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Première artiste à présenter jeudi une œuvre, Sonic Memories of Fleeting Times, au festival Akousm, et ce malgré son absence physique, Vivian Li est aussi la récipiendaire du concours Jeu de temps / Times Play de la Communauté électroacoustique canadienne (CEC). Cette compétition met en valeur de nouvelles œuvres électroacoustiques produites par des compositeurs, compositrices et artistes sonores, jeunes ou émergent.e.s, du ou vivant au Canada.
Récemment diplômée de l’Université de Montréal,Vivian Li est une artiste sonore et compositrice dont le travail explore l’interaction entre la mémoire, la présence et la nature éphémère de l’expérience vécue. Notre collaboratrice Léa Dieghi l’a jointe à Beijing. Son récit, fort bien ficelé, invite à la lecture !
Dehors, il y a un saule pleureur, dont les branches se meuvent au rythme du vent. Il contraste avec l’architecture, qu’elle qualifie de “cage ».
Beijing s’éveille, Vivian Li, aussi.
« Qu’est-ce qui est proche de toi? Qui est-ce que tu rencontres ? Qu’est-ce que tu vis ? Qu’est-ce que tu vois le matin quand tu ouvres les yeux? »
À Montréal, il était dix heures du soir. Dans la lumière tamisée de mon appartement, j’attends son appel, sur l’application WeChat, meilleur canal de communication pour rejoindre et communiquer avec la Chine depuis le Canada. J’ai le regard porté vers l’extérieur, rue Ontario, en attente d’une réponse.
Après quelques secondes, elle décroche, la voix enrouée par le sommeil. En voyage en Chine, pays d’où elle est originaire, Vivian Li vient de se réveiller. Il est huit heures du matin, et dans sa chambre d’hôtel situé à Beijing, elle me parle de son voyage, de son identité, de sa musique, et de toutes ces choses qui font d’elle et de son art une entité homogène, qu’elle dévoile avec vulnérabilité au monde.
Récemment diplômée de l’Université de Montréal, Vivian Li est une artiste interdisciplinaire en son et musique, basée à Tiohtià:ke / Montréal. À travers des mélodies hypnotiques accompagnées de synthétiseurs et rythmées par des enregistrements sonores de sa vie quotidienne, son œuvre tente d’ouvrir une brèche au sein de sa propre intimité. Un pont entre son monde et le nôtre.
« In a way, dit-elle en anglais avant de passer au français, I’m trying to create a connection between me and the other people… Même si les gens qui écoutent ma musique ne vivent pas nécessairement des expériences identiques aux miennes, certaines choses semblent universelles, comme la tonalité d’une voix, un rire, des pleurs… Toutes ces expressions, et ces émotions, c’est ce qui nous rapproche en tant qu’humain, mais c’est aussi la singularité de mes enregistrements sonores qui dévoilent mon identité dans mes pièces. Je suis chinoise et canadienne. Pour moi, ce n’est pas seulement l’utilisation d’instruments traditionnels qui dévoilent mon identité, tout le monde peut les utiliser. Ce sont mes enregistrements de discussions entre amis et familles, mes mémos vocaux intimes, ce que j’entends dans la rue quand je me balade. »
Par l’ajout d’enregistrements qu’elle capte sur le terrain, de sa technique radiophonique et de sa composition spatiale, elle construit des environnements sonores immersifs qui oscillent entre documentaire et romantisme, laissant place à la mélancolie des souvenirs.
Cette approche documentaliste se fond, dans un sens, avec un certain collectionnisme d’instants passés.
« Je me sens comme une collectionneuse… opine-t-elle. Depuis que j’ai huit ans, j’écris des journaux intimes que je relis à travers les années, et dans mon processus créatif, c’est un peu la même chose…. Je collecte des sons, des bruits, des bribes de souvenirs et de ressentis, que j’assemble plus tard, pour que, dans cet instant, ils prennent de nouveaux sens… J’écoute mes anciennes prises de son, mes projets inachevés, je regarde les photos de moi, des gens qui m’entourent… Je suis très attachée à la mélancolie. »
Dans une de ses plus récentes pièces ( acousmatique, multiphonique et spatialisée) , Sonic Memories of Fleeting Times | 流声逝忆 qu’elle présente ce mercredi au festival Akousma, elle y explore ces thèmes d’intimité, de la mémoire et du temps. Nous partageant des moments banaux de sa vie, mais pourtant profondément intimes, pour nous transporter dans son propre espace-temps.
Cette construction de son univers s’est faite à travers le temps, par elle-même, mais aussi par l’expérience de la collaboration, notamment avec Coralie Gauthier, dans leur projet Echonymphia.
« Coralie, confie-t-elle, est une personne que je respecte beaucoup dans la vie, I feel so grateful to have meet them… C’est mon premier projet sérieux, et elle m’a beaucoup appris… Grâce à elle, j’ai été capable de beaucoup plus lâcher prise dans ma musique, j’écoute et crée plus intentionnellement. »
Coralie joue de la harpe, et Vivian le piano. Dans leur collaboration, c’est l’échange actif entre leurs instruments qui se démarque. Une sorte de dialogue sans mot, où l’une joue, et l’autre répond. Pourtant, l’importance accordée à l’esthétique visuelle semble également contribuer à cette expérience onirique. Assises à même le sol, tout comme le public. Des draps sont tendus contre les murs, des visuels rêveurs aux couleurs claires sont projetés. Parfois, des fleurs mortes et des vapeurs d’huiles essentielles s’immiscent dans la pièce. Et leurs corps, mouvant tranquillement au rythme qu’elles jouent de leurs instruments,
« Que ce soit avec Coralie ou au sein de mes projets personnels, soulève Vivian, ce que j’essaye vraiment de créer, c’est la sensation d’intimité, de douceur et d’introspection (…) Le décor joue aussi une grande partie dans cette expérience… On veut que le public puisse avoir l’opportunité de ralentir, de se laisser complètement aller, dans une intention d’écoute, mais aussi de connexion. Avec nous, avec les autres, mais aussi avec eux-mêmes. »
Naviguant entre les projets solos et en groupe (avec Coralie, mais aussi avec des membres de sa cohorte à l’université de Montréal.), Vivian li est actuellement en pleine création d’un nouvel album, qui « regroupe différentes pièces créées ces dernières années. »
Et, bien que le voyage, les collaborations, les shows, ou encore la conception de son nouvel album lui prennent la majeure partie de son temps, elle continue de rêver, en silence, à de nouvelles collaborations.
« Une de mes collaborations de rêve, en ce moment ? Quelqu’un doué en percussion, je dirai… Mais aussi, sûrement RAMZi. »
Et on lui souhaite que son rêve se réalise.























