5ilience | Devinim, lorsque les sons se meuvent à travers les anches

Entrevue réalisée par Jeremy Fortin
Genres et styles : Musique de création

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Le quintette à anches 5ilience (prononcerSilience) présente ce mercredi  18 mars au Quai 5160 à Verdun Devinim, un concert conçu autour du mouvement que chaque pièce développe singulièrement. PAN M 360 vous présente  cet entretien avec le directeur artistique et saxophoniste Thomas Gauthier-Lang pour discuter du programme de ce concert.

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PAN M 360 : Bonjour Thomas, bien heureux d’être ici avec toi aujourd’hui, peux-tu me parler de 5ilience pour quelqu’un qui n’en aurait pas encore entendu parler.

Thomas Gauthier-Lang : 5ilience est un quintette à anches, le premier au Québec. On s’intéresse surtout à faire vivre et montrer la musique composée pour quintette à anches, qui, bien que le type d’ensemble soit encore nouveau, possède son propre répertoire.

Le premier quintette à anches se nomme Calefax et il est né dans les années 80 aux Pays-Bas. Au début, c’étaient surtout des arrangements, puisqu’il n’existait pas de répertoire, mais ils ont commencé un concours de composition qui existe encore aujourd’hui et il y a maintenant des œuvres  régulièrement composées pour un quintette à anches, c’est donc une formation en vie et  toujours en évolution.

Maintenant, dépendamment d’où le quintette se trouve dans le monde, il trouve son identité aussi par rapport aux compositeurs avec qui il collabore, parce que, c’est quelque chose de nouveau et donc c’est proche de la création musicale aussi. C’est pour ça que moi, ça m’enchantait beaucoup en tant que saxophoniste qui fais de la musique contemporaine, de créer un projet comme ça. Puis il y a justement deux pièces de notre répertoire du concert de mercredi Devinim de Ufuk Biçak et Astro Errante de Abraham Gómez, qui sont des pièces qui ont été soumises au concours de composition de Calefax, et comme toutes les pièces soumises sont du domaine public pour que les autres quintettes puissent les jouer, nous avons pu accéder à cette musique grâce à l’initiative du quintette.

PAN M 360 : Si on regarde un peu le concert que vous allez présenter mercredi, vous avez choisi comme nom du concert Devinim, qui est aussi une des pièces du concert. Qu’est-ce que ça signifie?

Thomas Gauthier-Lang : Devinim en turc, ça veut dire mouvement. Je trouve que c’était propice à nommer le concert par ce titre-là, parce que les musiques qui sont présentes dans le programme, ce n’est pas qu’elles sont sans thèmes.  Il y a des thèmes musicaux, en fait, mais ce sont beaucoup plus des thèmes rythmiques que, disons, une mélodie. Et donc, de faire référence plus au mouvement qu’une mélodie accompagnée. Pour moi, ça avait plus de sens.

Puis, il y a peut-être un petit clin d’œil qui se trouve aussi dans la Semaine du Neuf, où le thème était le mouvement et comme 5illience est aussi un ensemble qui est dans un projet du Vivier, le Pôle Relève.

PAN M 360 : J’allais justement faire un lien avec la Semaine du Neuf, où on a eu la chance de voir comment plusieurs ensembles interprètent la thématique à leur manière, comment le mouvement est représenté, si on veut, dans votre concert.

Thomas Gauthier-Lang : C’est une très bonne question. Je te dirais que le fil conducteur de ce concert, c’est la manière dont les compositeurs.trices abordent la notion de mélodie. Plutôt que de se déployer sous une forme lyrique, elles vont apparaître sous la forme de courts motifs et de leitmotivs rythmiques.

PAN M 360 : Parlons des pièces que vous allez présenter mercredi prochain.

Florence Tremblay — Gravités (2023)

Thomas Gauthier-Lang : C’est une pièce qui a été composée pour nous en 2023, pour notre concert Flore temporelle. C’était comme un concert en continu. Le but était de diluer le temps  ou de créer un sentiment que ça s’accélère.

