MUTEK | Gayance et sa transhumance, le récit sur scène !

Entrevue réalisée par Marc-Antoine Bernier
Genres et styles : électronique / Instrumental

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Voyages, rencontres et solidarité : Gayance transforme son intense parcours de vie en une performance musicale vibrante et sans frontières. Avec Roaming, qu’elle présente dans le cadre Nocturne 3 ce vendredi,  elle invite le public à partager un récit sonore éclectique et profondément humain.

Pour cette édition de MUTEK, Aïsha Vertus, mieux connue sous son alias Gayance, présente une performance qui sert à la fois d’avant-première à son nouvel album et d’expérience immersive sur scène. Inspirée par ses années de voyage à travers l’Europe et l’Amérique latine, la productrice et DJ montréalaise aujourd’hui établie au Portugal raconte l’impact humain de ces parcours.

Son spectacle, qu’elle décrit comme un « statement » direct et sans artifice, combine ses morceaux originaux avec des improvisations et des extraits de son court-métrage Mascarade: Origin Story. Chaque pièce est pensée comme une histoire à raconter, une émotion à partager.

Entourée de sept musiciens et de collaborateurs proches, elle fera vivre au public un set éclectique où se mêlent house « beurrée », liquid drum & bass, grooves caribéens et touches jazzy. 

Pour Aïsha, la musique est un moyen de dépasser les barrières sociales et de connecter le public à des expériences humaines intenses et universelles. Roaming promet ainsi une immersion totale, où l’énergie, le groove et la narration se mélangent pour offrir au public une aventure musicale et émotionnelle unique, surprenante et profondément vivante.

PAN M 360 : Tu présentes Roaming in Chaos cette année. C’est une performance qui sort en quelque sorte d’avant-première à ton nouvel album  Roaming.

Aïsha : Oui, j’avais appelé le truc Roaming in Chaos avant, mais là, j’ai juste décidé de l’appeler Roaming tout simplement. En gros, c’est ça, c’est genre un mix des chansons du projet Mascarade, mais des nouvelles chansons aussi de ce projet-là. C’est un peu comme ça parle du voyage, comment ça m’a impacté en tant que personne, en ayant des contacts humains, en parlant avec des gens. Tu vois autant les contrastes et les similarités entre les gens. 

PAN M 360 : Quand tu fais référence au voyage, fais-tu allusion à un voyage en particulier? 

Aïsha : Non, on va raconter l’épopée. Imagine, tu fais 8 ans de ta vie, je pourrais compter les fois où j’avais carrément des cartes d’immigration. J’ai immigré en Belgique, j’ai émigré aux Pays-Bas et j’ai habité là pendant 2 ans à Amsterdam, de 2022 à 2024. Puis, j’ai habité à Bruxelles de 2017 à 2019. J’habitais là et j’ai pu voyager avec la musique.

C’était fou, c’est fou. Dans cet album-là, je raconte l’histoire, mais pas nécessairement une histoire, genre un textbook, mais de l’aspect philosophiquement parlant, l’impact que ça a eu à travers moi. C’est sûr que la solidarité, ça a toujours été important pour moi. Tout ça dans ma musique.

PAN M 360 : En regardant ton court-métrage Maskarade, j’ai trouvé que l’usine, la musique, le montage et la narration mettaient vraiment en valeur la solidarité, l’entraide et l’émancipation. Quand tu m’as dit que tu allais intégrer des extraits du film à ton show, j’ai eu l’impression que tu voulais recréer cette idée de communauté sur scène. Est-ce que c’est le cas? Et puis, avec ton parcours et tes voyages, tu offres une perspective que des gens comme moi, qui n’ont pas vécu autant d’expériences à l’étranger, n’ont pas forcément.

Aïsha : Le voyage, c’est vu comme un truc de riche. Quand tu grandis working class, on te dit de rester là pour aider ta famille, de rester dans les mêmes patterns. Partir, c’est perçu comme marginal, ou sinon comme un privilège réservé aux autres. Mais pour moi, voyager a été crucial. Ce n’est pas juste googler une ville, c’est vivre l’expérience, rencontrer les gens face à face. C’est là que tu comprends vraiment le monde.

