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Sarah Rossy chérit ce projet depuis 8 ans. Assembler les pièces du puzzle, financer, trouver des appuis, peaufiner la production, recruter les interprètes, arranger, réaliser, enregistrer, mixer, présenter la matière de Lucid sur la scène du Ministère, un jeudi 25 septembre devant sa communauté élargie, sa famille, ses amis proches.
Sarah Rossy n’est pas banale.
Pianiste de formation, chanteuse de formation, férue de classique moderne et de jazz moderne, en phase avec la pop orchestrale de son époque, la Montréalaise a interprété la plupart des titres de Lucid, un album rendu public le même soir, entourée de 10 musicien.e.s et choristes, parmi les plus compétents de leur génération à Montréal.
À l’instar de sa collègue et amie Thanya Iyer, de surcroît choriste pour cette soirée magique, Sarah Rossy propose une ambitieuse, riche et vivifiante pop de chambre. Elle choisi ses teintes : jazz contemporain, improvisation libre, prog, avant-pop, synth-pop, vocalises du Levant (vu ses origines libanaises), Great American Songbook, bruitisme doux, le tout fondu dans un creuset de virtuosité et de cohésion orchestrale. Superbe intégration !
Difficile de prévoir ce qu’il adviendra de ce projet discographique tout chaud, transcrit sur scène avec tant d’adresse. Professeure de chant et artiste, elle mène allègrement ses deux carrières de front et tente de mener plus loin son art.

PAN M 360 : Un projet aussi ambitieux au début d’une carrière, c’est long à mener. Si on remonte aux sources de sa production?
Sarah Rossy : Une partie de l’album avait été réalisée de façon plus traditionnelle, soit en 2017. Au cours des années suivantes, on a vraiment retravaillé, on a aussi fait beaucoup de production numérique. Ces nombreuses couches de studio nous ont pris beaucoup d’heures!
PAN M 360 : Vous avez donc travaillé pendant plusieurs années sur cet album, puis tu as poussé l’affaire plus loin avec un complice réalisateur.
Sarah Rossy : À la fin du processus, en 2023, j’ai décidé que je voulais vraiment terminer l’album. Je suis alors allée à New York, où j’ai un bon ami là-bas, le guitariste Jack Broza, devenu le coproducteur de l’album. On a travaillé ensemble dans son petit studio pendant quatre jours, et on a repassé ensemble toutes les couches de ces musiques, voix, guitare, percussion, électronique, etc. Je n’arrive même pas à les compter!
PAN M 360 : Une entière communauté de musicien.ne.s vous a soutenue sur ce long chemin. Parlez-nous en !
Sarah Rossy : Oui, l’album présente quelques des musiciens de la formation originale avec qui j’avais quand j’avais commencé le travail : Frédéric-Alexandre Michaud (violon), Victor De Coninck (alto) , Natalie Yergatian (batterie, percus) et Jonathan Arsenault (basse). Ce sont tous des musiciens que j’ai rencontrés via l’université McGill ( Schulich School of Music), incroyables humains en provenance de partout au Canada -Gaspésie, Ottawa, Acadie, Vancouver, etc. Un groupe pancanadien, en quelque sorte. Chacun et chacune se sont impliqué.e.s avec des influences incroyables. J’ai vraiment choisi ceux avec qui j’ai travaillé en fonction de leur personnalité et de leur cœur. Et puis ce groupe s’est arrêté jusqu’à ce que Jack Broza (guitare, basse, coréalisation) m’aide à conclure enfin.
PAN M 360 : On écoute votre musique, on comprend vite que vous avez des assises dans jazz et le classique moderne. Cela ne vous empêche pas de faire des chansons proches de la pop de chambre, d’être en phase avec votre époque. Alors, comment une musicienne éduquée crée-t-elle des chansons, entre musique de pointe et pop?
Sarah Rossy : C’est une très bonne question. Je pense que cet album a vraiment été un défi, parce que les chansons que j’ai écrites, ce sont des chansons pop. Quand j’étudiais à l’époque, je ressentais beaucoup de jugement sur ce que j’étais en train de créer. Vous savez, la façon académique peut être très cérébrale, ça vient moins du cœur.
PAN M 360 : Oui, les musiciens qui essaient de maîtriser parfaitement le passé, ne créent pas nécessairement quelque chose de neuf.
Sarah Rossy : Exactement. Mais j’ai été vraiment reconnaissante d’avoir des mentors incroyables qui m’ont montré cette ouverture d’esprit, malgré être dans un espace académique. Des gens comme John Hollenbeck et Christine Jensen. Je suis tellement reconnaissante! Parce qu’ils m’ont montré que, oui, on n’est pas obligé de recréer ce qui s’est déjà passé – ce que j’aime aussi faire, d’ailleurs. Et oui, on peut avoir sa propre voix. Avoir des mentors fut la clé.
PAN M 360 : Trouver l’équilibre entre l’émotion d’une chanson et la profondeur de la composition, effectivement, ce n’est pas évident dans ce contexte. Comment parvient-on à cet équilibre?
Sarah Rossy : Dans ce cas précis, ça m’a pris beaucoup de réflexion, de concentration, une puissante connexion à mon cœur et non seulement à mon cerveau.
PAN M 360 : En tant que chanteuse, avez-vous reçu une éducation classique?
Sarah Rossy : Je n’ai jamais étudié le chant classique. Au départ, j’étais pianiste. Et j’ai commencé à chanter pendant mes études de piano.
PAN M 360 : Et vous êtes devenue prof.
Sarah Rossy : J’enseigne la musique, surtout le chant, parfois l’histoire du jazz, parfois. Ce semestre, je donne quatre cours de chant. Parfois, j’enseigne l’histoire de la musique, l’appréciation de la musique, la littérature sur la musique…
PAN M 360 : Comment vouliez-vous transcrire cet enregistrement pour ce concert au Ministère?
Sarah Rossy : J’ai décidé de fair miroiter le processus de cet album. Ce fut un effort long, collaboratif, j’ai donc invité la formation originelle, en partenariat avec mes plus récents collaborateurs – Tommy Crane (batterie), Claire Devlin (saxophone), Thanya Iyer (voix), Ruiqi Wang (voix) et Corey Gulkin (voix).
PAN M 360: Famille élargie !
Sarah Rossy: C’est incroyable! C’est un grand cercle de partage et de soutien créatif. Donc 10 personnes sur scène. On a travaillé dur toute la semaine pour adapter le matériel. On a laissé de l’espace dans les chansons, pour mieux respirer et pour improviser. L’intention derrière tout ça, c’est l’expression de notre amour et de notre dévouement pour la musique. Je suis tellement reconnaissante que ces merveilleux artistes aient fait le voyage pour moi, pour cette soirée.
PAN M 360 : Et nous voilà au sommet de quelque chose.
Sarah Rossy : C’est comme une cérémonie. Jusqu’à présent, cet album est le principal héritage de ma carrière.
PAN M 360 : cela signifie que vous êtes prête pour les prochaines étapes !
Sarah Rossy : J’ose l’espérer, oui. C’est mon bébé!
PAN M 360 : Qu’est-ce qui vous rend fière?
Sarah Rossy : Être allée au bout de mes idées, sans compromis. Et avoir fait partie de cette extraordinaire communauté d’artistes, tous si importants pour moi. Alors je crois avoir honoré le processus en les réunissant sur scène.