Dans  Gravité, Florence s’intéresse à créer des formes molles, si on veut. Il y a des moments où on est tous très alignés, il y a quelque chose de très vertical et, à chaque point où on retourne ensemble, il y a cette forme-là qui vient se refondre. Puis, musicalement, elle le fait par des lignes qui sont toujours en train de glisser, soit vers le haut, soit vers le bas, avec des entrées qui sont succédées dans les instruments.

Il y a tout le temps cette forme  en mouvement continu et qui fond vers le bas ou vers le haut. Puis, comme c’est une pièce qui a spécifiquement été composée pour un autre concert, elle était intéressée à en réécrire un début. Parce que dans le concert Flore temporelle, les pièces s’enchaînent. Elle a donc pu revenir dans cette pièce-là et réécrire un début qui allait avoir plus de cohérence avec le contexte dans lequel on allait présenter Gravité.

Theresa Wong — Letters to a Friend (2017)

Thomas Gauthier-Lang : C’est une pièce qui, à la première écoute, possède quelque chose qui pour moi est très jovial. Mais dans la pièce, Theresa Wong apprend un poème de sa meilleure amie, qui est malheureusement décédée. Donc, elle prend ce poème-là et le traduit en code morse. Et ce code morse, ce sont les rythmes. Il est donc réalisé par le quintette à anches. Tout ce qui est entendu, c’est donc le code morse du poème.

Ufuk Biçak — Devinim (2022)

Thomas Gauthier-Lang : Devinim, il y a quelque chose de très drôle dans cette partition. Dans le début du Seigneur des Anneaux, je crois que c’est Galadriel qui dit « I feel it in the earth », ou quelque chose comme ça. Toutes les sections de la pièce sont donc nommées selon ce premier genre de monologue qu’on entend dans le Seigneur des Anneaux.

Mais plus la pièce avance, plus il y a quelque chose qui est transformé de ce texte-là. Parce que le compositeur était intéressé à souligner l’impact humain sur la nature. C’est constamment quelque chose en transformation, mais c’est aussi peut-être quelque chose qu’on tient pour acquis et qu’on n’aura plus jamais d’une même manière. Parce qu’on n’en prend peut-être pas soin et au niveau de la forme, il y a quelque chose en continu. C’est constamment un sujet ou un motif  transformé jusqu’à la fin.

Arvo Pärt, arr Thomas Gauthier-Lang— Summa (1977,202 4)

Thomas Gauthier-Lang : Summa, que nous avons aussi jouée lors du concert Flore temporelle du compositeur estonien Arvo Pärt, que j’ai arrangée. Justement, je trouve que c’est propice aussi de l’inclure dans cette programmation.. Pour moi, ça souligne encore cette idée de quelque chose en continu. Pour moi, même si on n’est pas en train de l’entendre, il y a quelque chose d’éternel pour moi dans cette musique-là. Il y a un début, il y a une fin, mais ça pourrait jouer pendant dix heures.

Le compositeur lui-même explique que c’est l’œuvre la plus complexe qu’il a composée. Mais pour quelqu’un qui l’écoute pour la première fois, on pourrait dire qu’en fait, il y a quelque chose de très simple parce que ce sont des successions de quartes, de quintes, de tierces. Ce sont  des accords simples et consonants mais, dans son système,  c’était la pièce la plus complexe selon lui. C’est dénudé d’artifices parce qu’elle n’a pas besoin de plus pour exister, il prend le temps de nous faire écouter la beauté ou la pureté de la récurrence d’une quarte ou d’une quinte pendant environ 6-7 minutes de musique.

Abraham Gómez — Astro Errante (2021)

Thomas Gauthier-Lang : La pièce Atro Errante, porte le titre d’une peinture de la peintre espagnole Remedios Varo, qui a vécu une partie de sa vie au Mexique. C’est une peintre du mouvement surréaliste, qui, dans ses peintures, représente ces sortes d’astres anthropomorphiques. C’est des corps où on peut distinguer une forme humaine, mais selon comment elle est habillée ou de sa tête, il y a quelque chose qui reflète des astres, quelque chose de cosmique, si on veut. Astro Errante, c’est donc une de ses peintures où l’on voit un corps avec une tête de soleil qui semble voyager dans un corridor, si on veut, éternel, l’interprétation, bien entendu, étant libre à chacun.