Et je vois qu’avec la montée des mouvements de droite, il y a une peur de l’autre, un repli. En Europe, j’ai vu des camps de réfugiés, des bidonvilles… des gens qui ont tout perdu mais qui recréent quand même une communauté. Ça m’a marquée.

Il y a un segment du show qui est un statement. Genre pas de flaflas, pas de métaphores. Ça va être très in your face. Puis même si les gens veulent bien comprendre les mots, ils vont même voir des slogans sans que ça soit dit. Ça va juste être un son que tu vas savoir ce que ça veut dire. 

De s’approprier un petit peu les causes et de crier fort. Ce n’est même plus s’approprier le truc, parce qu’au final, tout est un peu entremêlé. Tu vois ce que je veux dire? J’ai toujours eu cette compréhension-là, puis en voyageant, ça a toujours solidifié ça.

PAN M 360 : Est-ce que c’est ce qui t’a guidée à faire Roaming in Chaos?  Est-ce que c’est l’instinct initial qui t’a poussée à te lancer dans le projet et à concocter la performance? 

Aïsha : Les trucs se sont faits comme ça. Par exemple, j’étais en voyage à Rio avec des gens que je venais de rencontrer, mais j’étais tellement triste que je n’arrivais même pas à chanter. On a commencé une chanson juste pour tuner, sans but précis. Puis à un moment donné, tu ne t’en rends pas compte, mais tu finis par faire  faire de la musique de nouveau.

PAN M 360 : Toi qui habites désormais Lisbonne tout en collaborant avec des artistes de Montréal, comment as-tu réussi à faire converger toutes ces énergies pour la scène? Comment ça s’est-il orchestré? 

Aïsha : Ça faisait déjà un moment que j’en avais parlé avec eux. Je leur ai dit, bon, je vais appliquer pour faire MUTEK. S’ils nous prennent, vous êtes down. Tout le monde s’est booké. Parce que c’est quand même beaucoup du monde, des musiciens qui sont super bons. Déjà là, as a unit, chaque individu. C’est cool aussi parce que ce sont mes amis proches. On a vraiment cette espèce de chemistry, de faire des choses ensemble. 

PAN M 360 : Est-ce la première fois que vous vous êtes vus, c’était dans le contexte de la pratique, justement? 

Aïsha : Oui, oui, oui. 

PAN M 360 : Ça a été comment cette rencontre à la fois humaine et musicale ? 

Aïsha : Le fun. C’est sûr que tu vois des amis que tu n’as pas vus depuis longtemps. Tu veux catch-up avec tes amis. En même temps, tu veux faire quelque chose de nice. C’est une bonne ambiance. C’est cool. On a chillé entre potos.

PAN M 360 : D’ailleurs, je suis curieux d’en apprendre un peu sur ton album qui va paraître prochainement. En quoi la création de ce nouvel album s’est-elle distinguée de ton précédent projet Mascarade, dans ton processus ou dans ton état d’esprit? 

Aïsha : Je suis plus en mode chill. Je suis dans un moment où j’essaie de vivre des choses pour pouvoir raconter des choses. Je prends mon temps. En faisant un projet tout seul. Je vais jouer des tracks. Pendant le show, combien de chansons on joue? Je pense qu’on en joue 4 ou 5 du nouveau projet. Je pense qu’il y a juste 3 chansons du premier album qui vont être là. Je vais jouer Clout Chaser’s Anthem, Moon Rising, Nunca…Mais le reste, ça va être des nouvelles affaires.

Les pratiques sont un peu intenses. Le band ne connaît pas les trucs. Tout le monde doit apprendre des keys. Parce qu’ils ne connaissent pas les chansons. C’est pour ça que c’est un peu plus de travail. On réarrange ça avec Funky Watt.

PAN M 360: Est-ce que pour toi, il y a des moments durant les répétitions où tu as vu tes morceaux prendre une nouvelle dimension, une fois que tout le monde les a partagés ? 

Aïsha: Oui, c’est sûr. On a refait des mixes, ajouté des morceaux. J’ai une MPC que je contrôle live avec les drums, les voix, les effets. J’avais envie de rajouter ça sur l’album parce que je faisais des effets avec pour le show. J’étais comme… Why not?

