La symphonie publicitaire d’Alix Fernz

Entrevue réalisée par Loic Minty
Genres et styles : noise-rock / post-punk / rock alternatif

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En vue de la sortie de son album Symphonie publicitaire sous l’influence le 17 octobre, Alix Fernz m’a invité au Club Social un mercredi après-midi pour parler musique. Il s’est appliqué, avec passion, à décrire les thèmes de son travail et les influences qui ont fait de lui l’artiste qu’il est aujourd’hui.

Après une série d’albums avec son band Bloodskin Atopic, Alexandre Fournier a vécu une renaissance musicale pendant la pandémie, et en ressorti avec un projet solo: Alix Fernz. Son premier album, Bizou, fut l’apogée de son amour pour le post-punk. Alliant l’esprit d’artistes comme Gang of Four ou Gary Numan au côté plus glam et décontracté de figures comme Wyatt Shears ou Ariel Pink, l’album explore une authenticité sans retenue. Sa présence, son style et sa musique forment un tout soigneusement conçu, reflet d’une liberté punk tranchante qui flirte avec l’expérimental et insuffle une bouffée d’air à la scène alternative montréalaise.

PAN M 360: Quel est le statut de la musique punk au Québec aujourd’hui?

Alix Fernz : Le punk au Québec ça a grandi depuis que je suis arrivé à Montréal en 2019. À l’époque, c’était un peu mort, mais là, avec des groupes comme Béton Armé par exemple, on a comme un nouveau pilier du punk francophone à Montréal. Ils font un esti d’bon show. La scène musicale québécoise semble se réinventer constamment et le punk, ça ne va jamais die.

PAN M 360: Quelles sont les idées qui se cachent derrière le mouvement punk auquel tu t’identifies ?

Alix Fernz: C’est plus que la muz. Ça vient avec le mouvement collectif de communauté, l’aspect DIY aussi. Pour moi, c’est ça, le punk. Il y a une communauté qui est forte. Tout le monde fait peur, mais tout le monde est super gentil. Ça m’a toujours fasciné, ça. Quand j’étais plus jeune, j’allais voir des shows pis je voyais des street punks avec des mohawks pis des tattoos, pis j’étais comme: «Tabarnak, y font bein peur ». Souvent, y’a beaucoup d’abus de drogue, pis c’est des gens un peu spéciaux, excentriques, mais au final ils sont super sympathiques.

PAN M 360: Qu’est-ce qui rend les punks si attachants ?

Alix Fernz: Y a pas de façade. Y a personne qui essaie de se prouver. On fait nos affaires. On se supporte. T’sais, je dis pas que je fais partie de cette communauté-là à 100%, mais quand je vais à des événements, genre des shows à Van Horne, y a comme une énergie intense, mais ça ne va jamais dans la violence, jamais dans le chaos. C’est tout le temps dans le respect.

PAN M 360: Je me souviens de tes premiers albums avec Bloodskin Atopic, tu en avais sorti trois en une année, puis silence radio. Quelques années plus tard tu as sorti Bizou qui a une sonorité complètement différente, avec des influences plus de groupes post-punk comme Gang of Four. Peux-tu nous parler de cette transition?

Alix Fernz: J’avais fait un lancement avec Bloodskin Atopic et la COVID a frappé deux semaines après. Ça a été un gros « Fuck ». Mais la COVID, m’a donné le temps de découvrir des nouvelles influences pis de prendre le temps de refaire mon son. J’trouve qu’avant, avec Bloodskin, j’étais vraiment stiqué sur le garage psych, pis je me perdais un peu là-dedans. J’me mettais la guitare super haute, j’faisais les mêmes moves, j’voulais être ça. J’écoutais n’importe quoi quand j’étais jeune. J’écoutais genre des Top 40. Ce que mes parents écoutaient : du Kiss, du Rush, du bon dad rock. Après, j’ai découvert Gang of Four, j’ai écouté vraiment plus de post-punk, pis plus de bands de L.A. comme The Garden. J’ai aussi écouté beaucoup d’Ariel Pink, même si ça peut être un peu problématique. J’écoutais beaucoup plus de jazz, du Coltrane, plein d’affaires plus éclatées aussi. Je me suis dit « bon, je vais changer de nom, je vais repartir de quoi de nouveau ». Repartir à zéro comme du monde.

PAN M 360: Je me souviens de ton premier show en tant qu’Alix Fernz au Système. Tu étais seul dans la crowd en train de chanter sur de la musique électronique. Ce n’est pas juste le style qui a changé mais toute l’approche, et même l’esthétique. Peux-tu nous parler de ça?

Alix Fernz: Après la COVID, j’ai rencontré ma blonde d’aujourd’hui, Nora. Elle m’a inspiré énormément. J’ai commencé vraiment à triper sur le punk 70’s UK, en termes d’esthétique. J’ai commencé à m’habiller de même—je m’habille encore de même aujourd’hui—c’est ça qui m’a allumé.

