FLUX | Le grand Andrew Cyrille en solo: le présent, d’abord et avant tout

Entrevue réalisée par Alain Brunet
Genres et styles : improvisation libre / jazz contemporain

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Le batteur et compositeur Andrew Cyrille se destinait à de hautes études en chimie et avait finalement opté pour la chimie des sons et de la musique improvisée. D’origine haïtienne, l’octogénaire est parmi ces grands musiciens américains ayant vécu la transition du jazz moderne au jazz contemporain. On l’a entendu aux côtés du saxophoniste Coleman Hawkins à ses débuts, puis dans la formation du pianiste Cecil Taylor. Plus tard, il fut associé au saxophoniste David Murray, des pianistes John Hicks et Marilyn Crispell, tant d’autres. Ce samedi à La Chapelle / Scènes contemporaines, il assure la deuxième partie d’un programme dans le contexte du festival FLUX, présenté conjointement par Le Vivier. Nous l’avons joint à New York plus tôt cette semaine en voici la conversation transcrite pour le lectorat de PAN M 360.

PAN M 360 : Vous vous êtes produit à plusieurs reprises à Montréal par le passé, vous venez cette fois dans un autre contexte. Peut-être pourriez-vous nous expliquer sommairement ce projet solo, nous dire comment il a été construit ? 

Andrew Cyrille : C’est construit sur des compositions originales et aussi sur des concepts qui viennent d’autres artistes.  J’exprime ma musique à travers le médium de la percussion.

PAN M 360 : Et si nous essayons d’être plus précis, pouvez-vous nous donner des exemples de ces expériences, ou de votre relation avec vos compositions en tant que percussionniste ? 

Andrew Cyrille : Oui, bien, j’ai fait quelque chose il y a de ça plusieurs années sur un album intitulé What About, ça a quelque chose à voir avec essayer de donner un exemple de la naissance, les premières respirations, les premiers sons qui peuvent être communiqués à d’autres êtres humains. Une autre  sur What About se concentrait sur les cadres des tambours , ceci incluant des overdubs de sifflets ou flutes. Une autre pièce avait été enregistrée avec Gene Lee et Jimmy Lyons sur l’album Nuba et je joue la pièce Nuba que j’ai conçue et dans laquelle je fais un solo de percussion en hommage à Art Blakey et Max Roach, comme le Seven for Max que j’ai déjà enregistré. Si je vous donne tous les exemples, je ne vais pas tous les jouer! 

PAN M 360 : Pouvez-vous nous présenter ce projet spécifique  prévu à Montréal ? 

Andrew Cyrille : Je viens seul. Et j’ai donné des consignes au festival Flux pour assembler la batterie qui me conviendra. J’ai photographié mes instruments et fait parvenir les images aux organisateurs de FLUX.

PAN  M 360 : Vous avez toujours été impliqué dans les nouvelles formes de jazz, en tant que batteur, interprète, compositeur ou leader.  Et quelle est la place du concert solo dans tout ça?

Andrew Cyrille : J’ai fait beaucoup de solos de percussions tout au long de ma carrière et je dirais que le solo est aussi inclus dans une composition de jazz pour n’importe quel ensemble. Je viens d’ailleurs de présenter un concert solo dans un club de la région de New York.  

PAN M 360 : Donc ça a toujours changé, vous avez pu affiner votre approche et aller plus loin. 

Andrew Cyrille : Quelles que soient les compositions en jazz, c’est ce que nous faisons à l’intérieur de ces compositions : les rendre différentes. En d’autres termes, pour nous prendre une pièce et la transformer en y ajoutant de nouveaux ingrédients. Nous partons d’une composition et nous la transformons avec nos propres influx.

PAN M 360 : Vos origines haïtiennes rejaillissent-elles dans votre musique ? L’héritage rythmique d’Haïti est si riche!  

