Dans les coulisses de Neiges d’André Gagnon, il y a 50 ans, avec le percussionniste Robert Leroux

Entrevue réalisée par Frédéric Cardin
Genres et styles : pop instrumentale

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Il y a 50 ans paraissait un album iconique de la pop québécoise, voire internationale. Neiges, d’André Gagnon, fracassait des records de ventes et restait collé au top 10 du Billboard pendant six mois! 25 musiciens et musiciennes étaient en studio (dont Jean Carignan), en plus des chœurs dont faisait partie une certaine Renée Claude. Alors que l’Orchestre métropolitain s’apprête à rendre hommage à ce petit chef-d’œuvre de pop instru (avec quelques parties chorales), pourquoi ne pas visiter la mémoire d’un des musiciens qui y était, Robert Leroux, percussionniste? Les fameux solos de congas dans Wow, c’est lui! À l’époque, Robert Leroux était un tout jeune musicien, plutôt associé à la musique classique et contemporaine (il l’a été majoritairement toute sa vie, d’ailleurs), mais les contrats et les gigs en pop ou en musiques de pubs n’étaient pas hors de son radar non plus. Voici donc une plongée dans les coulisses de l’album Neiges d’André Gagnon, avec un témoin privilégié, l’un des rares encore en vie pour en parler. 

Ce contenu a été réalisé par PAN M 360 en partenariat avec La Vitrine qui relaie aussi l’information sur ce programme de l’OM

INFOS ET BILLETS POUR LES CONCERTS DE L’ORCHESTRE MÉTROPOLITAIN EN HOMMAGE À NEIGES D’ANDRÉ GAGNON

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PANM360 : Comment avez-vous été amené à participer à cet enregistrement?

Robert Leroux : Il manquait un percussionniste, on m’a appelé. C’était la première fois que je travaillais avec André. Je remplaçais celui qui travaillait avec lui avant. Ça me tentait parce que je savais qu’André écrivait des parties de timbales intéressantes. Par la suite, André m’a demandé de continuer pour faire les spectacles. Ça a été un tel succès! Honnêtement, nous, les musiciens qui étions là, on ne s’y attendait pas. C’est Wow qui a été la locomotive, et le plus drôle c’est que c’est la pièce qui était la moins prête quand on est entré en studio.

PANM360 : Comment ça s’est passé?

Robert Leroux : C’était la dernière pièce qu’André voulait ajouter, mais il n’était pas sûr de ce qu’il voulait. Il avait la mélodie dans sa tête, mais pas le reste. Il nous a demandé d’essayer des choses et on a ‘’gossé’’ pendant un temps. J’essayais des rythmes aux congas, mais ça ne fittait pas. Et puis, un moment donné, on a trouvé le bon équilibre entre mes congas, la basse de Jean-Guy (Chapados) et la ‘’drive’’ d’André au clavier. Là ça marchait!

PANM360 : Tellement! La ligne de basse est irrésistible, et les congas sont inoubliables! Et enregistrés avec une telle présence! Ils sont mis de l’avant de façon spectaculaire.

Robert Leroux : Oui. Le preneur de son, Pete (Pierre) Tessier, avait fait un très, très bon travail. Les timbales aussi étaient bien enregistrées. Moi, j’ai souvent travaillé avec lui et j’ai toujours apprécié ce qu’il faisait. Mais vous savez, ce solo n’est vraiment pas difficile. J’avais proposé d’autres rythmes plus compliqués, mais mes collègues n’aimaient pas ça. Alors on s’est entendu sur la formule maintenant connue, très simple. 

PANM360 : Aviez-vous été bien préparés en général, avec les partitions d’avance et tout?

Robert Leroux : Sauf pour Wow, tout était prêt, tout était bien organisé par André. Il était très bien préparé. On n’a pas eu les partitions d’avance, mais elles étaient sur les lutrins quand on est arrivés. C’était bien ordonné.

PANM360 : Vous avez pensé quoi, vous et les autres, quand vous avez vu ça pour la première fois? C’était quoi l’ambiance?

Robert Leroux : Je ne sais pas pour mes collègues, mais pour moi, c’était d’abord une job comme les autres. J’arrivais, je m’installais et je jouais. Mais avec André, l’ambiance était excellente. On avait beaucoup de fun. Par la suite, quand il me demandait si je pouvais jouer dans un des spectacles en tournée, si ça fittait dans mon horaire, j’y allais avec plaisir. Ce n’était pas mon univers, moi j’étais plutôt dans la musique contemporaine, même si je faisais quand même souvent des enregistrements de commerciaux (avec Dompierre ou François Cousineau). Mais, quand j’avais la chance d’y retourner avec Dédé, j’acceptais toujours, tellement c’était agréable.

