La Zarra de nouveau sur la ligne de départ

Entrevue réalisée par Alain Brunet
Genres et styles : americana / chanson française / pop

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En janvier 2023, on annonçait que La Zarra, chanteuse montréalaise ayant obtenu un grand succès radio avec le tube Tu t’en iras, représenterait la France au Concours Eurovision de la chanson à Liverpool au Royaume-Uni. En mai 2023, elle allait donc chanter Évidemment à cette fameuse compétition européenne que Céline Dion avait gagnée en début de parcours. 

En voyant sa note trop basse attribuée par le public, la chanteuse avait posé un geste interprété alors comme un doigt d’honneur, ce qui avait généré la grogne chez certains, dont des gestionnaires de France 2 liés au concours. La Zarra avait réfuté ces accusations d’impolitesse dû à un soi-disant doigt d’honneur qui n’avait aucunement cette signification selon la principale intéressée.

Doigt d’honneur ou non, cet événement  fut  l’amorce d’une chute vertigineuse, encore plus rapide que son ascension fulgurante. La presse people de France s’était mise sur son dos et sa carrière européenne en fut profondément affectée. Traumatisée, la chanteuse québécoise déclara alors avoir été « victime de racisme et de manipulations.» 

Et puis…

Trois ans plus tard, La Zarra, Fatima-Zahra Hafdi de son vrai nom, entend prouver à la planète pop que sa carrière n’était pas un feu de paille. Après avoir fondé sa propre structure, elle a entrepris de produire un deuxième album : Der Zimmel (Le ciel), dont les chansons n’ont vraiment pas grand-chose à voir avec Tu t’en iras.

Mélange singulier de chanson française « classique » et d’americana, cet opus autoproduit a été réalisé en étroite collaboration avec les artistes Clément Langlois-Légaré, Adel Kazi-Aoual, Claire Ridgely, Félix Dyotte et Patrick Krief. Le nouveau départ de La Zarra commence ici et elle entend refaire toutes les étapes pour reconquérir le public. 

Voici ce qu’elle a à nous dire !

Fatima-Zahra Hafdi : Oui, effectivement, mais après, comme tu dis, dans la pop, bon, moi, je ne considère pas que je fais de la musique populaire malgré moi. On a fait deux chansons qui sont venues, « Tu t’en iras », par exemple, qui était vraiment fin d’album. Et bon, il s’est passé ce qui s’est passé, donc après, ça m’a un peu positionnée dans la chanson, on va dire, populaire dans ce genre de format. Mais ce n’était pas mon intention de départ. Après, je pense que peut-être que c’est à mon avantage, mais je n’ai peut-être aucune notion concrète des conséquences et de ce que telle ou telle chose veut dire.

PAN M 360 : Tu avais donc d’autres intentions que de faire des hits radio avec de l’électro derrière?

Fatima-Zahra Hafdi: Je fais de la musique, et si je peux la proposer à mon public et en vivre de façon correcte, je vais continuer à en faire. 

PAN M 360 : Tu peux compter sur un public de toute façon, mais de quelle manière en évalues-tu la taille depuis ce ce qui s’est passé à Eurovision ? 

Fatima-Zahra Hafdi : Je ne sais pas. C’est le dernier de mes soucis, ces affaires-là. J’imagine que comme dans tout, je pense qu’il y a des gens qui sont comme vous, pour qui l’important, c’est la musique. Après, il y avait tous les personnages à côté. On vit quand même dans une période où le divertissement passe vraiment par tous les canaux, dont évidemment les médias sociaux. Il y a des gens qui aiment, d’autres moins.  Mais je pense qu’aujourd’hui, j’ai un public très fidèle.  

PAN M 360 : Et quel est ce public fidèle?

Fatima-Zahra Hafdi : C’est un public dont je reçois sans cesse les retours.  « Comment se fait-il que tu chantes ma vie? » Donc, on a vraiment cette connexion un peu mélancolique de nos histoires respectives, on les vit ensemble à travers mes chansons.

PAN M 360 : Des artistes comme toi sont des miroirs de la vie des autres. Tu viens d’un milieu  modeste ou ordinaire, comme la vaste majorité des êtres humains. Alors donc, il est certain que ton public peut se reconnaître en toi.

Fatima-Zahra Hafdi : Ce sont  nos histoires de vie, nos histoires amoureuses, les injustices qu’on a pu vivre, que ce soit social, au travail, il va toujours y en avoir. En parler ouvertement, arriver à les transcrire de façon un peu plus poétique, c’est sûr que ça parle toujours au public. 

PAN M 360 :  Parlons du processus du nouvel album, on veut le récit de la façon dont tu as décidé de te relever et de faire cet album.

