Un quatuor d’un côté, un trio de l’autre. Côté jardin, quatre saxophones québécois (Quasar), côté cour un accordéon, des percussions et un txistu basques espagnols (Trio Zukan). Pardon? Un quoi? Un txistu, une flûte traditionnelle basque, jouée verticalement telle une flûte-à-bec. Bref, tout ce monde se réunissait jeudi soir, 18 septembre 2025, à l’Espace Orange du Wilder à Montréal, dans le Quartier des spectacles. Chambre d’écoute, le titre du concert mais aussi de la première pièce dans l’ordre du programme, a offert cinq compos de quatre compositeurs-trices dont trois unifiant les deux ensembles. Si la pièce-titre, de Chantale Laplante, était intéressante, ce sont les deux œuvres de la Québécoise Émilie Girard-Charest qui ont le plus marqué votre humble chroniqueur.
Bien campée dans une facture sonore contemporaine éduquée, la musique de Girard-Charest possède une qualité que trop peu de ses équivalents revendiquent : une attention à la construction narrative stimulante et captivante. Atonale, expérimentale, éclatée, la plume de la jeune artiste est néanmoins attachée, du moins c’est ce que j’y ai perçu, à la construction et l’expression d’une histoire. Laquelle? Ça c’est up to you, mais ce qui est certain, c’est que les mélomanes sont amenés quelque part, et ce grâce à une architecture générale facilement compréhensible, autant pour les oreilles averties que les simples curieuses/audacieuses, sans expertise.
Dans les deux partitions proposées par la compositrice, Artefaktuak et Quantum Statistical Zero-Knowledge, c’est la première qui m’a fait le meilleur effet. Écrite spécifiquement pour le trio Zukan, Artefaktuak est formée de deux sections aux contrastes texturaux simples et efficaces, suivies d’une courte et pimpante conclusion. La première des sections est construite avec des sonorités pointillistes qui sont accentuées par les gestes des artistes sur scène. Le geste physique menant au son est ici aussi important que le son lui-même. La deuxième partie fait appel à des sons frottés, plus soutenus dans le temps, comme un archet sur le vibraphone par exemple. Chacune des sections est déployée dans un crescendo dynamique et énergétique menant à sa fin.
Quantum Statistical Zero-Knowledge est écrite pour le quatuor et le trio unifiés, dans une facture tripartite Intense-calme-intense où les deux mouvements extérieurs sont particulièrement denses, voire saturés jusqu’au bruitisme, alors que le mouvement central apporte une dose souhaitable d’apaisement. La mécanique quantique, cette branche scientifique qui rend compte des mécanismes existant dans l’infiniment petit, révèle des réalités étonnantes, comme l’intrication ou la simultanéité d’états contraires. Si Quantum Statistical Zero-Knowledge n’offre pas une incarnation particulièrement déstabilisante des possibilités musicales, elle est néanmoins une pièce qui sait maintenir l’intérêt des auditeurs, même plus profanes. En soi, c’est déjà une réussite, surtout dans le domaine des musiques très complexes.
Le Concerto grosso de Miguel Matamoro est foisonnant de couleurs à l’image des compositions du même type de l’ère baroque, alors que Jalkin de Ramon Lazkano, des points et des traits sonores assez prévisibles, m’est apparue comme l’œuvre la plus conformiste du lot.