Abraham Gomez voulait représenter cette peinture-là en musique. C’est un peu plus « musique à programme » dans cette pièce-là, où la forme reflète un peu plus les codes classiques. Il y a une première partie qui est plus lente, suivie d’une deuxième partie qui est plus groovy.

Thomas Gauthier-Lang — Pauline (2026) *Création

Thomas Gauthier-Lang : Pendant que j’étais en train de composer, je savais que je voulais écrire une pièce pour 5ilience, pour ce concert-là, parce que je ne l’avais jamais encore fait. Je l’avais fait, mais pour cinq mélodicas, mais ce n’était pas nos instruments.

Je trouvais que le contexte était bon, « Ok, let’s go, on compose une pièce pour 5illience! »

De nulle part, mon oncle est arrivé, pour me dire qu’il était en ville pour me donner mon héritage de mes grands-parents, ma grand-mère étant décédée il y a environ quinze ans. Il me donne donc mon héritage et trois violons. Ces violons appartenaient à ma grand-mère dont je ne savais pas qu’elle jouait.

Je suis allé les essayer. Il y en avait deux qui ne marchaient pas trop bien. On peut s’en douter, après avoir été quinze ans sans être touché, mais il y en a un qui produisait du son. Il était bien entendu désaccordé, mais au niveau des quatre cordes, ça faisait « fa sol » et là, une octave plus haute, « sol fa ». Dans ma musique, les intervalles que j’aime le plus, c’est les octaves et les secondes.

Je trouve toujours que c’est un intervalle avec tellement de possibilités. Ce violon, avec ces quatre fréquences, m’a vraiment aidé à structurer ma pièce. Ma pièce est donc  structurée sur ces sons que le violon de ma grand-mère produisait quand je l’ai reçu.

On a une première partie de notre forme classique. Quelque chose de plus lent, de plus rythmé en deuxième partie. J’ai vraiment hâte d’entendre comment ça va vivre dans le hall du quai. Dans des répétitions d’habitude, on est habitué à jouer dans des locaux où le son ne vit pas tant que ça. Mais là, au Quai, c’est assez réverbérant.

PAN M 360 : Une dernière question, tu es à la base un interprète avec une formation classique, qu’est-ce qui te menait à vouloir composer?

Thomas Gauthier-Lang : À la base, je suis interprète. Si on veut, dans mon chapeau d’interprète, ce qui m’intéresse beaucoup, c’est de collaborer avec des gens pour créer de la musique. À partir de ces collaborations est venu le désir d’improviser.

Beaucoup des pièces réalisées se faisaient à partir de comprovisations, le milieu entre l’improvisation et la composition. Un compositeur va dire « Ok, fais-moi deux minutes sur tel effet ». On l’enregistre et, finalement, ça fait partie de la pièce. De l’improvisation est venu le désir, un jour, de composer. C’est surtout après avoir fait le camp de Bang on a can, il y a deux ans.

Après avoir fait ce camp de musique contemporaine et de collaboration, je me suis senti légitimé dans l’idée de porter ce chapeau de compositeur. À la fois, je ne me prends pas au sérieux, parce que je considère que je suis en train de découvrir mon langage et comment je veux le communiquer sur une partition ou à des gens, mais je suis très content d’où j’arrive en bout de ligne dans les pièces que je compose.

Je compose pour mes ensembles, les projets dans lesquels je suis. Jusqu’à présent, j’étais obsédé par la multiplicité d’un même instrument, que ce soit quatre saxophones altos ou cinq mélodicas, c’est donc la première fois que je compose pour cinq instruments différents. C’est un défi assez intéressant. Je connais bien le saxophone, mais le hautbois, c’est une créature en soi. Le basson, c’est une créature en soi. Ça réagit différemment. C’est toujours un processus d’apprentissage, toujours un processus de jeu.

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