Fatima-Zahra Hafdi : J’étais vraiment fatiguée, même avant l’Eurovision. Ça commençait à être  intense, mentalement et physiquement. Après l’Eurovision, je suis finalement rentrée au Québec avec ma fille – qui a aujourd’hui 17 ans. Ça m’a fait énormément de bien, retrouver ma routine, mes amis,  ma famille. Après, je me suis dit, OK, je fais quoi? Ai-je encore envie de faire de la musique? Tant de concessions, tant de sacrifices… J’estimais en avoir déjà fait énormément. Et j’ai finalement convenu que j’en avais plus à donner.   Et encore là, il y avait une décision à prendre. Est-ce que j’achète ma belle maison de campagne en Toscane ou est-ce que je mène ce projet-là? 

PAN M 360 :  Et alors?

Fatima-Zahra Hafdi : Étant quand même assez bien entourée, j’ai réussi à réaliser ce projet.Il y avait toujours encore cette envie de faire de la musique, cette envie de chanter. Et je pense aussi que j’avais le sentiment de ne pas être arrivée à accomplir ce que je voulais quand j’ai commencé. Il y avait donc ce truc un peu inachevé, on ne m’avait pas laissé faire les choses comme je voulais. Là, j’ai l’opportunité de le faire comme je l’entends. Après ça, ça a été quand même difficile.

PAN M 360 :  Il fallait passer à l’action de nouveau, ce qui n’est pas une mince affaire.

Fatima-Zahra Hafdi : Lors des premières séances en studio, je n’arrivais pas à écrire, je n’arrivais pas à trouver des mélodies. Quand j’enregistrais quelque chose, on me disait « ah, c’est super, c’est bien, c’est beau ». J’avais le sentiment que non. Même ma propre voix m’énervait.  J’avais l’impression d’écouter une autre personne que moi, rien ne me plaisait. J’ai  alors décidé déjà de voyager. En Italie, au Maroc, j’ai rencontré plein de gens, j’ai rencontré des musiciens, j’ai eu le temps de vivre et de recueillir de nouvelles histoires. Il le fallait parce que je n’avais aucun temps pour moi depuis le début de cette aventure en 2021. C’était avion, hôtel, dodo, plateau. 

PAN M 360 : Quelle manière tu as voulu emballer tes chansons. 

Fatima-Zahra Hafdi :  Déjà, c’est super important. J’ai l’impression que plein de monde se réfère à mon projet antérieur, comme si ce n’était que de la pop FM.  Mais c’est vrai, d’autres chansons du premier album ressemblent à celles de celui-ci, en fait.

PAN M 360 : Et à quoi ressemblent-elles au juste?

Fatima-Zahra Hafdi :  Il y a énormément d’orchestrations, c’est super important pour moi. Je voulais garder ce style de grandes chansons françaises, chargées d’arrangements épiques pour ainsi créer un sentiment de grandiose. J’ai écouté énormément de Nancy Sinatra pendant le processus de création et j’ai décidé de travailler avec le réputé producteur Patrick Kreif pour les chansons Johnny, Tombe les fleurs et Beau garçon.

Et j’avais envie d’avoir ce côté, mais aussi americana parce que tout ça me fait vibrer et m’emmène ailleurs. Très cinématographique! Et pour la suite, j’ai travaillé avec Clément Langlois-Légaré (Clay and Friends) sur Entre mes doigts. En fait, chaque collaborateur m’a apporté ce qu’il savait faire de mieux, que ce soit Patrick avec ce qui est un peu americana, que ce soit Clément avec tout ce qui  est plus moderne. J’ai pu offrir quelque chose de neuf, mais qui a quand même des relents du premier album.

PAN M 360 :  Tu n’as donc pas voulu reprendre l’approche électronique de ton supertube qui t’a lancée. 

Fatima-Zahra Hafdi : Le but de ce projet-là, c’était zéro chanson conçues pour le succès radiophonique tel qu’on l’imagine aujourd’hui. Si toutefois on écoute une chanson comme La ballade des perdants, c’est une chanson que je programmerais à la radio.  Mais la radio de maintenant doit sonner comme tel ou tel artiste célèbre en ce moment. Mais j’ai la certitude qu’on peut s’éloigner de ces paramètres et avoir du succès.  On verra bien ce que ça donne. C’est un pari et j’espère avoir raison.

PAN M 360 : Quoi qu’il advienne, tu auras essayé de faire à ta manière.

Fatima-Zahra Hafdi : Oui et je n’avais aucune intention de radio ou de succès pop. Ce qui était important pour moi, c’était de raconter en chansons cette période récente de ma vie.  Cela dit, je demeure une bonne chanteuse up-tempo et je pourrais de nouveau surprendre! D’autres chansons seront prêtes cet été, la créativité est avec moi et je vais aussi vous bombarder de chansons à La Zarra!