Préparez-vous à être surpris : ça va être éclectique, évidemment, sinon ce n’est pas moi. Une house très beurrée, du gros glaçage! Pour moi, l’essence de la musique électronique, ça reste la danse — comme à ses débuts à Detroit et Chicago.

Après, ça s’étend dans tout l’arbre généalogique de la dance music. Même si mes racines sont Chicago-Detroit, mes références viennent plus de la branche UK. Alors ça peut aller vers du liquid drum & bass, sonorités jazzy, des sons caribéens, un petit boogie en français… même du liquid drum & bass en arabe.

PAN M 360 : Il ne semble pas avoir de limite à ce que tu veux nous partager. Tu touches un peu à toutes tes sensibilités musicales, et invites amis et musiciens à share this moment with you, and all.

Aïsha : Ouais, c’est tout ce que je fais. Malgré le mélange, tout marche ensemble –  it’s really together. Même si ça passe du coq à l’âne, c’est le bon moment au bon temps, et je pense que c’est ça qui fait un bon set.

Je raconte des histoires, des tunes. Il y a quand même de l’improvisation, mais il faut que tu sélectionnes la musique. Tu peux jouer tes trucs originaux, oui, mais il y a un storyline. Dans la même soirée, je peux jouer un truc des 70’s, puis un truc vraiment deep, genre, je sais pas, Broken Beat ou UK Garage. Il faut que tu conduises le son sans aller dans le trou tout de suite.

PAN M 360 : On te fait confiance à 100% pour nous mener à bon port. J’ai vraiment hâte!

Aïsha : Les gens vont être surpris. J’ai une bonne gang avec moi. J’ai Funky Watt à la direction musicale et à la basse. Il y a Evan Shay au saxophone. J’ai les services de Peggy Hogan au keys. Après ça, j’ai Judith Little-D aux percussions et à la voix. Puis, j’ai Janet King, Yassin « Narcy » Asalman et Magi Merlin à la voix. Mais ça ne sera pas tout le monde sur la scène en même temps, on s’entend. 

PAN M 360 : As-tu l’intention de présenter Roaming dans d’autres événements, festivals cette année? 

Aïsha : Ce n’est pas que je ne veux pas… La réalité est qu’il y a des coupures dans la culture partout dans le monde. Même si le show est malade, quelqu’un qui va acheter le show complet, c’est beaucoup de gens. Reste que l’intention, c’est de pouvoir jouer ça. Mon rêve, ça serait évidemment, j’aimerais trop faire une tournée en Asie. Je n’y suis jamais allée, j’aimerais bien.

PAN M 360 : Où pourra-t-on te retrouver après MUTEK?

Aïsha : Je ne sais pas si j’ai le droit de le dire. Je peux dire quand même, ils vont être contents. Parce que c’est quand même le fun. Je vais jouer le 13 septembre au pied du musée des Beaux-Arts. Ça va être de 15h à 20h je crois.

PAN M 360 : Génial ! Avec autant de temps à combler, tu auras une grosse setlist à préparer.

Aïsha : Non, ça va. C’est le fun. C’est comme conduire un avion : il ne faut pas que ça crashe. Il faut toujours y aller doucement, doucement, doucement, peut-être tourner, mais toujours doucement. Vraiment, je trouve que l’art du DJing se perd. Au-delà de la sélection, de la technique et de la compréhension de son audience, parfois ça commence à se perdre.

PAN M 360: C’est une sensibilité et un attention très chère selon moi, une sensibilité à déjouer les attentes. Les gens ne savent pas nécessairement ce qu’ils veulent entendre, mais tu leur donnes.

Aïsha : Exact, ça c’est sûr. Je suis vraiment comme ça. Tu ne vas pas t’attendre à ce que ça transitionne de cette façon-là. Pour moi, ce n’est pas seulement un truc axé sur le rythme – à la manière des snare rolls et des risers qui viennent augmenter l’énergie. Je préfère aller dans un autre rythme, dans quelque chose d’autre, qui blend vraiment bien avec la track précédente. Bref, je suis un peu geek quand il s’agit de musique dans le party, c’est toute une philosophie pour moi. Mais il y a plein de gens qui ont écrit des livres vraiment intéressants là-dessus.

Aïsha enflammera la scène de l’Espace SAT pour y présenter « Roaming » ce vendredi 22 août, Nocturne 3, à partir de 00h15. 

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