OpéraM3F | Sur scène, la vie de Sharon !

Entrevue réalisée par Alain Brunet

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Le parcours de cette flamboyante sexagénaire ne semble pas prêt de se conclure, et ce parcours sera bellement résumé sur scène ce mardi 17 février, 17h, à la salle Le 9e du Centre Eaton.

La soprano Sharon Azrieli est une figure incontournable de la culture montréalaise, québécoise et canadienne. Chanteuse lyrique pour le moins fervente, versée dans le répertoire classique mais aussi dans le Great American Songbook, dans le jazz moderne tout autant que dans le chant sacré de culture juive, Sharon Azrieli a connu une longue carrière en plus de s’avérer une mécène les plus déterminantes pour la santé de l’écosystème musical d’ici – on lui doit l’AMACC (Azrieli Music Arts and Culture Centre), prolongement naturel de la Fondation Azrieli, initiée en 1989 par son défunt père David J. Azrieli (1922-2014), richissime architecte et promoteur immobilier.

Jointe à la veille d’un spectacle qui s’annonce bien tassé (une heure pile),  haut en couleurs, PAN M 360 a joint Sharon pour nous en dire davantage.

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PAN M 360:  Comment avez-vous conçu votre menu pour Le 9e ?

Sharon Azrieli :   Ce sera un vrai concert de Montréal, un vrai concert du Québec, avec même des extraits de Gilles Vigneault !  Avec mon directeur musical, le formidable pianiste John Roney, j’ai assemblé (et non pas composé) une chanson pour le Canada. Je cherchais une chanson pro-Canada, je n’ai pas trouvé, alors John et moi l’avons assemblée à partir de plusieurs chansons canadiennes.  

PAN M 360 : Vous avez donc repris quelques fragments de chaque chanson. 

Aujourd’hui, on appelle ça un mashup !

Sharon Azrieli : Exactement, c’est ça! J’espère que nous avons bien fait ce mashup, vous allez devoir me le dire après le concert! 

PAN M 360 : D’accord!

Sharon Azrieli : En tout cas, nous avons vraiment travaillé…  J’ai fait une vraie recherche pour trouver des chansons pro-Québec et pro-Canada. Mais cette chanson n’existait pas, nous l’avons fait à partir de plusieurs chansons connues ou moins connues.

PAN M 360: Quel est le cœur de ce spectacle ?

Sharon Azrieli:  À la base, ce spectacle raconte ma vie. Et je ne suis pas une jeune femme! Or, ce qui a été préparé avec John Roney me semble fantastique ! Je danserai même avec quatre hommes merveilleux, ils me feront virevolter! 

PAN M 360: Pas exactement un récital !

Sharon Azrieli:  C’est la première fois que je fais ça. La première fois que je danse. La première fois que je parle au public de cette façon avec des monologues entre les chansons. Oui, c’est tout à fait nouveau pour moi !

PAN M 360: Quelle sera l’instrumentation du concert ?

Sharon Azrieli: Ce sera piano-voix, sans compter les hommes qui se joindront à moi sur scène. Je suis très chanceuse de travailler avec John Roney, mon pianiste et directeur musical. En plus d’être un excellent pianiste, il se montre si patient avec moi, si juste dans ses conseils… Bref, il est parfait !

PAN M 360: Un aperçu du répertoire ?

Sharon Azrieli: Comme je le disais, il s’agit de ma vie.  Je chante un répertoire varié, je ferai un extrait d’une pièce André Previn (Magic To Do),  puis l’aria O Mio Babbino Caro, un air très célèbre de Puccini (Gianni Schicchi ), peut-être le premier air d’opéra que j’ai appris. Nous commençons  au début de ma vie !

J’interprète ensuite une chanson intitulée sout simplement Chanson, tirée du film The Baker’s Wife (adaptation américaine du film français La femme du boulanger de Marcel Pagnol), composée par Stephen Schwartz, qui est interprétée à moitié en français et à moitié en anglais.

Ce qui suit est jazz, par exempleC’est si bon que j’interprète en français et aussi des extraits de George Gershwin (S’Wonderful, Our Love Is Here to Stay). On poursuit avec le mashup en hommage au Canada, je chanterai ensuite Get Happy (Harold Arlen/ Ted Koehler) que faisait Judy Garland. 

Et puis mes collègues masculins montent sur scène pour chanter. Et ce sera la première fois, vieille femme que je suis, que je danserai sur scène à la manière Broadway. Incroyable… tellement de plaisir ! Bien sûr, je pourrais trébucher, mettre le mauvais pied devant… de toute façon, le public sera étonné de me voir danser sur scène!

PAN M 360 : Ce sera divertissant, quoi qu’il advienne !

Sharon Azrieli : Je l’espère!

Il y aura donc cet  hommage à Judy Garland et puis un pot-pourri arc-en-ciel, constitué de toutes mes chansons préférées sur l’arc-en-ciel que je chante depuis longtemps et que je chante encore à mes petits enfants.

PAN M 360: Il y a aussi de la très bonne musique juive au programme, puisque ça fait partie de vous également.

Voilà ma vie: j’ai appris la musique juive de mes parents, puis j’ai appris le chant lyrique et puis… à mon âge ça devient très difficile, personne ne chante l’opéra à mon âge. Je m’estime très chanceuse d’avoir encore une voix ! Je peux encore chanter mais je ne suis pas stupide (rires) et j’essaie quand même de chanter le répertoire classique et aussi varier le répertoire vers la musique juive,  la musique de Broadway ou le jazz. Vous savez, on peut être sexagénaire ou même octogénaire et chanter le jazz  !

PAN M 360: Et quelle sera l’inspiration juive de ce programme ?

Sharon Azrieli:  Bien sûr! Il y aura notamment Sabbath Prayer , chanson tirée du filmFiddler on the Roof, et c’est très beau lorsque les hommes chantent sur scène. Et puis je ferai du Michel Legrand,  Papa, Can You Hear Me? tirée du film Yentl (Barbra Streisand). J’ai moi-même enregistré un hommage à Michel Legrand que je trouve toujours pertinent, jamais ennuyeux ou redondant, toujours créatif. Et puis je ferai Everybody Says Don’t, une chanson incroyable de Stephen Sondheim (tirée du musical Anyone Can Whistle). Autre musique de saveur juive mais qui ne l’est pas, une chanson de l’opéra Candide de Leonard Bernstein que je fais souvent et qui s’intitule I’m Easily Assimilated, totalement revisitée avec 4 danseurs qui me lancent dans les airs, vous ne le croirez pas ! Évidemment je ne suis pas une danseuse et je risque de rire de moi-même !

Enfin il y aura de la musique juive sacrée, la vraie, que j’ai apprise du grand chantre (cantor) Sol Zim (Solomon Zimelman) qui fut mon maître.

PAN M 360: En somme ?

Sharon Azrieli: Tout ce que vous verrez et entendrez  sera authentique. Il ne sera ici question que de la vérité sur moi en tant que chanteuse mais aussi en tant que mère et  grand-mère. Tout ça est vrai, toutes ces chansons, c’est moi… parce que sinon, je n’aurais pas pu les mémoriser haha !

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