Jonathan Personne : D’un Personne à l’autre

Entrevue réalisée par Patrick Baillargeon

Jonathan Personne réapparaît dans le paysage musical avec Disparitions, un album qui résume une période intense pour le musicien montréalais.

Genres et styles : indie rock

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Crédit photo : Dominic Berthiaume

Son nom n’est pas Personne. Derrière ce pseudo se cache Jonathan Robert, illustrateur, réalisateur de plusieurs vidéoclips et accessoirement guitariste et chanteur chez Corridor. Son nouvel effort solo, Disparitions, est un album où les clins d’œil au classic rock et aux trames sonores de westerns spaghetti s’imbriquent à l’indie rock bien personnel de Personne. C’est aussi un album qui marque un certain ras-le-bol chez le musicien. Après une année fort chargée, Jonathan Personne s’est un peu retrouvé au bout du rouleau. Pas nécessairement malheureux, mais débordé, épuisé. Disparitions a été en quelque sorte une soupape et un exutoire pour l’artiste, une manière de se retrouver et de se ressourcer. Jonathan Robert nous parle de sa réapparition.

PAN M 360 : Qu’est-ce que le titre Disparitions signifie pour toi, et pourquoi au pluriel ? Il y a plusieurs disparitions ?

Jonathan Personne : J’intitule toujours mes albums avec le titre d’une chanson qui s’y retrouve. J’ai fait ça pour mon précédent Histoire Naturelle et pour Corridor aussi. J’essaye de choisir la chanson qui représente le mieux la vibe de l’album. Disparitions parle pas mal de la dernière année, qui a été assez spéciale. Il s’est passé énormément de choses dans ma vie. La signature (de Corridor) chez Sub Pop, les tournées qui ont suivi… Donc, en 2019 j’ai fait paraître mon premier album solo Histoire Naturelle, ensuite j’ai composé, enregistré et on a sorti Junior de Corridor, y’a eu d’autres tournées, j’ai réalisé trois clips, fait beaucoup d’illustrations… Arrivé à l’été (2019), j’ai eu comme un gros shutdown, je m’étais pas mal poussé à bout. Je ne me reconnaissais plus. J’ai réalisé que je négligeais ma vie personnelle au profit de ma vie professionnelle. Donc, j’ai dû garder seulement ce qui est essentiel et dire non à plusieurs propositions professionnelles. Et je ne voulais pas non plus faire tellement de musique que j’en serais tanné. Alors j’ai pris un petit break et ça m’a fait du bien. Donc, par disparitions, j’entends que c’est moi qui était en train de m’effacer avec tout ça.

PAN M 360 : Avec qui as-tu travaillé pour ce disque ?

JP : J’ai été au studio Pantoum à Québec. J’aime particulièrement ce studio car on y enregistre en analogique. Je cherchais à avoir un son qui ne semble pas trafiqué. J’ai travaillé avec Emmanuel Éthier (Chocolat, Bernhari…) à la réalisation et Guillaume Chiasson (Ponctuation, Bon Enfant, Jésuslesfilles…) à la prise de son. Ce sont des gens que je connais bien. J’aime me retrouver avec des amis pour enregistrer, je me sens plus confortable. On a fait ça pas mal en live, en groupe. Je voulais garder ces petits défauts qui donnent du charme. C’était la première fois que j’enregistrais en dehors de Montréal. Quand tu enregistres dans un studio à Montréal, tu retournes chez toi après la séance, tu reviens dans tes petites habitudes, alors que là-bas, nous étions tous concentrés sur le projet. On avait juste ça à faire. On a enregistré à l’automne 2019, en une semaine environ. 

PAN M 360 : Comment s’est déroulée l’écriture des chansons ?

JP : Le premier album, je l’ai fait pendant quatre ans sur un 4 pistes. Je n’avais aucune connaissance en enregistrement. Là, c’était différent, je savais plus ce que je voulais. J’avais, pour ce nouveau disque, des idées de chansons qui dataient de quelques années. L’été dernier, suite à l’épisode de surmenage, ça m’a inspiré pour écrire de nouvelles chansons et réarranger les autres. Ensuite, j’ai concrétisé tout ça avec mes musiciens.

PAN M 360 : Qu’est-ce qui différencie Histoire Naturelle de Disparitions ?

JP : Pour Disparitions, j’avais envie d’essayer des patterns plus indie rock, même de faire un album plus classic rock. Je ne sais pas si j’ai réussi. Je n’arrive pas à mettre en mots ce qu’est un album de classic rock, mais dans ma tête et ce qu’on retrouve sur l’album, c’est l’idée que je m’en faisais. J’avais aussi des inspirations de trames sonores de westerns spaghetti que je voulais ajouter à travers tout ça. Deux directions dans lesquelles je me suis lancé, en les mélangeant toutes ensemble. Le premier album est plus dreamy, il a un aspect, je ne dirais pas mélancolique mais un peu nostalgique. Tandis que pour le second disque, je cherchais à faire quelque chose de plus cru. J’ai mis beaucoup moins d’effets dans ma voix. 

