Joseph Edgar, sa musique du cœur

Entrevue réalisée par Marilyn Bouchard
Genres et styles : country-blues / country-folk / indie folk

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Ce 28 août 2025, Joseph Edgar a lancé The Songs of Parkton Miller Vol.1, un premier album anglophone après plus de 20 ans de carrière. Ayant grandi dans les deux langues, l’artist acadien se donne le droit de nous offrir aujourd’hui cet autre pan de sa culture. Il s’agit également d’un retour aux sources, les teintes country-folk-blues y portent son amour de la musique aussi ravivé par un voyage au Brésil. Le cœur est à l’avant-plan ! Pas de percussions bossa-nova ici ou de cuivres chauds, plutôt une envie de revenir à l’essentiel de ce qui procure le plaisir de jouer : avec simplicité et émotion.  On a pass avec lui quelques instants pour en savoir plus sur sa conception, ses inspirations et les collaborations ayant généré cet album singulier. Joseph Edgar y ouvre ainsi la voie à son alter ego, Parkton Miller.

PAN M 360 : Qui est Parkton Miller et pourquoi l’avoir immortalisé comme titre de l’album?

Joseph Edgar: J’ai grandi dans la ville de Moncton, dans un quartier qu’on appelait Parkton, sur la rue Miller. Et comme on était peut-être trois familles francophones sur une quarantaine de maisons, quand on jouait dehors avec les enfants du quartier, ça a commencé très tôt à développer mon vocabulaire anglophone. Et là, en sortant un album entièrement anglophone, je me disais « Ok mais ce serait quoi mon nom, en Anglais? ». J’ai même hésité à mettre Joseph Edgar de côté : j’avais comme besoin d’un alter-ego pour me donner le droit de faire cet album-là, uniquement en anglais. J’ai finalement décidé de prendre cet angle avec le titre.

PAN M 360 : Qu’est-ce que tu avais envie de partager sur cet album?

Joseph Edgar: Au départ, tout s’est passé de manière très très spontanée. C’est-à-dire que je suis allé quelques semaines au Brésil (haha) et tous les soirs j’allais voir des petits spectacles locaux où il y avait ces incroyables chanteurs et musiciens qui débordaient de passion pour leur art. Et qui, purement et simplement, loin des médias et des projecteurs, faisaient de la musique avec leur cœur. Quand je suis revenu du voyage, les chansons sont apparues et elles sont sorties en anglais, sans qu’elles soient guidées nécessairement par une envie spécifique de dire quelque chose mais plutôt par le sentiment de plaisir de jouer que je retrouvais au Brésil. Y’a une synchronicité aussi là-dedans où est-ce que, pour des raisons personnelles, j’ai passé beaucoup plus de temps au Nouveau-Brunswick dernièrement et je me retrouve à lancer cet album, inspiré par mes racines à Moncton, alors que je suis de retour dans la maison familiale. Au bout de la création, je me suis rendu compte que c’était vraiment un album de retour aux sources.

PAN M 360 : Je l’ai écouté et je l’aime beaucoup! Il y a ce sentiment d’intimité, de proximité sur l’album qui le rend d’autant plus authentique. Comment s’est passé l’enregistrement à la maison, de laquelle on entend parfois des sons ?

Joseph Edgar : Ça s’est déposé vraiment naïvement, j’enregistrais dans mon salon, je m’inspirais sur mon balcon et je trackais, parfois en plein milieu de la nuit haha, sur une petite guitare qui sonne pas trop fort pour pas réveiller ma blonde (haha). Ça a été un processus vraiment intime et tranquille et on a trouvé intéressant de laisser cette proximité-là à l’auditeur.

PAN M 360 : Comment s’est passé la conception de l’album avec tes collaborateurs?

Joseph Edgar: Ben, après la phase « tout seul, chez nous » (personne savait que j’étais en train de faire ça) je suis sorti de création et j’ai envoyé les démos à Ben Bouchard. Et ensuite à Jo, Jo Laf et Sunny Duval, parce que je me voyais faire ces chansons-là avec eux. Au début, je voulais qu’on rentre ça en studio et qu’on le refasse et qu’on applique pour une subvention et tout le tralala habituel mais tout le monde était comme « wow ces démos-là sont vraiment efficaces, on devrait se mettre ensemble et les peaufiner as is right now parce que sinon le temps va passer pis tu vas commencer à second-guesser » (ils me connaissent bien haha!). Comme l’essentiel était déjà là et que l’émotion traversait déjà, on voulait pas faire l’erreur de surproduire et de dénaturer les chansons. Au bout du compte, cet album-là a été une traduction de la vibe de laquelle j’avais été témoin au Brésil : celle de faire de la musique avec le cœur avec une approche épurée, près de son esprit initial.

PAN M 360 : Parle-nous un peu de tes collaborateurs, Benoit Bouchard et Sunny Duval, Jocelyn Gagné et Jonathan Lafrance?

