Piknic Electronik : Odile Myrtil, artiste aux milles facettes

Entrevue réalisée par Elsa Fortant
Genres et styles : Électronique

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Le public québécois amateur de musiques électroniques connait sûrement Odile Myrtil pour ses DJ sets enflammés un peu partout sur la scène underground et pour sa collaboration de longue date avec le collectif Moonshine. Discrète sur les réseaux sociaux, vous n’y trouverez pas grande information et pourtant, il s’en passe des projets dans la vie de la productrice, parolière et artiste multidisciplinaire. Qu’il s’agisse de collaborer avec les musicien-nes d’ici, de lancer Paradis Artificiel, un groupe de musique expérimentale ou de composer de la musique pour le cinéma et la télévision – rien ne semble pouvoir arrêter la Montréalaise.

À quelques jours de son passage au Piknic Electronik 2023, PAN M 360 s’est entretenu avec cette artiste aux multiples talents, alors qu’elle se prépare à chauffer le public dominical de la Scène du Boisé avec un set soigneusement sélectionné, mêlant influences intemporelles et découvertes contemporaines.

PAN M 360 : Quel est l’héritage musical avec lequel tu as grandi et que tu chéris aujourd’hui ?

Odile Myrtil : J’ai grandi dans une famille multiculturelle avec beaucoup de styles de musique différents. Ma mère vient du Cambodge et mon père vient d’Haïti. On jouait beaucoup musique traditionnelle de leur pays, mais ce sont aussi des territoires qui ont été colonisés par la France donc j’ai aussi un gros héritage de musique française des années 1950, 1960 et 1970. J’ai deux frères plus vieux que moi, avec le premier c’était plutôt rock des années 1990 et avec mon autre frère on écoutait beaucoup plus de hip-hop et de R&B. Il y avait tout le temps de la musique qui jouait chez nous. Je me trouve vraiment chanceuse d’avoir grandi avec cette palette si vaste de styles musicaux.

PAN M 360 : Et est-ce que tu penses que c’est le fait d’avoir baigné dans autant de musique qui t’a amené vers une carrière d’artiste? 

Odile Myrtil : Je pense que oui parce que pour moi, c’est aussi d’avoir grandi à une époque où mes parents ont fait venir leurs frères, leurs sœurs de leurs pays respectifs et il y avait des moments de rassemblements familiaux importants. La musique c’est pour moi une représentation de ce sentiment-là de célébration, d’être entourée par la famille. J’associe vraiment ça au temps passé ensemble et à l’échange. 

PAN M 360 : Quels sont les autres souvenirs que tu associes à la musique ?

Odile Myrtil : Très jeune j’ai développé le goût pour la recherche de la musique, pour l’archivage, vraiment pour collectionner la musique. Avec mes frères on enregistrait les musiques qu’on aimait sur la radio pour les rejouer dans l’auto, on faisait ça avec le VHS connecté à la télévision aussi. Quand j’étais adolescente on brûlait des CDs, après il y a eu les plateformes de piratage grâce auxquelles j’ai découvert quand même beaucoup de musique.

PAN M 360 : Est-ce que tu as aussi collectionné les vinyles ?

Odile Myrtil : Après les CDs j’ai commencé à collectionner des vinyles mais au début c’était grâce à l’argent que je recevais de mes parents, parce que bon, c’est un hobby qui revient cher. C’est intéressant car c’est cet intérêt de la collection de vinyle qui m’a amenée vers la culture du DJ. C’est comme ça que j’ai appris à mixer. C’est arrivé dans un moment de transition où les choses devenaient plus accessibles, brûler des CDs, jouer dans les clubs… Je pense que c’est ce qui m’a permis d’avancer dans ma carrière de DJ, parce qu’il y avait ce moment spécifique.

PAN M 360 : Tu as aussi été impliquée dans le collectif Moonshine pendant plusieurs années

Odile Myrtil : Je pense que ça doit faire environ 8 ans. C’est arrivé après que j’ai œuvré dans l’organisation de soirées et que j’ai senti que j’étais moins attirée par l’aspect business et administratif. J’étais dans un moment de transition ou il fallait que je choisisse entre monter une compagnie pour poursuivre les soirées ou prendre la voie d’artiste. Je voulais vraiment plus être artiste, jouer de la musique. J’ai rencontré les gens de Moonshine et j’ai vraiment réalisé que je préférais faire partie d’un collectif.

