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Prévu samedi par Codes d’Accès, un organisme dont l’objet est de faire mousser le travail de nos compositeurs.trices émergent.e.s, le programme électroacoustique Troubles et méandres présente “ des artistes innovants dont les œuvres brouillent les pistes des conventions musicales et de performance”. Pour celles et ceux ayant répondu à l’appel, PAN M 360 met ici leurs réponses en ligne et leur souhaite une longue et fructueuse carrière de création ! Loic Minty avait prévu présenter samedi Amour/Mort, une pièce s’appuyant sur la notion de cyclicité et qui met en lumière un instrument musico-lumineux de son cru. Ce concert a été annulé et (peut-être) reporté. Voici néanmoins le parcours du créateur.

PAN M 360 : Le but étant de vous rendre plus visible, présentez-vous !
Loic Minty: Je suis récemment diplômé de l’école de musiques numériques de l’Université de Montréal. Je l’ai fait par curiosité pour ce qui me représentait le plus grand défi dans ma vie personnelle. J’avais peur d’intégrer la technologie dans ma propre musique, car j’avais l’impression qu’elle m’éloignait de mon environnement. Elle me semblait froide, bruyante et sans âme, mais en même temps, c’est la musique électronique qui me parlait le plus. Tout cela pour dire que je m’y suis attaqué avec beaucoup de réticence, en inspectant minutieusement la manière dont les outils étaient utilisés plutôt que ce qui était produit.
J’ai réalisé que la pratique électroacoustique « dans la boîte » ne correspondait pas à la physicalité que je recherchais dans la musique. J’en suis arrivé à un point où j’avais l’impression que les intentions derrière la technologie que j’utilisais avaient plus d’influence sur ce que je produisais que moi-même. Heureusement, les professeurs là-bas sont très ouverts d’esprit à ce sujet. J’ai décidé de sortir des DAW (Digital Audio Workstation ) et de me lancer dans la fabrication d’instruments avec une sensibilité plus sociologique.
À mon sens, nos interfaces séquentielles actuelles limitent non seulement le potentiel affectif de l’interaction homme-machine, mais elles sont également très linéaires dans leur conception du temps. J’ai décidé de créer quelque chose qui pourrait me rapprocher du temps circulaire, des effets de transe de la musique soufie ou de l’idée des cycles de gong dans la musique gamelan. Ils forment un paradigme qui reflète une différence profonde par rapport à notre perception de la vie et de la mort.
Au fil du temps, j’ai été inspiré par les paroles de Donna Haraway, Philippe Breton et Pia Baltazar, pour n’en citer que quelques-uns. Je pense que si quoi que ce soit, je suis encore plus inquiet à propos de la technologie aujourd’hui que jamais, la différence étant que je sais désormais où je me situe.
PAN M 360 : Présentez votre œuvre au programme : le titre, l’objet, le contenu, la forme, les référents stylistiques, l’instrumentation, les interprètes (s’il y a), l’exécution live, l’angle D’attaque.
Loic Minty: L’instrument est lumino-sonique, ce qui signifie que la musique et le son ne font qu’un. Le moteur repose sur les manipulations sonores les plus simples que l’on puisse faire dans un DAW, à savoir le défilement et la boucle, mais avec une forme d’interaction renouvelée et reconstituée visuellement en cercle. Je travaille dessus depuis un certain temps déjà, en le peaufinant dès que j’en ai l’occasion. J’en suis arrivé à une version qui me satisfait. Je peux être aussi silencieux que bruyant, et c’est suffisamment chaotique pour que je doive vraiment écouter ce que je fais afin d’en tirer un son significatif.
La performance est entièrement live et principalement improvisée. Il n’y a pas de bande son, pas de plan B. Si je quitte la scène ou si le patch plante (ce que je ne souhaite pas, bien sûr), ce serait le silence total. Sur le plan musical, je voulais m’assurer que le contenu ne repose pas uniquement sur la technologie. J’utiliserai ma voix et j’intégrerai des échantillonnages de The Fall. Le résultat a une touche sombre et introspective, comme le suggère bien le titre Troubles et Méandres, mais il est aussi légèrement crasseux avec des passages noise et ambient.
PAN M 360: En quoi êtes-vous lié à ce programme dont le titreTroubles et méandres semble suggérer un thème? Ou encore à l’organisme Codes d’Accès? Ou encore à une cohorte émergente de la scène des musiques de création?
Loic Minty: Plusieurs personnes avec lesquelles j’ai étudié figurent sur la même affiche que moi. En tant que cohorte, j’ai l’impression que nous avons collectivement brisé le moule de ce qu’était auparavant Musiques Numériques. Nous sommes arrivés dans une période de transition où, après la pandémie, les jeunes enseignants ont ouvert les portes de la musique acousmatique « hautement artistique » à des pratiques plus interdisciplinaires. Nous étions prêts. La musique électronique est incroyable, mais son appréciation dans le contexte d’une performance reste nébuleuse, il y a beaucoup à explorer pour en faire un art vivant. Cette période a donné lieu à des spectacles incroyables : Nicolas Bourgeois et Graham Hudson-Jameson sont quelques noms à retenir. Et bien sûr, Permutations d’Alexandre Sasset Blouin, joué par l’orchestre de synthétiseurs de l’UdeM. Je l’ai déjà vu, c’est une œuvre impressionnante.
PAN M 360 : Vos prochains projets ou événements?
Loic Minty: À court terme, je souhaite continuer à jouer de cet instrument et développer certains concepts musicaux que j’ai découverts en préparant le spectacle. À long terme, mon objectif est de rendre l’instrument entièrement transportable à vélo et de parcourir différentes régions du monde pour collecter des sons et les partager entre les communautés.