C’qui m’a permis d’être vraiment 100% moi-même pis de faire un show qui a de l’énergie, c’était juste de dropper la guitare en show. Avant, avec Bloodskin, j’me cachais vraiment dans la guitare parce que j’étais stressé. J’joue de la guitare, mais j’suis pas un surdoué—j’suis capable en studio, mais en live j’étais tellement stressé. Le premier show d’Alix Fernz, c’était tout seul avec un backing track. Pis ça m’a tellement soulagé. Avec le vibe qu’il y avait, tous mes amis étaient là, pas de stage, down dans la crowd, j’étais comme, « OK, c’est ça.». J’ai fait des plus gros shows. J’ai eu un full band… Ouais, non, ça a juste vraiment décliqué. Pis maintenant, j’suis sur un stage, j’ai mon band, j’ai du gros fun. Pis j’fais des shows solo encore, j’essaie de pousser ça un peu plus.

PAN M 360: Parlons du prochain album Symphonie publicitaire sous influence, dont la sortie est prévue pour le 17 octobre prochain. Les titres sont particulièrement évocateurs. D’ailleurs, j’ai cherché 800 boul. Gouin sur une carte, et c’est l’adresse de la prison de Bordeaux ?

Alix Fernz: C’est un interlude après la chanson 2h15. La toune 2h15, ça parle d’un mec qui a attaqué tout le monde en dehors d’un bar pour aucune raison. Il s’est enfui. Je cherchais un nom pour un interlude. Qu’est-ce que ça pourrait être? On va mettre la prison de Bordeaux.

PAN M 360: Est-ce que l’album est composé de plusieurs histoires de ce genre qui s’entrelacent entre elles ?

Plus ou moins. Il est surtout composé de tounes que j’ai écrites pendant la période Bizou. Il y a même une toune, la dernière de l’album, Choc, qui est une reprise d’un vieux morceau de Bloodskin. L’album n’a pas nécessairement de fil conducteur évident, ni de liens directs entre les chansons. Mais quand je me mets à écrire les paroles et à composer, j’essaie toujours de construire un album qui a un thème, quelque chose à dire. Souvent sur des trucs que j’observe. J’essaie vraiment de faire ressortir ce côté un peu triste et négatif de la vie de party. Cette solitude que les gens traînent, mais qu’ils cachent derrière un « hop, la vie ! ».

PAN M 360: Qu’est-ce que tu veux dire par ce point de vue « négatif » ?

Alix Fernz: Pas négatif dans le sens où je juge, mais plutôt dans le sens où je voulais parler de ces choses dont les gens ne parlent généralement pas. Souvent, il y a beaucoup de façades ; le monde fait le party pour décrocher. Mais il y a ce côté un peu triste, parfois, des gens qui abusent, de substances, ce genre de choses. J’aimais mettre en lumière cet aspect pour montrer aux gens que ça arrive à bien plus de monde qu’on ne le pense. Après, il y a beaucoup de trucs que j’ai dramatisés. Des fois, au bar, je vais essayer de m’imaginer l’avant et l’après de cette personne-là: pourquoi elle s’est rendue là ? C’est du 50-50 parce que bâtir quelque chose à 100% à partir de rien, c’est tough.

PAN M 360: C’est une question que j’aime poser aux artistes — et surtout à toi, comme tu travailles à l’Esco. Selon toi, de quoi la scène alternative québécoise a-t-elle besoin pour mieux se porter ?

Alix Fernz: Il y a déjà eu du progrès. Avec les subventions, c’est plus facile pour des bands d’aller jouer ailleurs et d’avoir du soutien financier pour percer dans d’autres pays. Mais ils pourraient définitivement en avoir plus. Je sais que M pour Montréal en fait beaucoup, justement. Ils ont beaucoup de showcases dans plusieurs festivals à l’étranger. Moi j’en ai fait plein, comme au Great Escape au UK. Ils en font en Allemagne, partout en France, et même aux US—j’en avais fait un pour South by Southwest. C’est vraiment ça que je souhaite aux artistes d’ici, surtout aux francophones. On a juste pas assez de visibilité dans le monde. On reste un peu casés et enfermés au Québec. Ce n’est pas une mauvaise chose en soi, mais ce n’est pas suffisant. Faut se mettre sur la map !

PAN M 360: Est-ce que tu envisages de t’installer en Europe un jour ?

Alix Fernz: On verra. Pour l’instant, je vais surtout voir ce que mon deuxième album va m’apporter en termes de portée. Je sais que mes tounes jouent à la radio en France, c’est cool. Ça, c’est mon label qui me l’a dit.

Alix Fernz est un bijou de la scène locale, évoluant aux côtés d’autres bands québécois qui font bouger les choses — Population 2, Mulch, Béton Armé, entre autres. Notez bien la date du 17 octobre pour la sortie de son album, et surtout, ne manquez pas son spectacle du 8 novembre, où il présentera l’intégralité des chansons en live.

Photo: Aabid Yousef

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