PANM360 : Niveau difficulté, rien à signaler?

Robert Leroux : Non, c’était assez simple comme musique et, de plus, André avait tout préparé finement. La seule à nous avoir réclamé un peu plus de travail, c’était Wow, comme j’ai dit. Celle-là, il ne l’avait pas entièrement complétée dans son esprit. C’était encore un ‘’work-in-progress’’. Finalement, c’est devenu LE succès de l’album. 

PANM360 : Quel regard posez-vous là-dessus? Et sur le fait que 50 ans après, l’Orchestre métropolitain lui rend hommage?

Robert Leroux : On n’y pensait pas du tout à l’époque, au moment d’enregistrer. Mais, dans notre métier, il y a souvent des surprises comme ça. Je ne peux pas dire que je suis surpris, mais je ne m’attendais pas à tant de succès quand je jouais les partitions. Les astres se sont bien alignés à ce moment. Si j’avais su, j’aurais négocié différemment mon contrat! (Rires) En même temps, je ne me plains pas, nous avons tous été payés convenablement, selon les tarifs en vigueur de l’époque.

PANM360 : Une réflexion sur ce style musical?

Robert Leroux : C’était dans l’air du temps. Il y avait à cette époque ce mouvement de mix entre la classique et la musique populaire. Ça se manifestait à travers ce genre de sonorités. C’est peut-être l’équivalent actuel du néoclassicisme. Bien sûr, les deux styles sont assez différents, mais sur le principe de la musique classique qui trouve un langage spécifique pour atteindre un très vaste public, il y a des parallèles à faire. 

Cela dit, Neiges est un album assez spécial dans la production d’André. Lui, son vrai style, c’était les longues mélodies romantiques, et il y reviendra dans les années 1980, avec beaucoup de cordes, ou au piano seul, pour s’y concentrer jusqu’à la fin de sa carrière. Nelligan fait aussi partie de cette veine lyrique. Alors, Neiges reste une création très particulière. 

PANM360 : Vous avez souvent joué par la suite avec lui pour les spectacles?

Robert Leroux : Quelques fois, oui. Mais j’avais aussi une carrière en musique contemporaine et classique, ce qui fait qu’à un moment donné, j’ai été remplacé par Luc Boivin, qui est resté avec André plus longtemps. Mais, chaque fois que j’y suis allé, j’ai beaucoup aimé ça. André était super fin, et il donnait aussi un bon show devant le public. Il avait une âme d’entertainer. Il faisait même un numéro de claquettes à un moment dans le spectacle.

PANM360 : Je ne connaissais pas ce côté de lui… Cet hommage de l’Orchestre métropolitain, vous imaginez quoi?

Robert Leroux : Je ne sais pas trop, mais je suis très curieux de voir comment il vont transformer tout ça. 

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À la Faculté de musique de l’UdeM depuis 1973, Robert Leroux a été vice-doyen aux études de premier cycle, de 1985 à 1988, et doyen, de 1988 à 1997. En 2007, il participait à la fondation de l’Ensemble à percussion Sixtrum, dont nous avons souvent parlé ici chez PAN M 360. 

Crédits de l’album Neiges, selon le site Québec Info Musique : 

Musiciens – 

André Gagnon: piano, synthétiseur, piano électrique; 

Mauricio Fuks: violon; 

Michel Fauteux: batterie; 

Jean-Guy Chapados: basse; 

Gilles Pinard: guitare; 

Richard Ring: guitare; 

Marcel Rousseau: piano électrique; 

Jean-François Roch: timbales; 

Richard Beaudet: flûte; 

Robert Leroux: percussions, timbales; 

Jean-Carignan: violon.

Cordes – 

premiers violons: Mauricio Fuks, Adolfo Bornstein, Reynald L’Archevêque, Pierre Jean Ireneusz Bogajewicz; 

seconds violons: Mario Masella, Denise Sergent, Claude Hamel, Françine Bang, Ronald Taddeo; 

altos: Marc Bélanger, Lorraine Desmarais, Charles Meinen, Sylvie Laville; 

violoncelles: Jean-Luc Morin, Michael Kilburn, Kristina Melnyk.

Chœurs: Renée Claude, Chœur des étudiantes de l’École Normale de Musique.

Arrangements: André Gagnon

Réalisation: André Gagnon, Pierre Tessier

Prise de son: Pierre Tessier

Mixage: Pierre Tessier

Studio: studio Son Québec

Production: Les Disques Star inc.

Pochette et livret – 

Conception graphique: Marcel Cadieux; 

Photos: Jean-Guy Thibodeau

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