PAN M 360 : Retour de la synth-pop? 

Fatima-Zahra Hafdi :  Je vais vous sortir de la bonne chanson pop à la Zarra.

PAN M 360 : En général dans la pop,  le personnage, le texte et la voix de la personne font partie de l’œuvre, et c’est aussi ton cas!

Fatima-Zahra Hafdi : Je n’ai jamais eu cette réflexion. 

PAN M 360 : C’est mon travail de réfléchir à ça.

Fatima-Zahra Hafdi : Tant mieux, parce que je n’aime pas trop y réfléchir.

PAN M 360 : Les artistes n’ont peut-être pas à y réfléchir, effectivement.

Fatima-Zahra Hafdi : Mais il faut quand même être pragmatique par rapport à ce qui est possible d’atteindre. Mais j’ai  le sentiment d’être encore au début de mon exploration musicale. Alors je pourrais de nouveau sortir un album électro, ou surprendre avec un album country. Il faut aussi faire des choix pour ne pas mélanger le public.

PAN M 360 :  Tu ne travailles plus avec un label, tu mènes ta barque seule, n’est-ce pas?

Fatima-Zahra Hafdi :  Oui, c’est ma structure, mon organisation. C’est moi qui gère tout. Des business managers qui m’ont aidé au début, ils m’ont redonné le volant. Mais ça a toujours été moi au centre du projet. Même quand j’étais en contrat artiste avec un label,  je faisais un peu le même travail. J’étais toujours en train d’intervenir auprès de mes chefs de projet.

PAN M 360 : Ton parcours pourrait ressembler à celui de Yseult, qui a connu beaucoup de succès en France.

Fatima-Zahra Hafdi :  Elle a eu raison de le faire. Regarde maintenant ce que ça donne!

PAN M 360 :  Si ça réussit à long terme, c’est sûr que ça te garantit de bien meilleurs revenus et ça te permet aussi d’avoir une liberté d’action avec un capital de risque que tu peux garder pour mener d’autres expériences.  Et le reste de la cagnotte ira à ta caisse de retraite. 

Fatima-Zahra Hafdi : C’est exactement ça. Je parie sur  moi-même, je ne pourrai blâmer personne d’autre que moi si ça ne marche pas. Mais j’ai surtout peur de décevoir mon public si ça ne marche pas.

PAN M 360 :  L’album Der Himmel est un livre ouvert, la trame narrative de ton parcours récent. 

Fatima-Zahra Hafdi :  Je voulais des chansons qui représentaient mon état d’âme quand j’ai commencé à travailler sur ce projet, j’étais alors pleine d’incertitudes, un peu perdue dans mes intentions. Émotionnellement, mentalement, j’étais fatiguée. Les deux premières chansons, Tomber les fleurs et Entre mes doigts, racontent cet état d’esprit. Et puis j’ai fait la rencontre de certaines personnes m’ont menée à voir ce travail de façon très positive, ça m’a donné envie de chansons qui donnent un peu plus d’espoir et d’amour.  Je me suis dit que je n’allais pas rien couper de ces confidences, que le public aurait droit à une certaine intimité.

PAN M 360 : C’est autobiographique en diffraction. Pas trop?

Fatima-Zahra Hafdi :  On m’a tellement mise à nu dans le passé et on ce n’était pas ma vraie histoire. Cette fois, je me suis dit tant qu’à y être, je vais y aller à fond.  Même si je suis différente de ce que j’étais lorsque j’ai commencé à faire de la musique. Je suis moins pudique par rapport à mes histoires personnelles, je me suis habituée à ma vie publique et je peux laisser les gens entrer dans mon univers personnel.

PAN M 360 :  Que retires-tu de l’adversité vécue à l’époque d’Eurovision?

Fatima-Zahra Hafdi : Moi, je sais que je suis une personne qui ne regrette pas. Si c’était à refaire, je ferais la même chose pendant cette période, au-delà du geste qui fut interprété comme un doigt d’honneur. Je me connais. J’ai accepté de jouer à ce jeu, avec certaines personnes de cet environnement qui étaient peut-être plus sombres que prévu. J’aurais dû peut-être m’écouter et ne pas écouter ce qu’on me disait. En même temps, si je n’avais pas passé à travers ça, je n’aurais pas les outils aujourd’hui pour la suite. Parce que j’ai envie de faire de la musique pendant longtemps.  

PAN M 360 : Il faut d’une certaine façon recommencer à zéro car il n’y aura pas de tube radio pour recréer le buzz.

Fatima-Zahra Hafdi : Oui, il faudra d’abord faire des petites salles et les remplir d’émotions.  Il faudra faire tous les petits trucs que j’aurais dû faire au départ. Ça va remonter. J’aurai confiance en moi. Je serai à l’aise.

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