Andrew Cyrille : Je suis né aux États-Unis de parents haïtiens. Il y a des réminiscences de la culture haïtienne dans mon jeu, mais c’est plutôt inconscient.  Le fait est que mon éducation musicale a été reçue aux États-Unis, dans des écoles de musique comme Juilliard, et ça a fait ce que je suis. Bien sûr, les musiciens de partout dans le monde avec qui j’ai joué ont aussi contribué à forger ma personnalité musicale. J’ai appris à travers tout ça pour ainsi devenir ce que je suis.

PAN M 360 : Vous êtes resté connecté à la musique.

Andrew Cyrille : Le truc avec  la musique, c’est que vous ne voyez pas les notes, vous ne goûtez pas les notes, vous ne les mettez pas dans votre poche. Vous ressentez les notes, et c’est une connexion spirituelle. Si vous trouvez un dénominateur et une façon de communiquer avec d’autres êtres humains quels que soient les vêtements qu’ils portent ou la nourriture qu’ils mangent, vous pouvez alors faire de la musique.

PAN M 360 : Êtes-vous impliqué dans beaucoup d’ensembles ou encore vous concentrez-vous sur votre projet solo?

Andrew Cyrille : Je me concentre sur ce que les gens me demande de faire. Je viens, par exemple, de jouer avec le trio du  pianiste David Virelles, d’origine cubaine et qui vit à New York avec le contrebassiste Reggie Workman, ou encore avec le groupe du  pianiste Adegoke Steve Colson. Il n’y a pas de plan précis dans mes collaborations, il y a plutôt des des possibilités, des occasions.  Il y a aussi mon propre quartet qui  s’est produit récemment au Village Vanguard, avec Bill Frisell,  guitare, David Virelles, piano et Ben Street, contrebasse. J’y retournerai bientôt avec un ensemble composé notamment de Joe Lovano, saxophone et Dave Douglas, trompette. De plus, j’enseigne à The New School.Pour moi, cela fonctionne ainsi: je ne peux vraiment que gérer le présent, essayer de m’améliorer au présent et rester en vie (créative). Oui, je pense à ce qui peut advenir dans le futur. Mais pour moi lorsque le futur s’avère, c’est le présent. Et c’est ce qui compte pour moi. 

PAN M 360 : Les souvenirs sont-ils importants pour vous?  Vous avez une longue et riche carrière mais vous êtes toujours actif.

Andrew Cyrille :  Vous savez, il y a des choses dans le passé que je peux me rappeler, des expériences qui m’ont spirituellement fait grandir. Par exemple,  j’ai eu l’opportunité de jouer avec Coleman Hawkins pour son album The Hawk Relaxes. J’avais alors 21 ans quand j’ai fait ça, et je n’avais rencontré Coleman Hawkins auparavant, et j’ai eu une date d’enregistrement avec lui, et qui était-ce? Ron Carter était à la basse, et Kenny Burrell à la guitare, Ronel Bright au piano. Je Sarah Vaughan. Ce fut  la seule fois où nous avons joué ensemble,  Coleman Hawkins m’a accepté et nous avons joué sa musique. 

PAN M 360 : Coleman Hawkins était déjà vieux à cette époque, mais il avait une réputation d’un homme très ouvert, ce n’était pas le cas pour la majorité de ses collègues de sa génération.

Andrew Cyrille : Une personne avec qui j’ai passé des moments phénoménaux et qui m’a appris beaucoup de choses, c’était la grande pianiste Mary Lou Williams.  J’étais alors étudiant à Juilliard et Mary Lou m’avait appris d’autres dimensions de la musique, notamment en me faisant chanter des patterns mélodiques du jazz moderne avant de les jouer. J’avais appris à ne pas avoir peur de ma voix et à faire ce qu’elle m’avait prescrit.

PAN M 360 : Un peu comme dans la musique classique indienne, où l’on dit les ragas de vive voix avant de les jouer.

Andrew Cyrille :  Beaucoup de choses sur cette planète sont interreliées.

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