De retour au Piknic Électronik pour la première fois depuis 2021, la DJ et productrice américaine Eris Drew a transformé la scène Fizz du parc Jean-Drapeau en véritable terrain de transe dimanche dernier. Figure importante de la scène rave de Chicago, Drew conçoit la musique comme une technologie rituelle capable de libérer les corps et de rapprocher les individus. Une philosophie qu’elle appelle le Motherbeat, et qui s’est pleinement incarnée dans son DJ set de deux heures.
Dès les premières minutes, la house s’impose comme le fil conducteur, de la Chicago house à l’acid house en passant par la deep house et la tech house. Drew fait toutefois constamment bifurquer le groove vers le breakbeat, la bass music et des sonorités techno plus progressives. Plutôt que de simplement enchaîner les morceaux, elle les transforme en direct grâce à un travail minutieux du pitch, du scratching et des coupures. Venue à Montréal sans set préparé, avec une imposante sélection de vinyles, elle improvise en fonction de l’énergie de la piste, multipliant les allers-retours vers ses caisses de disques.
Cette approche donne au set une impression de mouvement perpétuel, où chaque transition semble participer à une même montée en transe. Lorsque résonne Hardcore Heaven de DJ Seduction, morceau rave de 1992 porté par ses breakbeats frénétiques et ses premières notes de piano euphorisantes, la piste atteint un sommet de joie collective. Drew sait toutefois garder le meilleur pour la fin, concluant avec la version de Cowgirl d’Underworld remixée par Bedrock où, pendant près de dix minutes, la techno acid pulsée atteint le paroxysme de la soirée.
Dans l’espace généreux de la scène Fizz, la foule pouvait danser sans retenue. Une manière parfaite de renouer avec l’esprit rave et de prolonger la saison du Piknic Électronik dans une euphorie aussi libre que soigneusement orchestrée.























