c’est un peu notre marque de commerce, les intégrales. On n’en est pas encore là pour Kelly-Marie Murphy, mais avec trois quatuors sur huit dans notre répertoire on commence à bien la connaître et à l’apprécier.

PAN M 360 : Pouvez-vous nous indiquer sommairement la nature de l’œuvre?  Construction, référents stylistiques, évocations, enjeux de l’exécution, etc.

Olga Ranzenhofer: Dark Energy est en deux parties très distinctes : la première commence de façon un peu hésitante, avec des jeux de couleurs sur une même note avant qu’un thème émerge et se développe. La seconde partie est amenée par une cadence du second violon et est très agitée avec un feu roulant de doubles croches accentuées à travers des mesures irrégulières. Kelly-Marie Murphy utilise un langage classique qui est très efficace; il n’y a pas de rythmes de grande complexité ni de jeux ou techniques extrêmes dans cette œuvre. Une œuvre contemporaine n’a pas nécessairement besoin de toujours aller aux limites du possible!

PAN M 360  : Le Quatuor Molinari est un véhicule incontournable de l’œuvre de R. Murray Schafer, il est tout à fait légitime que votre ensemble revienne régulièrement à ce répertoire génial.  Pouvez-vous nous en dire un peu plus sur la construction du #4, c’est-à-dire poursuivre un tantinet le résumé ci-haut? Quel est votre historique avec ce 4e quatuor? De quelle manière votre interprétation de cette œuvre a-t-elle évolué?

Olga Ranzenhofer:  Nous avons joué le 4e quatuor de Schafer dès le premier concert du Quatuor Molinari en novembre 1997! Donc ça fait presque trente ans qu’on vit avec! C’est un de mes quatuors préférés de Schafer. Chaque fois que l’on reprend une œuvre, on trouve quelque chose de nouveau, un détail qui nous a échappé ou bien on décide même de jouer un passage autrement. Il y a toujours des sections plus libres dans les quatuors de Schafer, alors l’interprétation varie à chaque performance… Imaginez aussi cela sur 30 ans!

Une forme et une structure bien définies, un lyrisme chaleureux, une énergie débordante, et même la spatialisation sonore, voilà autant d’éléments si caractéristiques de l’écriture de Schafer que l’on retrouve dans cette œuvre de 1989. Le mystère s’installe dès le début de l’œuvre avec un trio sur scène et le premier violon qui entame un chant lyrique au loin. Le dialogue s’installe avec la voix lointaine, la tension monte et le compositeur présente de façon succincte avant la fin de la première partie, les éléments qui seront développés dans la seconde section de l’œuvre. Cette seconde partie est un vrai feu d’artifice, un tourbillon incessant de notes rapides. Tout s’arrête de façon brusque avec un agrégat (cluster) de notes, qui mène à la 3e section, un hommage poignant à son ami le poète bpNichol, dont il a appris la mort lorsqu’il composait ce 4e quatuor. À la toute fin, on entend du lointain, un violon et une voix qui nous mènent dans l’au-delà.

Ce 4e quatuor est aussi gravé dans le tout premier enregistrement CD du Molinari sous étiquette ATMA Classique, le coffret des sept premiers quatuors du compositeur R. Murray Schafer. C’était l’intégrale complète à l’époque où nous l’avons enregistré en 1999. Schafer en aura composé 13, dont cinq pour le Quatuor Molinari. 

 “Compositeur prolifique dans tous les genres, Blair Thomson est aussi reconnu pour ses grandes œuvres symphoniques et ses nombreux arrangements orchestraux de haut niveau, Blair Thompson écrit son premier quatuor à cordes Internesses pour le Molinari et il sera créé lors de ce concert.”

PAN M 360: Comment et pourquoi avez-vous choisi de créer une œuvre  de Blair Thomson, connu pour ses hybrides de symphonie moderne et de différentes formes de musiques populaires (I Am, Fiori, Harmonium, etc.) . Or, on connaît peu ou pas son travail pour les petits ensembles, alors expliquez-nous sa démarche!

Olga Ranzenhofer: Nous avons approché Blair Thomson il y a presque dix ans pour lui commander un quatuor. Les circonstances n’ont pas permis l’aboutissement de ce projet avant cette année. Ça valait la peine d’attendre! Il nous a écrit une œuvre phare, un quatuor dont le public se souviendra. 

Le compositeur a eu l’inspiration pour cette œuvre lors d’une course au bord de l’océan Pacifique. Il  a vu un cap rocheux et s’est arrêté pour le regarder, comme hypnotisé; cette pointe, qu’il a vu de nombreuses fois, l’interpelait ce jour-là. En anglais, ness veut dire promontoire; -ness, c’est aussi le suffixe que l’on utilise pour décrire un état, ou une qualité. Il a créé un mot, Internesses qui nous ramène à plusieurs états, au concept des intermezzi italiens des 17e et 18e siècles et à l’interaction des musiciens d’un quatuor. Voilà d’où part l’inspiration de ce quatuor.  

PAN M 360 : Encore une fois, on aimerait en savoir un peu sur la nature de l’œuvre Internesses  : construction, référents, exécution, etc.

Olga Ranzenhofer: L’œuvre de Blair est une suite de miniatures avec certains liens entre elles. Le travail sur les textures et les couleurs du quatuor à cordes est absolument fantastique. Dès l’ouverture du quatuor, on est dans un univers mystérieux et presque irréel. 

Blair Thomson nous a dit qu’il aimait pousser les musiciens à leur limite, les mettre en danger. C’est exactement ce qu’il fait dans Internesses, une œuvre pleine de pièges pour les musiciens. Mais quel résultat! 

Blair est bien sûr très connu pour ses nombreuses et magnifiques orchestrations (350!), ainsi que pour ses récentes œuvres orchestrales  «Riopelle symphonique» et «Les filles de Caleb symphonique», mais comme compositeur de musique contemporaine, il est moins connu et on souhaite vraiment que le public découvre cet aspect de ce grand musicien.

Je vous invite à écouter l’épisode «Dans l’atelier du compositeur Blair Thomson» de notre balado «Le studio du Quatuor Molinari» pour apprendre à mieux connaître Blair Thomson. Vous y entendrez même en primeur quelques extraits de sa nouvelle œuvre Internesses, écrite pour le Quatuor Molinari.

ÉCOUTEZ LE BALADO LE STUDIO DU QUATUOR MOLINARI ANIMÉ PAR JEAN PORTUGAIS: « DANS L’ATELIER DU COMPOSITEUR BLAIR THOMSON »

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