PAN M 360 : On connait la facette DJ de ta carrière, peut-être un petit peu moins celle de parolière et d’artiste multimédia. Peux-tu nous en dire plus ?

Odile Myrtil : Au travers du DJing j’ai rencontré plusieurs producteurs de musique avec qui j’ai fait des collaborations et ces expériences de travail là me permettent de dire aujourd’hui que je compose de la musique pour la pub, le cinéma et la télévision. Le DJing, je suis un peu tombé là-dedans par hasard, c’était à un moment donné où il n’y avait pas beaucoup de filles qui étaient DJ, surtout pas des femmes des personnes qui ne sont pas blanches. J’arrivais un peu à un plateau en tant que DJ et surtout j’avais envie d’écrire et de composer. C’est ce que je fais en ce moment. Je suis en train de faire de la musique pour le film d’un ami et j’aime vraiment le monde du cinéma.

PAN M 360 : Comment est-ce que tu approches l’exercice de composition de musique à l’image?

Odile Myrtil : J’aime beaucoup la musique ambient et expérimentale. Personnellement, quand je compose de la musique instrumentale je vais aller vers ces sonorités-là, pas beaucoup de percussions ou minimale. C’est ce que je fais naturellement, ce que j’ai envie de créer, et ça s’enligne avec la télé et le cinéma. J’ai commencé à travailler avec une agence de Toronto pour créer de la musique pour des émissions de télévision qui ne sont pas encore sorties. Dans la dernière année il y a vraiment eu un gros sentiment de validation. Avant ça je n’avais pas vraiment le sentiment d’être en contrôle. Alors que là, obtenir de la reconnaissance d’une compagnie qui vient de l’extérieur de Montréal, du même coup avoir un peu plus de stabilité dans mes projets créatifs aussi, ça change mon état d’esprit, je suis capable de me projeter dans l’avenir.

PAN M 360 : Dans un avenir très proche, il y a ton passage à Piknic Electronik cette année, aux côtés de Ouri et Frankie Teardrop. Est-ce que l’événement a une signification particulière pour toi et musicalement, à quoi peut-on s’attendre dimanche ?

Odile Myrtil : Ouri et Frankie on a travaillé ensemble sur différents projets donc c’est très cool qu’on soit ensemble. C’est aussi important qu’une fille locale soit la tête d’affiche. Quand j’étais plus jeune, je me demandais pourquoi Piknic n’avait pas ce genre « d’agenda » et maintenant que je suis un peu plus vieille, je comprends que ce sont des processus qui prennent un peu plus de temps, comme l’underground pour arriver au mainstream. Piknic c’est vraiment une plateforme qui qui est super importante pour moi. C’était ma première grosse opportunité et j’admire vraiment ce qu’ils ont fait pour la scène locale. Avoir cet angle qui est quand même très mainstream, mais aussi de vraiment faire une référence à l’underground à chaque année, qui devient de plus en plus proche de l’actualité, là je je trouve ça vraiment comme inspirant.

Je vais ouvrir la journée donc c’est sûr que je vais jouer de la musique appropriée pour le moment. Ça fait quand même quelques mois déjà que j’ai commencé déjà ma petite collection de musique spécialement pour ça. Ce genre d’opportunité d’opportunité me donne aussi la chance d’aller magasiner de vieilles choses et de nouvelles choses, qui vont fitter avec l’environnement, C’est pour ça que j’aime le DJing, de pouvoir faire cette recherche là, de toucher des choses, d’aller chercher des CDs au Renaissance, écouter des CDs de Mix Party, passer à Death of Vinyl voir ce qu’il y a. J’aime aussi pouvoir partager cette recherche après avec le public. Piknic c’est le genre d’opportunité qui me donne la liberté de de faire un set qui est vraiment edgy, mais aussi de faire un gros travail de recherche pour proposer un set intemporel. 

PIKNIC ÉLECTRONIK MTL #6: PLANET GIZA (DJ SET) / OURI (DJ SET)

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