PAN M 360 : Qu’est-ce qui différencie Jonathan Personne de Corridor ?

JP : Les thèmes sont nettement plus personnels dans mes projets solo. Quand j’écris une chanson pour Corridor, je ne sais pas si ce sera moi ou Dominique (Berthiaume) qui va la chanter. Alors que là, je sais qu’il n’y a que moi pour chanter. Je sors plus d’émotions à travers ça. 

PAN M 360 : Est-ce que Jonathan Personne serait un véhicule pour faire tout ce que tu ne t’autorises pas avec Corridor ?

JP : Avec Corridor, il y a un effort pour composer en groupe; on arrive tous avec nos idées. Tandis qu’avec Jonathan Personne, j’ai pas mal tout en tête pour monter la chanson : la batterie, la « ligne » de basse… C’est vraiment un autre trip. Avec Corridor, je ne suis pas capable de faire une maquette, alors que je n’ai aucun problème avec Jonathan Personne…

PAN M 360 : Tu parlais de classic rock un peu plus tôt, le communiqué de presse en fait mention aussi, tout comme il est fait mention des trames sonores de westerns spaghetti… Si je ne l’avais pas lu, je ne l’aurais jamais remarqué… 

JP : C’est ben correct ! Mon intention était de faire ça, mais je sais que je me perds toujours en chemin. (Rires

PAN M 360 : La chanson Terre des hommes a un petit air de (Don’t Fear) The Reaper de Blue Öyster Cult, non? C’est ton clin d’oeil classic rock

JP : Je me suis fait dire ça ! Moi j’avais plutôt en tête du Neil Young avec Crazy Horse ou quelque chose comme ça. J’ai des références assez classic rock pour cet album. Prends la chanson Springsteen, je l’ai intitulée comme ça un peu pour brouiller les pistes, car c’est plus Sultans of Swing de Dire Straits qui m’a inspiré pour ce morceau. Le but était de prendre des éléments des années 60 et 70 qui m’ont toujours influencés, des années 80 aussi, et de tout mettre ça ensemble.

PAN M 360 : T’es pas très indie ou alternatif dans tes goûts musicaux ?

JP : Oui, j’aime des trucs des années 90, 2000 même. Par contre, j’essaye de ne pas trop me laisser influencer par ces genres de musiques ni par ce qui se fait actuellement. Je sais qu’inévitablement je vais faire un truc qui aura une saveur actuelle, on n’y échappe pas. Reste que je n’ai pas fait un album rétro mais j’ai plutôt ajouté des éléments ou des clins d’oeil « rétro ». Le but est de s’approprier le genre mais pas de le copier. 

PAN M 360 : Tu fais beaucoup d’illustrations; tu crées le design de toutes tes pochettes ? 

JP : Oui, et je trouve ça assez important. Y’a des gens qui utilisent plus leurs gueules pour vendre leur musique, moi, j’ai toujours opté pour une illustration. Je dessine depuis longtemps. J’ai commencé en faisant des flyers pour des shows, puis des posters et des vidéos. 

PAN M 360 : Des projets dans un futur proche ? Il y a beaucoup de musiciens qui, à peine leur nouvel album sorti, sont déjà en train de travailler sur un autre en cette période exceptionnelle. 

JP : C’est ce qui m’arrive en ce moment, je suis déjà en train de travailler sur l’album suivant. Autant je n’avais plus de temps pour moi-même il y a un an, autant là, j’en ai en masse. Et y’a aussi un nouvel album de Corridor en chantier. Et je dirais que ça fait un peu mon affaire car je préfère composer et enregistrer que de tourner. J’adore faire des shows, c’est clair, mais j’ai plus de satisfaction dans la création… J’ai quand même apprécié les derniers mois, je ne te le cacherai pas (Rires). Ce qui est dommage, c’est qu’on était sur une belle lancée avec Corridor. On recommençait à faire des shows, des tournées, on avait des dates de bookées dans des super festivals, on avait de meilleures conditions, on avait un momentum et tout ça a disparu… Bon, je ne suis pas le seul dans cette situation, donc je ne devrais pas chialer. Mais heureusement, ça ne m’empêche pas de faire de la musique, donc tout n’est pas foutu !

Une session d’écoute de l’album de Disparitions aura lieu le 10 septembre 2020 à L’Esco. (Gratuit)

Jonathan Personne sera sur scène le 23 septembre 2020 au Théâtre Rialto dans le cadre du festival Pop Montréal.

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