Joseph Edgar : Jocelyn Gagné, je l’ai rencontré à Lafayette en Lousiane en 2010 via les Breastfeeders duquel Sunny faisait aussi partie. Jocelyn et moi on a vraiment connecté et, peu de temps après, il m’a contacté pour me dire que je devrais venir à Montréal faire un album. J’y suis allé, on a fait des démos pour ce qui est devenu l’album Interstice – lui était à la réalisation – et c’est là qu’on est devenus des meilleurs amis, des frères. Je l’aime d’amour, c’est un peu devenu mon complice #1 à Montréal, que ce soit personnel ou musical. Sunny, lui, on se rejoint dès qu’on peut, ici et là, à travers les projets quand on a la chance. C’est un autre de mes incontournables. Après ça Benoit Bouchard, ça doit faire depuis, eh boy 2018, que c’est lui qui assure tous les mixes de mes albums et qu’il participe aux arrangements. Finalement, Jo c’est mon boy, mon drummer depuis 6-7 ans et un vrai ami aussi. Ce sont tous des personnes sur qui je peux compter, qui m’ont vu crasher, remonter, etc ! C’est vraiment les personnes avec qui je partage le plus, à qui je me confie le plus : ma famille musicale!

PAN M 360 : On sent un certain retour aux racines country-folk, avais-tu plus envie d’aller là en ce moment ou encore ça a mijoté avec le temps?

Joseph Edgar : Y’a 7 chansons qui sont apparues à mon retour du voyage et ensuite je me suis souvenu qu’il y avait 2 chansons que j’avais enregistrées quelques années passées et que j’avais mises dans un tiroir en attendant le bon moment pour les sortir. Des fois, y’a des chansons qui apparaissent dans le cadre de l’écriture et que tu « flushes » parce que c’est pas le bon moment! Y’a aussi que j’avais fait l’expérience passée de mettre un titre anglo sur un album franco et je trouvais que ça fittait pas alors cette fois-là je voulais vraiment les regrouper en présentant une collection.

PAN M 360 : L’écriture en anglais te vient-elle de manière aussi fluide qu’en français?

Joseph Edgar : C’est important pour moi d’œuvrer en Français et de faire partie de ceux qui défendent la langue Française dans un milieu minoritaire mais à quelque part ça fait huit albums que je sors, plusieurs EP, tous en Français… Je me suis dit que j’avais le droit, maintenant, de faire un album en anglais puisque y’a aussi de l’anglais dans mon identité et dans mon expression. Je me suis donné une liberté que je ne me donnais pas avant. Au final, c’est la chanson qui décide de la langue qu’elle va prendre pour son expression, c’est vraiment ça qui me guide.

PAN M 360 : C’est ton neuvième album, le processus a-t-il évolué pour toi à travers le temps? En as-tu une vision différente maintenant?

Joseph Edgar : Je pense que des fois on peut en venir à se sentir un peu « pogné » avec la pression des labels. L’industrie qui a beaucoup changé, le marketing des réseaux… Au niveau personnel, on essaie de faire ce qu’on veut quand même au travers mais y’a souvent des contraintes. Et avec cet album-là, je reviens vraiment à ce pourquoi je faisais de la musique 20 ans passé..si c’est pas 30 ans passé avec mon premier groupe de musique 0 degré celsius dans les années 90. C’est directement relié à la vibe d’authenticité que j’ai ressentie au Brésil, qui m’a ramené au pourquoi je faisais de la musique. Et donc y’a comme une résistance parce que je l’ai fait exactement de la manière contraire à ce qu’on est supposé faire (haha) : je l’ai fait indépendamment via ma compagnie de production Cris du Goéland. Le cover, c’est une archive personnelle et j’ai lancé l’album sans tambours ni trompettes, je le laisse se déposer doucement dans les oreilles des gens.

PAN M 360 : Le graphisme de l’album, dont tu nous a parlé un peu, vient d’où?
Joseph Edgar:
C’est une photo qui a été prise de moi de manière improvisée, en revenant de L’Espace Public dans Hochelaga, au milieu de la nuit, par mon amie Lili de Grâce. C’était pendant la « blood red moon » du mois de février quand je venais tout juste d’arriver du Brésil et que je marchais back à la maison, c’est donc capturé au moment précis de ce contraste du retour. C’est une vraie photo de moi, où, encore une fois, on est proches de l’essentiel.

PAN M 360 : Qu’est-ce que tu mijotes pour la suite ?  Où est-ce qu’on peut t’attraper en show prochainement?

Joseph Edgar : Dans les dernières semaines, j’ai beaucoup joué dans le coin de Moncton mais je me promène un peu partout cet automne, Rimouski, Edmunston, que ce soit en formule band ou en show plus intime solo que j’apprécie beaucoup faire! Pour ce qui est des prochaines tunes, ben y’a 2 chansons dormantes que j’ai placées dans cet album-là mais j’en ai plein d’autres (haha)! Aussi, le fait d’avoir baptisé cet album-là comme un Vol.1, ça m’ouvre la porte à développer dans ce sens-là. J’aurai dorénavant une avenue pour ces chansons-là. J’aime laisser les choses arriver, je ne « chasse » pas les chansons… Je suis toujours surpris et rempli de gratitude quand y’en a qui apparaissent, mais ça sera certainement pas long que je vais m’y remettre. Même si pour le moment, je laisse cet album-là se déposer et prendre son espace.

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